Fabrice MAUCCI - Démocratie Ecologie Solidarités

Pour une gauche réformiste, rénovée et décomplexée. Pour débattre à toutes les échelles, d'Aix-les-Bains (Savoie) à la planète entière

02 septembre 2007

PS, problèmes de fond, de pratiques et de personnes

Ces trois derniers mois, ma tâche politique fut essentiellement municipale et pointée vers le scrutin de mars 2008, si bien que j'ai peu écrit sur ce blog. Par ailleurs, la crise dans laquelle se trouve la Gauche en général et le PS en particulier me semblait suffisamment rebattue par les médias pour ne pas en rajouter, même à la minuscule échelle des 150 visiteurs hebdomadaires de ce support.

"Hors les murs" de ce grand parti depuis février, je reste néanmoins un spectateur attentif de ce qui s'y passe et chaque jour me donne a posteriori raison de l'avoir quitté. Non pas que je n'y aurais gardé aucune amitié ni aucune conjonction avec mes propres idées, loin de là. Mais depuis cet hiver, avant le 6 mai et plus encore après, le PS s'enfonce dans un trouble grandissant en mettant les deux pieds dans chaque piège nouveau qui se présente à lui. Sans vouloir en disserter, je dirais qu'il vit 3 catégories de problèmes qu'il sera très difficile de surmonter. Je les exprime en souhaitant qu'il soit compris (pour une fois) que je le fais dans un but positif et constructif.

1. L'obstacle le plus nuisible même s'il n'est pas le plus important en valeur absolue, c'est celui des personnes. Comme par miracle, les militants et les sympathisants disent aujourd'hui de la campagne et de l'orientation de Ségolène Royal ce que certains de leurs camarades - qu'ils traitaient alors de tous les noms - pensaient et affirmaient il y a un an. Impact superficiel mais pas de charisme, thèmes abandonnés ou peu maîtrisés, attitude égocentrique et solitaire, arguments mal ficelés...

Michel Rocard affirme que le PS, s'il connaît une crise de leadership, garde néanmoins la possibilité de se relancer sans l'avoir résolue dans l'immédiat. Il a à la fois raison et tort : raison car une équipe serrée et efficace peut défendre un projet renouvelé et mieux proposé sans qu'une tête n'émerge en particulier, tort tant il semble que l'énergie de certains éléphants reste plus que jamais tournée vers l'unique objectif d'être investi sans tenir compte des autres faiblesses du parti.

Que dire d'abord de François Hollande ! Responsable du parti depuis 10 ans, ce stratège du non-choix et de la synthèse boîteuse, dont la vie privée a pollué la dernière présidentielle et pollue encore, est par sa position un des principaux comptables des erreurs ou des défaites les plus lourdes (2002, 2005, 2007), bien plus que des victoires intermédiaires qui furent purement locales (2001) ou issues des déboires des adversaires (2004). Et bien la seule chose qui se dégage de La Rochelle c'est qu'il vise la plus haute marche : dramatique aveuglement.

Que dire ensuite, cette fois sans qu'il soit utile de les citer un à un, des anciens leaders qui parlent d'un navire qu'ils ne veulent pas même écouter ou diriger tant ils ont peur que la coque soit pourrie, et qui ne se sont pas encore rendus compte que valeur personnelle réelle ou pas, ils sont définitivement perçus comme trop anciens dans la fonction politique. Leur période est terminée, eux seuls l'ignorent. Mais cela est-il rassurant? Les plus jeunes sont-ils à la hauteur? Montebourg, potentiel orateur de grand talent et qui dispose d'une vision du monde globale et aiguisée, se départira-t-il des stratégies purement personnelles, de son parler ampoulé et d'un humour trop permanent pour faire sérieux? Je finis par mieux voir Valls ou Hamon dans l'habit. J'aimerais pouvoir citer des femmes aussi. Peut-être n'ai-je pas assez regardé, mais Najat Belkacem me paraît une possible très bonne porte-parole.

Il en est probablement plein qu'on connaît trop peu et qui mériteraient une "promotion". J'ai regretté son manque de proximité et d'anticipation dans le combat politique, mais le savoyard de 44 ans devenu sénateur spécialiste du logement, Thierry Repentin, est un exemple de l'avantage qu'il y a de maîtriser une thématique pour savoir convaincre ! En revanche, quand Cambadélis se fait chef de courant et verrait bien Moscovici candidat à l'investiture, je continue de ne pas sentir le premier et de trouver le second, bien que brillant, trop light et "made in pensée unique". Quand Dray l'opportuniste, grossièrement maladroit aussi bien dans le "rentre-dedans" que dans le soutien, continue de donner des leçons de cohésion, j'ai beaucoup de mal aussi...

S'il en est un qui a raison de se placer, c'est bien Delanoë. Il peut faire synthèse sur la forme et le fond, je crois. Il n'est pas la caricature "bobo-iste" qu'on en fait. Reste à lui fabriquer un programme et un argumentaire de choc sur les problèmes économiques et diplomatiques, lui qui jongle déjà efficacement avec les questions sociales, écologiques ou "sociétales", et qui est capable de démonstrations infaillibles et courtes telles qu'en exigent les médias. Quand je pense à ces qualités je vois aussi une autre personne, qui a eu raison de se mettre à l'écart depuis 2002 : c'est Martine Aubry. Lui manque sans doute une capacité à écouter davantage et un mea culpa sur la méthode des 35 heures qui se ferait sans jeter aux orties l'idée même mais bien au contraire en la justifiant, l'adaptant, l'assortissant et la finançant de nouvelle manière.

2. Le second problème est de fond. Ni dans une barre à gauche ni dans une barre à droite ne sont souhaitables, mais dans une nouvelle lecture du monde et des individus, de l'économie et de l'écologie, dans une nouvelle "cohérence" qui mêle ambition, réalisme et pédagogie politique. Il faut une "réinvention" de la Gauche. C'est le plus lourd défi, et il devra s'affranchir à mon avis des frontières partisanes actuelles. Par adhésions individuelles à un projet et à un vaste "parti progressiste" plutôt que par alliances-fusions de formations existentes.

3. Le troisième souci du PS telle qu'il est réside dans les pratiques politiques. Les écuries du sommet se traduisent en clans à l'échelle locale. Au lieu d'accepter la "stimulation par la différence", le débat en somme, le PS reproduit un moule majoritaire de plus en plus étroit et agrégateur des ambitions sans contenu, par exclusion larvée de tout ce qui s'avère original et qui remettrait en question. En un mot, ce parti est sclérosé. Il est mal relié à la société mais pire, il refuse d'utiliser toutes ses richesses humaines propres et ne sait pas en tirer le plus grand profit.

Bref, du pain sur la planche.

F. MAUCCI - Conseiller municipal Divers Gauche d'Aix-les-Bains (73)

Posté par fabricemaucci à 17:31 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


15 mai 2007

Inventer le Parti du Progrès : 3 textes empruntés...

Ayant peu de temps pour travailler à d'autres articles, je me permets de reproduire ci-dessous les 3 articles parus ce jour dans la rubrique "Rebonds" de Libération. Puisse le premier, de Jacques Généreux, être suivi d'effet. J'y contribuerai le temps venu.

Vers une nouvelle gauche? Le débat dans «Libération»

Les enseignements d'une déroute

L'avenir du PS n'est pas dans une alliance entre le centre et une social-démocratie amputée de son aile gauche.

Par Jacques GENEREUX

QUOTIDIEN : lundi 14 mai 2007

Jacques Généreux professeur à Sciences-Po, membre du conseil national du PS. Dernier ouvrage paru : Pourquoi la droite est dangereuse, Seuil, 2007.

La défaite des socialistes à l'élection présidentielle est certes moins humiliante que ne le fut celle du 21 avril 2002 ; elle est néanmoins plus sévère et plus troublante. Comme en 2002, la gauche est battue dès le premier tour et plus sévèrement, puisque, toutes tendances confondues, elle recule de 7 points. Cette déroute est aussi plus troublante, car la présidentielle semblait pour la gauche plus gagnable qu'en 2002.

L'orientation néolibérale de la droite française a été lourdement sanctionnée aux élections intermédiaires de 2004, et, dans une certaine mesure, aussi par le non au référendum de mai 2005. La droite devait assumer un bilan assez affligeant sur tous les terrains. La candidate socialiste avait donc l'avantage du challenger qui peut incarner le changement et le rejet d'une politique de casse sociale vivement contestée par les mouvements sociaux. L'électorat de gauche, traumatisé par le choc du 21 avril, était mobilisé et prêt au vote utile socialiste. La jeunesse des banlieues s'inscrivait massivement sur les listes électorales pour contrer le ministre de l'Intérieur, qui l'avait insultée. Ce contexte semblait encore à l'automne stimuler une demande politique qui inclinait à gauche. Et, du côté de l'offre politique, tout se présentait au mieux. Au lieu de concurrencer la candidate socialiste, Christine Taubira et Jean-Pierre Chevènement faisaient cette fois campagne pour elle. Même la gauche extrême était désormais disposée au report des voix sans condition pour faire barrage à Sarkozy.

Comment se peut-il alors qu'une candidate donnée comme une possible et logique gagnante à l'automne se retrouve en mai à la tête de la plus grave défaite de la gauche depuis quarante ans ? Deux diagnostics s'opposent et commandent deux visions d'avenir pour la gauche. Pour les uns, le curseur de l'opinion française a viré à droite. Pour les autres, c'est la candidate socialiste qui a viré à droite, ou nulle part, et privé ainsi la gauche d'une représentation politique.

Pour les premiers, donc, Nicolas Sarkozy a remporté une victoire idéologique, face à une gauche qui n'a pas saisi à temps la «droitisation» des Français et n'a pas opéré la nécessaire «modernisation» de son discours. L'avenir de la gauche n'est donc plus à gauche ! Il ne servirait à rien au PS de s'allier encore à des satellites en voie de disparition ; son avenir est au centre, dans l'alliance entre un parti social-démocrate et un parti démocrate-chrétien. Dans sa version brute, ce diagnostic est trop grossier. Comment une «droitisation» de l'électorat se serait-elle opérée en quelques mois ?

Certes, la victoire de Sarkozy est celle d'un discours idéologique qui a revendiqué les valeurs d'une droite néolibérale et néoconservatrice (travail, famille, patrie, responsabilité individuelle, effort, mérite, etc.). Dans la Dissociété (1), j'ai montré comment une culture de l'individu guerrier, responsable et méritant, tend à s'imposer en Occident, et comment la droite néolibérale sait l'installer en stimulant notre penchant narcissique au détriment de notre aspiration au lien social. Nicolas Sarkozy a su manipuler le sentiment de dignité que confère aux sans-grade le sentiment d'être plus méritants que les assistés. Mais sa grande force a été de marier son idéologie avec un discours répondant exactement aux attentes de travailleurs exaspérés par les excès et les insuffisances du capitalisme libéral : il s'est montré comme le défenseur du pouvoir d'achat, comme le seul leader osant parler à nouveau de protectionnisme et comme le promoteur d'un Etat efficace au service du public ; il a su incarner le retour du politique face à des forces occultes et sans mandat démocratique qui semblent désormais commander nos destins ; il a réussi le tour de force d'incarner la «rupture» avec le gouvernement sortant, alors qu'il en fut l'un des principaux acteurs.

C'est donc aussi une demande de régulation politique du monde et de l'économie, aspiration de gauche s'il en est, qui s'est trouvée validée par les électeurs. Dès lors, la défaite de la gauche tient probablement plus au fait que cette aspiration ne s'est pas trouvée incarnée par la candidate socialiste, et à ce qu'aucune idéologie n'est venue invalider celle de l'individu méritant. Ségolène Royal ne s'est jamais posée comme la chef de file d'une gauche combattant une droite néolibérale. Loin de revendiquer une idéologie de gauche aussi consistante que l'était celle de Nicolas Sarkozy, elle a semblé à la remorque de son rival en ne parlant que d'ordre, de valeur travail et de refus de l'assistanat. L'impressionnisme, l'incohérence et l'instabilité de son discours économique et social ont fait le reste, face aux propositions extrêmement simples et jamais sérieusement contestées de son rival.

L'élection était donc peut-être gagnable par un candidat... de gauche, tout simplement ! Un candidat s'appuyant sur son camp au lieu de s'en démarquer, articulant avec force et cohérence une conception alternative de la société et du progrès, démontrant l'incompatibilité entre le vernis social de Nicolas Sarkozy et sa volonté indestructible de rendre aux riches l'argent public et à chacun la «liberté» de renoncer à ses droits sociaux. La gauche a donc sans doute moins besoin d'une ample refondation idéologique que de retrouver sa profonde consistance idéologique. Il ne lui manquerait alors que deux choses pour remettre en chantier la société solidaire du progrès et combattre la «dissociété» des individus. Primo, des militants et des cadres socialistes qui renoncent enfin à reconduire les dirigeants, la stratégie centriste et l'inconsistance idéologique qui les conduisent à la défaite. Secundo, construire à gauche un grand parti qui réunisse les divers courants partageant l'aspiration au progrès continu d'une société de solidarité, où l'intérêt général prime sur les profits privés, dans le cadre d'une économie de marché fortement régulée par le politique. C'est là une perspective qui peut rassembler les progressistes, du centre gauche aux communistes, et jusqu'aux «antilibéraux» qui préfèrent oeuvrer à des progrès biens réels qu'exploiter indéfiniment le seul marché de la protestation.

Mais construire ce qui paraît si souhaitable restera longtemps hors de portée si trop de dirigeants du PS persistent à penser l'avenir dans une alliance entre les centristes et un parti social-démocrate débarrassé de son aile gauche. Cette vision inspirée d'une histoire ancienne et étrangère n'ouvre d'autre perspective que l'explosion du PS en deux forces concurrentes. La fraction socialiste authentique capterait alors l'essentiel de l'électorat ancré à gauche, et le parti social-démocrate ne tarderait pas à être absorbé par le parti centriste. Faudra-t-il alors, pour revoir un jour un gouvernement de gauche, attendre que passe la génération centriste, le temps que la génération des jeunes militants qui a fait retirer le CPE remplace celle des ministres socialistes qui ont dit oui à la constitutionnalisation du néolibéralisme en Europe ? Une fois encore, ce sont les militants socialistes qui tiennent l'histoire entre leurs mains.

(1) Seuil, 2006.



http://www.liberation.fr/rebonds/253529.FR.php

Vers une nouvelle gauche ? le débat dans «libération»

L'heure du rassemblement

Face à la mondialisation et à la nouvelle droite de Nicolas Sarkozy, l'union est la seule solution.

Par Sami NAIR

QUOTIDIEN : mardi 15 mai 2007

par Sami Naïr secrétaire national du MRC, ancien député européen.

Il faut oser le dire franchement, l'état de la gauche est aujourd'hui déplorable. Le cycle inauguré, il y a trente-six ans, par la fondation du Parti socialiste à Epinay, s'est clos. La bipolarité du monde a disparu. Après la fin de l'URSS, l'influence du Parti communiste est devenue marginale. Le Parti socialiste est paralysé par des conflits internes qui traduisent, en réalité, de graves divergences d'orientation entre les principaux courants ; on aurait pu penser que la succession des défaites qu'il a subie, de 1993 jusqu'à l'échec du référendum sur le traité constitutionnel, allait entraîner une remise à plat du logiciel stratégique du parti. Il n'en a rien été. Le tournant de 1983 n'a été ni critiqué, ni remis en cause, ni pris en charge. La candidature de Ségolène Royal n'a d'ailleurs été si massivement approuvée par les militants que parce qu'elle est apparue comme une solution à côté, pour ne pas dire en dehors, des courants : et c'est pourquoi beaucoup y ont vu, à juste titre, un début de rénovation du Parti socialiste.

En 1981, la gauche est arrivée au pouvoir. Elle a prétendu mettre en place une stratégie de changement réformiste et démocratique. Pourtant, force est de constater qu'elle s'est inclinée devant le conformisme libéral et qu'elle a été rejetée après chaque expérience de gouvernement. Depuis lors, elle ne peut plus prétendre au monopole du soutien majoritaire des couches populaires. Et même les couches moyennes traditionnellement acquises au PS semblent désormais douter de sa capacité à améliorer leur situation. La gauche est divisée, éparpillée, structurellement affaiblie, alors que les défis sont plus importants que jamais, et qu'ils ne sauraient être «résolus avec les recettes des années 70, 80 ou même 90 du siècle dernier.

Et cela d'autant plus que l'ensemble du champ politique donne l'impression de subir des modifications tectoniques. D'une part, avec l'arrivée de la génération représentée par Sarkozy, la droite subit une évolution importante. En gros, on peut dire que le vieux gaullisme, depuis longtemps humilié par l'opportunisme de la droite, ne sert même plus de justificatif politique. Sarkozy a opéré une vraie mutation : il a transformé son parti en nouveau parti conservateur, à l'image du néoconservatisme américain, tant du point de vue de la forme publicitaire de l'action politique que sur le fond, en dévoyant des valeurs républicaines traditionnelles ­ le travail, le mérite, la responsabilité, le besoin de sécurité, l'attachement à l'identité nationale ­ et que la gauche n'aurait pas dû abandonner. C'est bien sûr ce qui explique l'adhésion à son programme de l'électorat d'extrême droite. L'UMP incarne aujourd'hui un parti de droite conservateur à côté d'un Front national affaibli. Face à cette évolution, le score engrangé par François Bayrou représente, par-delà l'appoint de la gauche sociale libérale, une autre voie : celle d'une droite néolibérale qui refuse d'être broyée par la machine néoconservatrice. Il n'est pas sûr, cependant, que cet électorat «centriste» incarne réellement une alternative à la droite sarkozyste. La volonté affirmée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy de constituer un gouvernement d'ouverture ne doit pas faire illusion : reste le programme du candidat, qu'il faudra bien appliquer s'il veut tenir ses promesses. Que les candidats dits de «gauche» au ralliement ne l'oublient pas...

A gauche, l'on peut se poser la question : cette élection présidentielle sera-t-elle le détonateur d'un changement en profondeur ? La participation politique massive de nos concitoyens semble l'indiquer. Chacun sent bien qu'une profonde recomposition politique est en cours, qui concerne autant notre pays que sa place dans la globalisation actuelle. Celle-ci ne sera pas maîtrisée par des mesures cosmétiques. Naturellement multipolaire, le monde va mal parce qu'une puissance impériale veut en faire son espace de domination unilatérale. La catastrophe qui sévit aujourd'hui en Irak montre dramatiquement jusqu'où peuvent aller les méfaits de cette conception des relations internationales. Comment créer un contrepoids positif à la puissance américaine, et cela d'autant plus que la victoire de Sarkozy est partout déjà perçue comme celle de l'ami de Bush ?

La construction d'une Europe indépendante, dans ce contexte, constitue un défi incontournable. Nous devons donc discuter du projet «Europe», ne pas nous laisser impressionner par ceux qui, sur ce plan, n'ont en fait rien d'autre à proposer qu'un succédané du traité rejeté. Il nous faut en réalité construire l'Europe indépendante comme perspective historique et comme projet social : une Europe compétitive, mais aussi et surtout de la croissance, de la politique industrielle, de la recherche, de l'innovation, de l'harmonisation des normes sociales et fiscales, de l'environnement, du social. Une Europe qui prend appui sur un véritable gouvernement économique de la zone euro et qui réforme les statuts de la Banque centrale en y intégrant l'objectif de l'emploi. Une Europe réaliste qui séduit par la preuve de ses actions. Sarkozy s'est prononcé pour une préférence communautaire et contre la politique de l'euro fort. Il faudra le juger sur pièces.

De même, nous ne pouvons accepter que la compétition commerciale internationale se perpétue sans règles, car nous en connaissons les conséquences dans nos pays : destruction d'emplois, baisse du niveau de vie, éradication des conquêtes sociales acquises si durement durant tout le XXe siècle par les luttes populaires. Si les pays émergents ont tout à fait le droit de chercher à se développer ­ et nous devons les y aider ­ il n'est pas supportable que cela se fasse au détriment des normes environnementales et sociales les plus élémentaires. C'est aussi pourquoi nous devons plaider inlassablement, dans les enceintes internationales, pour une concurrence juste et loyale, concomitamment à l'aide au développement.

En France, les défis sont majeurs, un grand parti de gauche doit les affronter. Encore faut-il nous mettre d'accord autant sur l'objectif que sur les modalités à plus long terme de la refondation de la gauche. Nous avons besoin d'un grand rassemblement des gauches, un rassemblement qui crée le moyen d'avancer ensemble, de lutter ensemble, de gagner ensemble. Un rassemblement qui devra réunir les sensibilités socialiste, républicaine, social-démocrate, radicale, environnementale et de tradition communiste. Nous avons besoin de ce rassemblement pour créer les conditions sociologiques et culturelles d'une hégémonie durable de la gauche dans les années qui viennent.

A l'instar de leurs homologues américaines, les élites françaises ont réussi à imposer leur pensée aux électeurs.

La droite a gagné la bataille idéologique

Par Susan GEORGE

QUOTIDIEN : mardi 15 mai 2007

Par Susan George membre du conseil scientifique d'Attac

Ainsi, en France, en l'an 2007, l'on peut faire voter les gens contre leurs intérêts. Cela fait de longues années que ça marche comme un charme aux Etats-Unis, mais je croyais les Français plus aptes à la résistance. Inspirée par le non à la constitution en mai 2005, j'avais écrit (dans Nous peuples d'Europe ) combien je me sentais fière d'appartenir à un peuple aussi intelligent. Je ne regrette toujours pas ma citoyenneté française ­ au moins les gens ici votent, et même massivement, alors que la moitié des Américains, croyant sans doute ne rien pouvoir changer, restent chez eux. Mais tout de même, quel changement en deux ans ! Est élu et bien élu quelqu'un qui a dit ce qu'il fera et qui fera en effet ce qu'il a dit. Il fera de beaux cadeaux aux entreprises transnationales du CAC 40, aux grandes fortunes, et, dans une moindre mesure, aux classes moyennes supérieures. Tant pis pour les autres.

Selon notre nouveau président, l'économie française se serait enlisée, il lui faudrait devenir plus «compétitive» ; elle doit ressembler davantage à l'économie américaine, la plus néolibérale du monde. Au nom de la «compétitivité», les citoyens français doivent renoncer aux 35 heures, aux allocations et protections de tout ordre, au «Welfare State» ; bref, à tous les acquis depuis les années 1930. Et ils l'ont cru ! L'économiste américain Mark Weisbrot explique qu'il n'y a aucune raison pour que les habitants d'un pays quelconque, s'il est développé et jouit d'une productivité élevée, réduisent leur niveau de vie ; il montre que le taux du chômage des jeunes est à peu près le même aux USA et en France, que les Américains ne sont nullement «plus riches» que les Français.

Bien sûr, les élites utilisent l'argument de la concurrence internationale pour obliger les gens à accepter des sacrifices, mais cela signifie uniquement qu'on les laisse faire et non pas qu'il y aurait nécessité économique. C'est pour elles la méthode la plus efficace pour canaliser les richesses vers le haut de la pyramide sociale ­ c'est-à-dire vers elles-mêmes ­ et ça marche à tous les coups. Chez nous aussi, hélas.

La mondialisation néolibérale, c'est en dernière analyse la victoire de l'idéologie de ceux que j'appelle les «gramsciens de droite» parce qu'ils ont compris le concept «d'hégémonie culturelle» forgé par le penseur marxiste Antonio Gramsci, mort dans une prison fasciste italienne en 1937. La classe dominante triomphe lorsqu'elle est arrivée à faire penser les gens comme ils «doivent» penser. Si l'on arrive à occuper la tête du peuple, nul besoin de coercition : les coeurs, les mains et les votes suivront.

En Amérique, de grandes fondations privées dépensent depuis des décennies des sommes astronomiques ­ bien plus du milliard de dollars ­ pour que la pensée de cette droite se répande, s'insinue dans toutes les institutions, devienne le «sens commun». Pour légitimer ses idées, elles financent les intellectuels, les centres de recherche, les publications, les colloques, les bourses... Autrement dit, elles paient l'eau dans laquelle nagent les poissons et les poissons n'en savent rien.

De ce fait, vingt-cinq années après l'intronisation de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, les Français, a priori si intelligents, tombent dans le même panneau. Si les élections législatives nous assènent un autre coup semblable, l'élite internationale pavoisera encore plus qu'aujourd'hui ; l'élite française aura tout son temps et un boulevard devant elle. Qu'une seule voix de gauche ait pu encourager, par souci de pureté, de revanche, que sais-je encore, par l'abstention ou par le vote blanc-nul, ce résultat me dépasse et me navre. Il n'y a pas de combat désormais plus urgent que celui de la connaissance, si ce n'est celui de l'unité.

Dans cette bataille, Attac, dont j'ai été pendant six ans vice-présidente et dont la devise est «association d'éducation populaire tournée vers l'action» a toute sa place. Aujourd'hui, cette association s'est dotée d'un conseil d'administration renouvelé et énergique et repart du bon pied après une crise dont les auteurs portent, à mon sens, une responsabilité historique. Cette crise, dont le point d'orgue fut la fraude aux élections internes de juin 2006, nous a paralysés pendant de longs mois. Heureusement, depuis janvier, nous reprenons le flambeau et l'offensive. Nous allons combattre sur le front à la fois de la connaissance et de l'action.

La connaissance n'est pas un luxe ni le fait d'une quelconque minorité. Elle est un droit pour tous, et un instrument indispensable de lutte et de libération. Plus on la partage, plus elle est féconde, plus elle augmente. Elle est le carburant du mouvement altermondialiste. Pour changer le cours des choses, il faut comprendre, s'armer de faits, d'arguments, d'analyses et être capable de démonter ceux d'en face.

C'est ce que le peuple français a saisi en mai 2005 lors de l'immense débat national sur la constitution européenne. C'est cet élan qu'il faut retrouver immédiatement en vue des élections législatives ; c'est ce travail patient qu'il faudra consentir pendant tout le règne du roi du mensonge.

A chacun d'y contribuer à sa manière.

Posté par fabricemaucci à 16:21 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

07 mai 2007

Après la défaite, quelle Gauche rénovée ?

Nicolas Sarkozy, élu ce soir président de la République avec pour lui plus de 53% d’un corps électoral extraordinairement mobilisé, a remporté ce soir une victoire large, nette, sans discussion. Compte tenu des idées que celui-ci a développées pendant sa campagne (qui naviguent entre ultralibéralisme, atlantisme, racisme et conservatisme), des propos souvent caricaturaux, rétrogrades et fracturants dont il a abusé pour les imposer, ou encore des peurs qu’il nous est permis d’avoir sur sa pratique du pouvoir, un tel succès a de quoi faire froid dans le dos. [Pour tout dire, à 1h du matin le soir de son élection, j’ai encore un mal fou à croire que ce monsieur et cette fonction ne font qu’un, ou plutôt que le premier puisse endosser la seconde.]

Dans un tel contexte, je ne sais pas comment il faut « recevoir » la réaction de Ségolène Royal sur les écrans et celle d’un grand nombre d’autres responsables du Parti Socialiste. Sourires aux lèvres, ils nous annoncent que le score en voix est historique, que la candidate a en quelque sorte « pris date », et qu’elle est la mieux placée pour poursuivre la modernisation, la rénovation de la Gauche qu’elle a d’ailleurs entamée. Cela suscite deux questions : quel est le sens de la rénovation que tous appellent de leurs vœux ? et Madame Royal a-t-elle fait les preuves de ses capacités à représenter et défendre au plus haut niveau les valeurs de la Gauche ?

Pour convaincre les Français, il fallait d’abord des axes forts, des propositions concrètes et argumentées, une cohérence visible. Mais il fallait tout autant une capacité à les imposer dans le débat, à les crédibiliser et les défendre ensuite, ainsi qu’une aptitude à souligner les mensonges, les détours démagogiques, les contradictions et les fragilités de l’analyse de l’adversaire. Selon moi il nous a manqué l’un et l’autre. La campagne avait dévoilé une candidate changeant de position trop souvent. Le débat télévisé d’entre-deux-tours du 2 mai a montré une candidate socialiste imprécise, incapable de rebondir sur les incohérences et les erreurs de son rival, et souvent dans l’impossibilité de dire « où » elle allait et plus encore « comment » elle comptait nous y emmener. Etait-elle ce soir-là prisonnière de vieux dogmes mal dépoussiérés, ou bien tenue en joue par les éléphants du parti ? Non.

Alors quand Julien Dray affirme ce soir à la télévision, comme pour mieux l’asséner, qu’elle a résolu le problème de leadership au sein du PS, faisant au passage plus qu’égratigner un François Hollande mis à l’écart des stratégies de campagne, je reconnais là l’activisme du petit caporal qui veut rester du bon côté de l’appareil voire y gravir une marche, et j’observe qu’on cherche avec la répétition des mots à donner un contour à ce qui pourtant n’existe pas dans les faits.

Sur le fond, Ségolène Royal a donné sa vision de l’avenir de la Gauche, en disant vouloir construire « de nouvelles convergences, y compris en-dehors des frontières traditionnelles de la Gauche ». L’ouverture ou la translation vers le centre sont ici palpables, comme elles le sont chez DSK ou Bernard Kouchner ou chez  Jean-Marie Colombani, patron du journal Le Monde, qui pense plus clairement encore que l'échec est une question d'alliances erronées. Est-ce là que la Gauche trouvera son électorat, sa cohérence, son identité et sa crédibilité face à la Droite ? J’ai tendance à penser que ce n’est pas exactement comme cela que la Gauche peut vaincre ; et si je perçois bien l’intérêt d’aller convaincre jusqu'aux électeurs centristes, je vois nettement moins bien l’utilité qu’aurait demain une Gauche carrément déportée au Centre.

Nicolas Sarkozy nous a d’une certaine manière donné des pistes pour nous relever. Si, si, et avant même la destruction sociale qu’il va nous infliger. Sur la forme, il a un talent d’orateur dont il nous faut « multiplier les équivalents ». Nul besoin d’en reprendre les excès, les brutalités et les hypocrisies de contenu pour retenir que son parler rythmé, déterminé, a fait mouche, grâce à des mots clairs, accessibles et des discours qui déroulent des démonstrations ou des « empilements » convaincants. Il a su utiliser plusieurs niveaux de langue, s’adapter à son public. Cela était évidemment partiellement « construit », souvent « un brin démago », mais quelle corde à son arc pour s’adresser à tous les Français ! Sur le fond, il a certes tenté de brouiller son image pour élargir en citant Jaurès et Blum, la « générosité », la « fraternité », en critiquant les parachutes dorés, en promettant des « protections » attendues par les Français les plus fragiles face à la mondialisation, mais il l’a fait sans se renier. Il a collé à ses convictions et comme il l’avait annoncé en 2004, il a « décomplexé » son camp en le faisant aller très loin sur toutes ses thématiques, sans pour autant chercher d’alliances formelles avec les partis du centre et d’extrême-droite. Il a arrondi certains angles, forcé certains traits, mais n’a fait aucune concession sur son socle, son « centre de gravité idéologique ». Et si c’était là une partie non négligeable de la solution à Gauche ?

Bien sûr, la clarification et la cohérence idéologiques étaient plus faciles à droite : aller dans le sens des puissances économiques prédatrices et caresser les pires préjugés dans le sens du poil n’est pas le chantier politique le plus difficile. A Gauche, les obstacles à surmonter sont plus grands, ne serait-ce que parce que la réalité nous déplaît en même temps qu’elle s’impose, sur le moment, à nous et s'oppose à nos idéaux. Mais le potentiel est si large... Ségolène Royal a effectué un travail de réappropriation de certaines valeurs et abordé des thèmes sur lesquels la Gauche ne se prononçait pas assez, mais elle l’a fait maladroitement, sans montrer en quoi l’approche de la Gauche était originale, plus sensée et plus crédible que celle de la Droite. Elle a endossé, et porté à l’échelon national une nouvelle manière de faire de la politique, déjà en vigueur dans les municipalités et régions de Gauche depuis 6 à 10 ans, basée sur la participation de nos concitoyens « en amont » de la campagne ou des décisions. Mais s’en est-elle servie pour renforcer son projet et épaissir son discours sur le Logement, l’Ecologie, la Fiscalité sur les plus modestes, la lutte contre les discriminations, l’Europe ? Ce fut trop peu audible.

Désormais la Gauche va s'interroger plus en profondeur sur le sens de sa défaite, et le PS en particulier va se trouver écartelé entre ceux qui l'ont trouvé trop à Gauche ou pas assez, trop accompagnateur du libéralisme ou au contraire pas assez pragmatique, normalement humaniste ou déséspérément angélique. La réponse se situe peut-être du côté des sympathisants traditionnellement situés à l'aile gauche du PS et qui au premier tour avaient hésité entre Bové, Buffet, Besancenot et Bayrou. Les multiples directions de leurs atermoiements ont prouvé que ce que le "peuple de Gauche" attendait n'était pas un "allègement de programme" ni l'abandon d'une partie de ses valeurs, mais qu'on pouvait "moderniser" sans renoncer à changer la vie. Sarkozy ne s’est-il pas lui-même imposé en parlant de « rupture » ?

Pour rallier après-demain une majorité de Français, cette équation est la seule à jouer, et elle n'est pas impossible à résoudre. Il faut à la Gauche se construire une "nouvelle synthèse" qui ne sera pas un déplacement de curseur vers le centre ; c’est quand cette synthèse sera attractive qu’elle déplacera les cloisons électorales, pas l’inverse. Pour cela, la Gauche doit redonner des perspectives, dessiner le "rêve réaliste" d'un nouveau modèle de société qui corrige l'actuel partout où il s'égare en inventant de nouvelles stratégies. Les changements à projeter doivent rester aussi nets que les injustices et les dangers sont grands, mais la manière de les appliquer doit aussi être et paraître la plus efficace et la plus durable possible. Cette synthèse doit être plus ambitieuse que le PS actuel sur les plans économique et social, écologique, culturel, démocratique et diplomatique, oserai-je même plus « radicale » quand la situation l’exige, et en même temps « mieux réformiste » dans la méthode, en interpellant toutes les échelles où le politique peut agir et infléchir (européennes et mondiales notamment), en ne renonçant à aucun levier, en se montrant plus concrète et crédible grâce à des mesures innovantes, cohérentes entre elles et plus en phase avec les réalités quotidiennes.

Je vais prendre volontairement deux exemples qui hérissent chacun une partie de la Gauche pour illustrer ce propos. Oui, aussi européens que nous soyons, il fallait rejeter le TCE en 2005 car il nous ôtait des moyens d'action et figeait une démocratie au rabais sur le continent. Que Sarkozy ait critiqué - sincèrement ou non n'est même plus le problème - une UE "cheval de Troie de la mondialisation" prouve que lui avait compris cette récrimination dont l'origine était plutôt du côté du "Non de Gauche". Sur ce point le PS n'a pas souffert de ses dissidents du 29 mai, mais bel et bien de sa position initiale. A l'autre bout de la "transversale de Gauche" que j'appelle de mes voeux, prenons la suggestion de François Bayrou de permettre deux emplois nouveaux sans charge dans chaque entreprise. Libérale dites-vous? Imaginons une TPE de 3 personnes qui ne comptent pas leurs heures mais n'ont pas de marges suffisantes pour embaucher. Si elle recrute une personne de plus, elle augmente son effectif de 33% et fait en quelque sorte trois fois l'effort qu'on attendait d'elle face à un chômage de 10%. Elle remet dans l'emploi, n'enrichit certes pas la protection sociale mais diminue ses dépenses. La Gauche aurait gagné à proposer cela, éventuellement en le couplant à la Réduction du Temps de Travail car si cette idée-ci a mauvaise presse aux yeux des petits patrons, c'est avant tout parce qu'ils sont loin de pouvoir en profiter aujourd'hui. En 1997-1998, nous avons donné des cadeaux sans contrepartie d'emploi aux grosses sociétés, et appeuré des petites structures avec la RTT car les aides annoncées était structurellement insuffisantes par rapport à leur taille. Là nous avions la possibilité de redonner de l'intelligence, de l'adaptation à cet outil.

Une "potion" et un espace politiques existent donc pour une Gauche rénovée qui reste la Gauche, et la première peut unir certains électeurs de Laguiller et Besancenot à ceux de Bayrou, du moment qu’on l'entame avec des objectifs de Gauche, qu'on fait la preuve qu'on y tient, qu'on s'y tient et qu'on explique le chemin pour y arriver surtout lorsqu'il est hétérodoxe.

Les appareils politiques actuels peuvent-ils parvenir à cette synthèse ? Par leur fonctionnement, leur culture propre, je n’y crois pas. Le mouvement initié par José Bové, en-dehors de ces cadres là, est lui trop étroit dans le champ politique. Il faudra un jour prendre la responsabilité de rassembler au-dessus des partis, des individus adhérant à une ligne, des objectifs et une stratégie partagés, dépassant ces clivages et les rivalités internes à la Gauche. A bientôt DONC !

Fabrice MAUCCI

Posté par fabricemaucci à 01:33 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 avril 2007

Sondages sur le 1er tour : qui aura eu raison ?

Les instituts spécialisés ont rendu leurs dernières enquêtes. Parallèlement, depuis quatre mois, le vote en ligne sur le site votez2007.com, effectué sur 30000 personnes chaque semaine, qui avait anticipé toutes les tendances qui se sont par la suite affirmées au travers des sondages officiels, s'en est différencié ces dernières semaines. F. BAYROU y figure au second tour et l'emporte sur N. SARKOZY depuis deux mois, éliminant une S. ROYAL en-dessous de 20% et un LE PEN proche de son score de 2002. Certes, le candidat centriste "dérape" un peu au premier tour sur cette élection virtuelle, de deux points exactement et seulement cette semaine.

Quoi qu'il en soit après-demain, la comparaison entre les résultats réels de ce 22 avril, les sondages publics et les votes web sera intéressante, autant pour repérer la fiabilité de l'outil internet que pour distinguer quel électorat ne passe pas par le web ou quel institut n'a pas su trouver le bon "redressement" ou le bon échantillon.

VOTE2007.COM : 1. Bayrou 22,83% - 2. Sarkozy 22,80% - 3. Royal 19,78% - 4. Le Pen 16,24% - 5. Besancenot 4,99% - 6. Bové 3,84% - 7. Villiers 3,51% - 8. Buffet 1,81% - 9. Voynet 1,79% - 10. Nihous 0,97% - 11. Schivardi 0,92% - 12. Laguiller 0,52%

AUTRES SONDEURS "officiels" : 1. Sarkozy 27 à 30% - 2. Royal 22,5 à 26% puis... Bayrou 15 à 19,5% - Le Pen 12,5 à 16,5% - Besancenot 4 à 5% - Buffet 1,5 à 3% - Bové 1,5 à 3% - Villiers 1 à 3% - Laguiller 1 à 2,5% -Voynet 1 à 2% - Nihous 1 à 2% - Schivardi 0 à 1%

Notons que BVA est l'institut qui met Bayrou le plus bas et montre le plus grand écart avec Royal. IFOP et CSA montrent un seul point d'écart entre Royal et Sarkozy, laissant supposer que la candidate socialiste peut même arriver devant. Et CSA toujours, est celui qui n' cessé de placer Le Pen très haut, le faisant passer devant Bayrou aujourd'hui-même (vendredi).

Posté par fabricemaucci à 23:54 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2007

Voter ROYAL malgré tout ... pour bousculer ensuite

Déboussolés et prisonniers. Voilà la situation inextricable dans laquelle se trouvent, à quelques jours du premier tour des élections présidentielles, nombre de nos compatriotes qui ont le cœur à Gauche. Au sortir d’une campagne omniprésente mais superficielle et périphérique, les hésitations qu’ils pensaient ne plus avoir à affronter depuis 2002 ressurgissent. Face à Le Pen, puis face à un candidat majeur caricaturalement libéral, conservateur et autoritaire, qui banalise et partage des éléments de l’idéologie extrémiste du précédent, ces électeurs frustrés et hantés par le 21 avril auraient aimé ne pas s’interroger sur la manière d’agir.

Comme moi, ils attendaient que le Parti Socialiste tire les leçons de l’échec du candidat Jospin et du Non de Gauche au referendum de mai 2005, mais aussi celles des mobilisations de 2003 sur les retraites ou de 2006 sur le CPE.  Après ces « mises en garde », ils espéraient que ce grand parti renouvelle ses propositions sur une ligne clairement à Gauche, innovante, à la fois crédible et décomplexée. Ils croyaient pouvoir compter en 2007 sur un PS mettant au cœur de son projet l’impératif écologique, l’emploi et le pouvoir d’achat, la solidarité, la relance des services publics et de l’ascenseur social, l’égalité sous toutes ses formes, une démocratie refondue, et qui prouve sa capacité à faire tout cela à travers un engagement fort à réguler le capitalisme libéral à toutes les échelles possibles.

Ces espoirs, insuffisamment traduits dans le projet du PS, ont été carrément malmenés par Ségolène Royal. Riche d’un énorme capital de sympathie à l’automne, elle a multiplié les postures de second tour, et son intelligente volonté de débattre de tout sans tabou a souvent accouché d’incertitudes sur ses positions ou de craintes d’un glissement vers la droite. Je ne lui reproche pas son indépendance d’esprit, non. Mais comme Lionel Jospin il y a 5 ans, elle a oublié de faire campagne « dans son camp » avant ce 1er tour, a dérouté sans convaincre ni rassurer, et s’est laissée enfermer dans les thèmes imposés par ses adversaires, donnant même à François Bayrou l’occasion de la déborder à Gauche sur quelques points.

Militant du PS pendant 11 ans, j’ai cru un instant que le réveil viendrait avant ce mois d’avril. Pour que la campagne s’anime à Gauche sans être exclusivement portée par des formations traditionnelles à l’attractivité limitée, j’ai même accordé fin janvier mon « parrainage citoyen » par internet à José Bové pour l’inciter à être candidat. Au-delà de nos différences, je lui suis en effet reconnaissant d’avoir porté à ce niveau de conscience les questions liées aux OGM et à la mondialisation. Sa candidature n’a pas eu l’effet escompté, et cet épisode m’a valu une ultime incompréhension avec le PS, que j’ai quitté le 19 février dernier.

Malgré ces déceptions, et après des tergiversations personnelles qui n’ont pris fin qu’il y a quelques jours, je voterai dimanche pour Ségolène Royal, et j’appelle tous ceux qui se retrouvent dans mon analyse à le faire aussi. En cela je n’appelle pas au vote « utile » mais à un vote « tactique ».

A celles et ceux qui croient que François Bayrou est plus « cohérent » et serait un meilleur « missile anti-Sarko » au second tour, je dis que les sondages ne doivent pas nous tromper deux fois. Je réponds aussi qu’un second tour Royal-Sarkozy sera l’occasion pour la candidate PS de s’adresser enfin à sa gauche et de mettre les électeurs centristes face à leurs responsabilités. Je rappelle également que les troupes UDF sont bien moins ouvertes à la Gauche que leur leader semble l’être, et que ce dernier ne récuse aucunement les aspects de notre système économique qui provoquent le plus de dégâts. Aux autres, dont je respecte infiniment – parce c’est la mienne – la volonté de placer le curseur politique plus à Gauche que la direction actuelle du PS, je dis que cette présidentielle telle qu’elle se présente n’est pas le moment du rapport de forces à Gauche. Elle est d’abord l’instant où nous devons éviter le pire pour nous donner l’occasion de construire, immédiatement après et donc utilement, ce rapport de forces. Il n’y a pas que dans la défaite qu’une recomposition du paysage politique est possible.

Les citoyens qui comme moi veulent une Gauche qui se modernise sans renoncer à transformer la société pour faire reculer les dangers, la misère et l’injustice, qui se reconnaissent dans l’aile gauche du PS, le PCF, les Verts, les altermondialistes, les républicains, ou qui pensent simplement que « les vies valent plus que les profits », peuvent choisir d’attendre la campagne législative et tenter de s’y fédérer, pour peser sur les équilibres internes à la Gauche sans crainte immodérée de faire gagner la Droite. En 1936, le gouvernement de Front Populaire est allé loin sous la pression immédiate du mouvement social. Et si en 2007 une victoire de Ségolène Royal était prolongée par une mobilisation citoyenne et politique, puissante et multiforme, pour marquer la volonté précise de ceux qui l’auront portée à l’Elysée, cela ne serait-il pas mieux que de voir Sarkozy détruire ou Bayrou faire perdre 5 ans ?

Fabrice MAUCCI

Conseiller municipal divers Gauche d’Aix-les-Bains

Posté par fabricemaucci à 07:12 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 avril 2007

Combien pèse le PS ?

Si Ségolène vaut 22%, incluant une moitié (celle qui a décidé de lui être fidèle) des radicaux et des chevènementistes qui pesaient ensemble 8% en 2002, restent 18%. Si sur elle se replient les écologistes et nonistes de gauche ayant voté autre chose que Jospin en 2002, et qui au bas mot pèsent 6% pris à Voynet, Laguiller et Buffet (respectivement 3,2 et 1 points de moins que les scores effectués il y a 5 ans), restent 12%.

Bien sûr il y a du monde chez Bayrou pour expliquer cela ou la faiblesse du total des voix de Gauche. Mais sans accabler le PS, qui dans ce contexte a bien raison d'en appeler au vote utile, ne faudrait-il pas que cette formation réagisse "idéologiquement" autrement qu'elle le fait ? Qu'elle se rénove sans perdre ses couleurs et ses thèmes de prédilection? A bon entendeur.

Posté par fabricemaucci à 16:50 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Sarkozy, l'ennemi

En politique, il est admis qu'on doive se comporter en gentlemen. Cela requiert évidemment de renoncer aux pressions autres que celles des arguments, aux atteintes à la vie privée lorsque celle-ci ne s'est pas "enrichie" du fait des fonctions électives, et fort heureusement aussi de n'admettre aucune violence. Au-delà de ce cadre à peu près respecté en France (ou faisons comme si...), tous les coups ont beau être permis ou presque, il reste que les élus et candidats de bords différents voire éloignés se considèrent essentiellement comme des adversaires, mais pas comme des ennemis. Chaque scrutin, chaque décision, chaque projet est un combat, mais en quelque sorte un combat sportif, quasi-amical. Même si l'enjeu est fort - la manière dont on veut que la société évolue pour le bien d'autrui et des générations futures - le système démocratique est ainsi fait que dans la plupart des cas vous n'avez nul besoin de détester votre adversaire et d'en faire un ennemi pour vous donner des chances de le vaincre à l'épisode suivant.

Pour ma part, j'adhère à cette cordiale attitude à une exception près, envers l'extrême-droite. La menace que celle-ci fait peser sur la démocratie et que confirment l'histoire comme le discours, est une première raison de la traiter en ennemie. On me rétorquera alors que j'ai plus d'indulgence avec l'extrême-gauche, qui n'a pas non plus laissé de traces très positives de ses dominations passées. Ma "vigilance institutionnelle" est pourtant identique dans les deux cas. Cependant, j'estime que la menace potentielle de ceux qu'en France on qualifie de "trotskistes" est bien moindre, parce que si la méthode voulue n'est pas la bonne, sur le fond, sur les valeurs, ainsi que sur l'identification des maux de la société, leur analyse est en partie valable, me semble toujours humaine, et me paraît "assimilable" par d'autres pensées et manière d'agir.

La nuance est d'importance avec les "partis bruns" qui eux, par des mots-clés bien audibles leur évitant de tomber sous le coup de la loi, cherchent encore et toujours à hiérarchiser, séparer et discriminer les hommes. Non seulement en fonction de ce qu'ils sont capables ou non de faire, d'avoir, de ressentir, de penser à un instant T (ça, la droite s'en occupe déjà...) mais aussi en fonction de ce qu'ils sont physiquement, biologiquement et qui serait déterminant pour tout le reste, toute leur vie, sans qu'il y ait possibilité de sortir de cette condition. L'extrême-droite catalogue les individus une bonne fois pour toutes dès la naissance, balayant la fraternité, niant l'égalité, et menaçant de réduire la liberté de beaucoup. Elle est donc une ennemie. La seule a priori...

... mais n'a-t-elle pas essaimé de manière inquiétante dans notre bel hexagone? N'y a-t-il pas un autre homme politique de premier plan pour porter désormais, sinon le projet, du moins la rhétorique et, d'une certaine manière, la vision de la société voulue par l'extrême-droite? Si, et cela m'amène, démonstration à l'appui, à considérer désormais Nicolas Sarkozy comme mon ennemi. Car ce dernier n'a pas fait que "muscler" un discours de droite pour ramener à lui l'électorat frontiste ; il calque désormais des phrases entières sur celles du FN et va même plus loin que lui dans ses amalgames. Jusqu'en 2005, il se contentait de bomber le torse, de caresser dans le sens du poil les électeurs de Le Pen sans le copier complètement. Sentant peut-être qu'à ce stade il ne pillait pas encore assez le réservoir de "l'original", il a dégainé depuis l'artillerie lourde.

Son Kärcher au profit des cités HLM fut un premier appel du pied franc et massif. Le message est simple mais multifacettes, donc étudié. Premièrement la réponse doit être violente et sans nuance, car on ne lave pas à l'éponge et au robinet mais à la haute pression. Deuxièmement, on nettoie les murs des cités, pas les délinquants. Ces derniers sont donc des "saletés". C'est leur nature. Coluche s'interrogeait à ce sujet mais pour Sarkozy c'est clair, la "crasse propre" ça n'existe pas, on ne change pas les individus, ils restent ce qu'ils sont. Donc aucune autre politique que repressive n'est utile. Troisièmement, avec le fameux nettoyeur jaune, on pulvérise, on envoie loin, on met hors course, en un mot onbrise et on enferme, le plus longtemps possible. Je résume : il faut "y aller en force, traiter en bloc, réprimer et mettre en prison" pour assurer la sérénité des quartiers sensibles.

Ses "racailles" de l'automne 2005 lui ont fait franchir un pas sémantique supplémentaire, en plus d'avoir eu l'irresponsabilité d'aggraver les tensions. Le terme "racaille" n'est pas individuel, il catégorise, classe des gens dans un groupe distinct qui se définit d'abord par son caractère nuisible à la majorité. Mais ce mot dit bien plus. En lui s'exprime du mépris, et l'idée qu'il s'agit d'une "mauvaise graine inaméliorable". Enfin, le ministre ne pouvait pas non plus  ignorer qu'une dimension ethnique lui est accolé, dans la bouche de ceux qui l'utilisent pour en désigner d'autres comme dans celle des personnes définies ainsi.

Depuis, la glissade contrôlée n'a pas cessé. La stigmatisation des étrangers est devenue plus nette, indirecte avec le slogan d'immigration choisie, mais sans équivoque sur TF1, début 2007, lorsque dans un propos fourre-tout N. Sarkozy évoque les "moutons égorgés dans les baignoires", donnat corps et audience à un vaste fantasme anti-musulman. Ce qui est étonnant à quinze jours du vote, alors qu'il est en tête de 6 à 8 points dans tous les sondages de premier tour et donné gagnant contre S. Royal par tous les instituts, , c'est que le leader UMP continue l'offensive sur ce terrain-là. Alors que cette stratégie risque d'engendrer une fuite de son électorat classique et supposé acquis vers François Bayrou, il persiste. Certains y voient une volonté de renforcer Jean-Marie Le Pen pour l'affronter dans ce qui serait pour lui la plus confortable configuration de deuxième tour, sans risque de perdre. Je me range assez facilement à cette idée.

Sa dernière saillie en date, dans cette campagne qui pour lui a commencé il y a 5 ans, porte sur l'importance des prédispositions génétiques dans la pédophilie ou les tendances suicidaires chez les adolescents. Par son contenu, ses sous-entendus et par le risque pris à défendre cela maintenant, cette "sortie" est bien plus révélatrice que ne le soulignent les observateurs médiatisés.

Sur le fond, rien ne lui donne raison, il ne peut se baser sur aucune étude, et encore moins sur des évidences : se suicide-t-on en chaîne dans certaines familles sur 4 ou 5 générations? Est-on pédophile de père en fils? Evidemment non. Néanmoins, les Français ont appris que beaucoup de maladies - le suicide en est-il une ??? - survenaient chez des gens offrant une fragilité naturelle, et que celle-ci pouvait ne pas être uniquement comportementale mais aussi génétique. Nicolas Sarkozy profite de cette petite culture scientifique commune pour la transposer à un domaine où elle ne s'applique pas, et où le vécu individuel construit probablement bien davantage de fragilités déterminantes que la génétique. Peu lui importe. Ce qui compte c'est le raisonnement que développeront certains citoyens à partir de son affirmation

Car qui dit "danger d'origine génétique" dit qu'il y aura sinon demande, du moins une acceptation populaire possible, "par précaution", d'un  dépistage précoce puis d'un suivi. Mais cela sera inévitablement accompagné d'une forme de fichage, éventuellement d'une surveillance au long cours, et pourquoi pas d'une interdiction d'exercer certains métiers - on imagine en tout cas facilement un tel prolongement pour les supposés futurs pédophiles. Si de tels contrôles et contraintes se conçoivent peut-être dans le cas d'un criminel sexuel avéré, déjà condamné, libéré sans certitude absolue de non-récidive, elles deviennent un danger incroyable et liberticide si on les applique un jour préventivement à toute une série d'enfants puis d'adultes détectés simplement parce qu'ils possèdent un gène "suspect".

Mon raisonnement serait une fiction insultante pour Nicolas Sarkozy si celui-ci n'avait pas déjà tenté de détecter à 3 ans les enfants dont le comportement aurait pu révéler une prédisposition à la délinquance ultérieure. Il y a décidément chez cet homme un déterminisme effrayant, qui n'est d'ailleurs qu'une extension de son intégrisme libéral : si un être humain est génétiquement prédisposé à être un criminel, qu'est-ce qui empêchera demain, sur ce prétexte, de renoncer à lui apporter des soins, une protection sociale, à le former et l'insérer. Avec de tels préjugés, qu'est-ce qui dit que nous ne retournerons pas à des pratiques eugénistes en insistant auprès des mères pour qu'elles avortent des petits criminels en devenir identifiés par amniocentèse ? Evoquer cela n'est en rien délirant puisque le début du XXème siècle nous a démontré que de tels raisonnements pouvaient conduire aux pires extrémités.

Avec cette intervention récente et assumée, le candidat UMP aura à la fois révélé un peu de sa pensée profonde et lancé encore et toujours plusieurs "messages subliminaux" aux sympathisants du lepénisme et de l'ultra-libéralisme. Car il n'est jamais anodin d'aborder la criminalité et la fragilité sous l'angle de la génétique. Dans le premier cas on envoie un signe quasi-approbateur à ceux qui croient à une hiérarchie des hommes figée et raciale, car dans leur esprit "race" et "gènes" sont associés. Finie l'époque du racisme ethno-culturel, on entre dans l'ère du racisme génétique, façon vingt-et-unième siècle. Dans le second cas on justifie la place et le sort respectifs des "forts" et des "faibles", des "gagneurs" et des "perdants", quelle que soit l'ampleur des inégalités qui les séparent. On admet que les uns étaient "faits pour réussir" et que d'autres ne le pouvaient pas. Et on conclut à l'inutilité des politiques publiques en faveur de l'élévation sociale de tous ceux qu'on estime génétiquement incapables, on les remplace par un "chèque de survie" minimaliste : les gènes viennent ainsi au secours du libéralisme fiscal voulu par le Monsieur en question.

Hypothèses? J'espère que oui mais je crains que non. Dans d'autres pays, d'autres hommes ont fait le lien entre droite et extrême-droite, non en les associant mais en les fusionnant. Autoritarisme, conservatisme, ultra-libéralisme, vision ultra-hiérarchisée de la société et stigmatisation conjointe de l'étranger, du délinquant et du pauvre. J'ai un exemple sur le bout de la langue : l'italien Gianfranco Fini. Cet ancien ministre éminent du gouvernement Berlusconi a écrit la préface de la version italienne d'un ouvrage récent de Sarkozy. Hormis un blog cité dans les pages web de Libération, aucun organe français de presse écrite ou audiovosuelle n'a relevé que Fini est l'ancien leader de l'Alliance Nationale, parti post-fasciste portant aux nues Mussolini, et dont le symbole est le même que celui du FN avec une flamme en vert-blanc-rouge. Croyez-vous que Sarkozy ait choisi au hasard celui auquel il a confié les premières pages de ses "Témoignages" version transalpine ?

Et puis un membre de l'équipe Berlusconi... Ah, Berlusconi, ses rapports avec la presse. Cela ne rappelle-t-il pas Sarkozy et la presse? Les amitiés avec les actionnaires, les pressions sur les rédactions, les exclusions obtenues à Paris Match, les censures obtenues d'un livre sur son épouse... Pour moi il n'y a plus doute, Sarkozy est mon ennemi*.

* : Ceci étant dit, deux questions subsistent : 1°) Si Sarko est l'ennemi, qui sera le meilleur missile anti-Sarko dans 11 jours ? Celle-ci me donne le vertige. 2°) Si le second tour est Sarko / Le Pen, que fait-on? A celle-là, sans changer une lettre de ma conclusion, je répondrai clairement. La politique menée par les deux serait proche, mais il y en a un que son parti n'empêchera jamais d'annuler s'il le souhaite les élections suivantes ou de tirer sur des manifestants, alors que le parti de l'autre se retournerait contre lui s'il allait aussi loin. Je me dois donc d'éviter à tout prix celui qui m'empêcherait de le remplacer. Si le 6 mai nous avions le dramatique non-choix entre UMP et FN, je mettrai un bulletin UMP, comme en 2002. Sauf que cette fois je participerais à la création d'une nouvelle formation politique à gauche pour donner corps aux espérances déçues et supplanter ces chapelles et ce château décidément incapables.

Posté par fabricemaucci à 16:37 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 mars 2007

Jetons les sondeurs, pas les sondages !

A 22 jours du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, notre pays continue de vivre en schizophrénie sondagière permanente. Les sondages d'intentions de vote - plus que les enquêtes d'opinion "qualitatives" - la France en raffole comme aucune autre nation. Depuis janvier il s'en publie au bas mot un par jour. Si les journaux qui les commandent le font à ce rythme, c'est d'une manière ou d'une autre que nos concitoyens adhèrent à la démarche, y trouvent un intérêt et des réponses fiables aux questions qu'ils se posent. Curieusement cependant, cette France est dans le même temps toute disposée à suspecter ces sondages d'une totale inefficacité ou à les juger potentiellement manipulateurs.

C'est que 2002 est passée par là. Le "21 avril" n'a pas été que le séisme politique qui évinça la Gauche du second tour au profit de l'extrême-droite. Il figure rétrospectivement comme une rupture dans la confiance des Français envers les sondages, même si cela n'a pas fait reculer d'un iota notre "dépendance" à leur égard. Ce jour-là, le coup de bambou n'a pas seulement été le fait que Le Pen ait devancé Jospin (16,8 contre 16,1% des voix), mais il est aussi résulté du fait qu'un tel classement était totalement inattendu et absolument pas redouté comme il aurait du l'être. L'opinion publique ne se connaît pas, elle n'a une idée d'elle-même qu'à travers les sondages, et elle eut à cet instant l'impression d'avoir été trompée sur son "état". Au cas hautement probable où nous l'aurions oublié, rappelons que le dernier sondage SOFRES publié 3 jours avant le scrutin donnaient les deux protagonistes en question à 12,5 et 18%.

Pour partie néanmoins, la méfiance qui s'est instaurée depuis vis-à-vis des sondages n'est pas justifiée. Il a manqué, et il manque sans doute encore aux Français une "maturité sondagière", une formation à la lecture critique de ces données. Listons plusieurs points qui ont probablement posé problème sans qu'il en soit de la faute des sondeurs :

- tout d'abord les sondages annoncent qu'ils sont construits à partir d'un "échantillon représentatif de la population", mais on est en droit de se demander comment ils parviennent à le constituer. Quelle que soit la méthode utilisée, il faut en savoir beaucoup d'un individu et de la société pour être certain que l'un est le reflet d'une partie de l'autre préalablement définie et mesurée. Aujourd'hui, beaucoup discutent du fait qu'une part des Français ne peut être sondée, n'ayant pas de ligne téléphonique fixe, et que cette fraction correspond à des modes de consommation et de vie, donc à des choix politiques, qui sont probablement différents de la moyenne ou du reste des Français. Voilà qui peut inquiéter.

- deuxièmement, les sondages incluent une marge d'erreur, parfaitement admise par ceux qui les réalisent : + ou - 2 ou 3 points. D'un point de vue technique une telle fourchette est une belle performance puisqu'elle se limite à plus ou moins 1/5ème, 1/6ème, plus souvent même 1/10ème du poids total estimé pour chaque candidat au premier tour, et qu'elle est relativement plus réduite encore pour le second tour (en théorie...). Par contre, confrontés à l'enjeu et à l'attente de précision, renforcée par des scores présentés en demi-points, ces écarts deviennent énormes. Enormes mais furtifs. Car la presse et les acteurs politiques qui les commentent, ayant besoin de s'appuyer sur eux pour effectuer une nouvelle analyse , galvaniser ou alerter, s'en tiennent eux aux seuls chiffres donnés en gras, supposés de toute façon révélateurs du niveau moyen auquel les candidats sont attendus. Tout contribue donc à faire oublier  l'imprécision intrinsèque et incompressible des sonsages. Dans le cas de 2002, rajouter 3 points aux 12,5 prévus pour Le Pen et en enlever 3 aux 18 octroyés à Jospin aurait pu faire comprendre que le doute était en fait permis. Appliquée à 2007, cette précaution montre que rien n'est encore fait et qu'un troisième homme peut devenir deuxième ou même premier le 22 avril prochain.

- troisièmement, les sondages sont des "instantanés" susceptibles d'évoluer. Ce qui compte lorsqu'on les lit, c'est tout autant le niveau atteint par les uns et les autres que la courbe, la tendance qui se dégage sur les trois ou quatre dernières enquêtes. En avril 2002, Jospin et Chirac étaient depuis des semaines sur une pente descendante alors que Le Pen stagnait pour enfin se redresser dans la dernière ligne droite. Ceux qui avaient prolongé les courbes théoriques de quelques jours et intégré les marges d'erreur savaient qu'entre le candidat socialiste et le leader frontiste, la partie seraient probablement plus serrée qu'annoncée.

- quatrièmement, on a découvert en 2002 un phénomène jamais expliqué auparavant : la sous-déclaration des intentions de vote pour certains candidats, en l'occurence Le Pen, et les coefficients correctifs qu'appliquaient parallèlement les instituts de sondage à leurs résultats bruts pour parvenir à une estimation crédible. Nécessaires dans une telle situation, ces correctifs restent des "solutions maison" peu comparables entre elles et aux bases aussi fragiles que secrètes. Pour 2007, ils sont carrément au coeur de la polémique puisque personne ne sait si et dans quelle proportion la percée lepéniste de 2002 a "libéré" l'expression de la préférence pour le FN, pas plus qu'on ne connaît la manière dont les sondeurs ont revu leur correctif : à la hausse pour tenir compte de la sous-estimation de l'élection précédente, ou à la baisse en supposant que les électeurs d'extrême-droite s'affirment désormais?

- enfin, le caractère récurrent des sondages dans les mois qui précèdent l'élection, la répétition d'une même configuration attendue de second tour (Jospin-Chirac, Gauche-Droite) et la focalisation médiatique sur le duel  devenu entre temps si "évident", ont ensemble donné l'impression à beaucoup d'entre nous que le premier tour était joué et que seul le second portait un enjeu. On oublia massivement que "pour aller en finale il fallait jouer les qualifications et les gagner" et que le dimanche matin du vote les compteurs se remettaient à zéro. Le vote d'adhésion pure et le vote sanction l'ont ainsi emporté sur l'objectif terminale et sur l'aptitude finale à faire gagner un camp plus large.

Ceci dit, des interrogations majeures pèsent encore sur les sondages. Les écarts entre instituts n'ayant a priori pas de raison d'être supérieures aux marges d'erreur de chacun d'entre eux, il est permis par exemple de se demander pourquoi le 29 mars 2007, IPSOS donne au second tour N. Sarkozy vainqueur de S. Royal avec 53,5% contre 46,5% alors que le même jour, CSA donne gagnante S. Royal avec 52%. Une telle différence (5,5 points) paraît vertigineuse. Elle l'est tout autant au premier tour entre CSA, BVA, IFOP et IPSOS, qui le 29 ou le 30 mars ont estimé le candidat UMP à 26% pour l'un et 31,5% pour l'autre, la candidate PS entre 23 et 27%, et François Bayrou entre 17,5 et 21%.

Plus largement, c'est l'indépendance des instituts de sondage qui, personnellement, me pose les plus lourdes questions. Il ne s'agit pas là de les mettre en accusation sans procès, mais de se demander quelle relation ils ont avec ceux qui les font vivre et ceux qu'ils aident à vivre, c'est-à-dire les grands groupes de presse. Ces derniers sont aujourd'hui en France tous aux mains de financiers ou de marchands d'armes (Dassault, Lagardère) dont l'intérêt propre - qui transparait dans leur ligne éditoriale de manière plus ou moins édulcorée - est de voir gagner un candidat libéral et "interventionniste" sur le plan diplomatico-militaire. Si vous me suivez, Nicolas Sarkozy était certainement dès le départ celui qu'ils souhaitaient voir atteindre l'Elysée. Cet axiome étant posé, il est permis de croire que les grands journaux français, avec l'aide des sondages qu'ils paient ("le client est roi"), avaient intérêt à développer la stratégie suivante.

En phase 1, surmédiatiser Sarkozy et faire de son ambition présidentielle une chose naturelle, évidente pour tous, sans concurrence dans son camp. Phase 2, pour s'assurer de son investiture, créer par les mêmes méthodes un adversaire "à sa taille" que seul lui, à droite, est susceptible de battre, mais qui n'est pas nécessairement le plus attendu, le plus expérimenté ou réputé le plus efficace et dangereux. Ce fut Ségolène Royal, avec l'aide d'une touche de "glamour" et de "people". Phase 3, en la distinguant comme la seule de sa famille politique capable de battre Sarkozy, faire avec Royal ce qu'on a fait avec lui pour qu'elle devienne officiellement la candidate du PS. Phase 4, commencer à frapper sur cette dernière qu'on ne veut pas voir gagner, souligner ses faiblesses et ses erreurs alors qu'on tait celle de son rival. Phase 5, faire émerger un troisième homme qui grignote plus sur la candidate PS plus que sur le candidat UMP de manière à "assurer le coup" et tenter d'obtenir un second tour exclusivement libéral pour être certain de disposer d'un pouvoir "favorable".

On pourrait en être là. Paradoxalement, ce qui me confirmerait cette cynique stratégie c'est le fait que la plupart des instituts ne livrent au public qu'une seule hypothèse de second tour, entre Royal et Sarkozy, et ce malgré l'expérience de 2002. En fait, les rares enquêtes évaluant une finale avec Bayrou ont toutes montré qu'il l'emporterait, tout simplement parce qu'il serait dans chacun des cas de figure le "moins pire" sur lequel se rabattrait le camp absent d'un tel second tour. Et cela va tout de même à l'encontre du souhait suprême des grands propriétaires de médias. Il faut donc se servir du candidat UDF tant qu'il fragilise essentiellement Royal, mais s'il affaiblit Sarkozy il peut être utile de faire dégonfler la bulle...

Ce n'est qu'une opinion, mais je l'enrichis d'un pronostic : 1. Sarkozy 25%, 2. Royal 21%, 3. Bayrou 20%, 4. Le Pen 19%, 5. Besancenot 5%, puis Buffet, Laguiller, Villiers à 2%, Bové, Voynet, Nihous et Schivardi à 1%.

F. MAUCCI

Posté par fabricemaucci à 18:29 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 mars 2007

La Gauche et la Nation : Royal a-t-elle raison ?

Dans la foulée de Nicolas Sarkozy et de sa proposition de création d'un ministère de l'immigration et de l'identité nationale, Ségolène Royal a elle aussi abordé le thème de la Nation. Elle a entre autres défendu l'apprentissage de la Marseillaise à l'école, et souhaité que chaque français aient chez lui un drapeau bleu-blanc-rouge. Ces paroles ont heurté une partie de la Gauche, qui la taxe de flirter avec les thèses de d'extrême-droite, de contribuer à les répandre et de perdre aussi en lisibilité. A-t-elle eu raison? A-t-elle eu tort?

J'ai envie de répondre qu'elle a agi ici comme elle le fait depuis 6 mois, c'est-à-dire depuis la campagne interne de la primaire socialiste. Elle a l'intelligence d'aborder des thèmes que la Gauche a laissé à la Droite ou à pire, mais au lieu d'innover et de développer une vision progressiste sur ces questions, elle se contente de prononcer des mots-clés ambigus qui flairent plus le conservatisme, la nostalgie ou le préjugé qu'autre chose. De Ségolène Royal, on est en droit d'attendre autre chose. D'un candidat porté à ce "potentiel" par des militants socialistes, on attend mieux.

D'accord, il ne fallait pas abandonner la Nation à Sarkozy et Le Pen. Chevènement le dit depuis dix ans, et de nombreux sociologues alertent la Gauche sur ce point depuis au moins aussi longtemps. Dès lors qu'un élément central du contrat républicain est détourné de sa signification historique et restreint à un instrument de ségrégation mentale et de repli, nous devions en tenir compte et le réinsérer dans notre discours, le remettre en débat.

Mais fallait-il n'aborder la Nation qu'avec des symboles, sans paroles fortes et nouvelles? Même s'il fallait réagir aux propositions nauséabondes de l'ex-ministre de l'intérieur, fallait-il attendre qu'il ait investi le terrain de l'identité nationale pour proposer une vision de Gauche de la Nation? Quitte à parler de la Nation, fallait-il se limiter à des évocations ou en faire un pilier du pacte présidentiel?

Car la Gauche et la Droite n'ont pas la même vision de ce "concept" - oui, oui, un concept. Au Front National et chez ceux qui cherchent à le copier, malheureusement aussi pour un grand nombre de Français au cerveau lepénisé, la Nation est ethnique, c'est celle du sang. Pas nécessairement du sang versé contrairement à ce que suggèrent les postures martiales de ceux qui s'en gargarisent, mais plutôt le sang de l'hérédité. Cette définition de la Nation est pétrie d'injustice, d'aveuglement face aux réalités, de racisme et de méconnaissance de l'Histoire de notre pays. Si la Gauche ne rappelle pas ou ne donne pas un autre contenu lorsqu'elle en parle, elle contribuera elle aussi, sans le vouloir, à véhiculer ce triste déguisement du concept de Nation parce qu'il est simplement, en ce moment précis, son contenu accolé dominant. Il faut inverser la vapeur si on ne veut pas y être piégés.

La Nation, c'est un "ciment multifonction" dont on a plus que jamais besoin. Brandie en 1789, elle est la raison philosophique de l'égalité, de la souveraineté du peuple, elle est le fondement de la démocratie. Mais elle est aussi le socle de la solidarité, par l'impôt, les services publics ou la protection sociale. Elle reste pour longtemps l'instrument à travers lequel  nos représentants défendent une vision du monde auprès des leaders d'autres peuples, dans les institutions internationales. La Nation, ce sont les droits et les devoirs reconnus tacitement par tous et qui font le "vivre ensemble". La nôtre a admis comme un principe inamovible qu'elle allait au-delà de la différence d'origine, d'opinion et de croyance, elle a même inventé la notion de laïcité pour les surmonter. Bien sûr tout n'est pas rose sous le drapeau tricolore. Mais en entrant dans ce thème, Ségolène Royal devait à la fois juger le passé et proposer un cap ; elle en a raté l'occasion.

En premier lieu, elle aurait pu mêler le mot de Nation aux paroles qu'elle avait déjà prononcées il y a plusieurs semaines sur la France mère de tous ses enfants et riche de sa diversité, et montrer qu'entre assimilation et communautarisme la recherche d'un "melting-pot à la française" est possible et même souhaitable. Pour répondre au couplage osé par Sarkozy entre immigration et identité nationale, elle aurait gagné à affirmer que pour "faire Nation" dans un contexte d'immigration, il aurait fallu que celui qui accueille et qui veut transmettre ses codes fondamentaux soit le premier acteur de l'intégration, et qu'en la matière nous avons collectivement échoué parce que nous ne nous sommes pas donnés les moyens adaptés et suffisants, et que nous avons préféré exiger des arrivants ou de leurs descendants qu'ils "s'intègrent" par leurs seuls efforts, malgré les discriminations dont ils faisaient l'objet, les handicaps économiques dont ils étaient porteurs et les signaux de défiance que l'Etat lui-même a trop adressé à ses "minorités visibles".

En second lieu, il était possible pour Ségolène Royal de tenir un discours sur la Nation qui associe cette dernière - pour la mettre en mouvement - à une "mission urgente", aussi bien intérieure qu'universelle, une mission écologique par exemple. Elle pouvait invoquer la Nation comme un instrument de prise de conscience et de mobilisation générale face aux fractures que provoque le libéralisme et aux égoïsmes qu'il protège dans notre société. L'intérêt de la Nation dans sa cohésion et sa recherche de progrès n'est-il pas supérieur à celui d'une caste privilégiée qui en pompent les forces? Par cette entrée-là, elle pouvait ajouter une justification à de futures politiques exigeantes en matière de logement et de mixité sociale, de formation des jeunes...

Elle pouvait faire prende corps à cette Nation en l'appelant à relever ces défis à travers une voie nouvelle, originale, qui puisse devenir un modèle pour le monde comme l'a été autrefois notre République. En rappelant que la Nation est avant tout une "communauté de destin" mais de destin librement choisi, elle pouvait même replacer l'envie démocratique aux échelles où ce destin se joue et notamment celle de l'Europe.

Voilà qui aurait été positif et qui aurait pu, en modifiant les valeurs attachées à ce concept, enlever un précieux cache-sexe au discours de l'extrême-droite et de ses calques. Ségolène Royal n'y a pas pensé, ses proches non plus ou n'ont-ils pas été entendus par la candidate. Sa posture a eu les effets inverses de ceux qu'on pouvait escompter. Ses mots ne sont pas graves, mais dans accompagnement construit ils résonnent mal. Il y a des millions de Français qui sans drapeau c'est-à-dire sans démonstration, ont cette fierté intérieure qu'on appelle patriotisme, et qui l'ont à la juste dose, celle qui donne envie de défendre l'image et la place du pays mais maintient le discernement sur nos propres défauts politiques ou travers collectifs. Ils peuvent avoir été décontenancés par ce passage du discours de Madame Royal. Puis il y a l'hymne, dont la mélodie peut nous rassurer, nous remémorer, nous enjouer, nous émouvoir selon le contexte, mais qui contient aussi une plaie que sont ses paroles. Etait-il judicieux de mettre le doigt sur "le sang impur qui abreuve nos sillons" alors que c'est justement ce genre de points d'appui à la haine nationaliste qu'il faudrait nous séparer? Le texte de la Marseillaise valait dans son contexte de naissance puisqu'il a fallu défendre notre régime contre nos voisins, mais il ne fait plus écho à nos valeurs alors que c'est sa mission. Ce n'est pas une urgence politique de le changer - François Bayrou ou Dominique Voynet ont eu d'intelligentes remarques à ce sujet - mais il était encore moins urgent, fût-ce pour tacler Sarkozy, de le verser au débat présidentiel.

Fabrice MAUCCI

Posté par fabricemaucci à 18:40 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 janvier 2007

Ils sont si loin de tes valeurs, l'abbé !

Nicolas est un homme volontaire, mais sa volonté est au service de valeurs parmi les plus destructrices : le culte de l’individu, de l’argent, l’égoïsme de classe, une solidarité et des libertés minimales en partie transférées aux familles et aux « communautés culturelles », une régulation sociale figée sur le curseur de la force répressive... En fait, il travaille dans l’intérêt de quelques milliers d’individus très argentés, n’aspirant qu’à l’être davantage. Mais pour être président, il lui faut se travestir.

Il doit d’abord cacher l’inefficacité globale de la politique qu’il souhaite renforcer. La délinquance sur les personnes n’a jamais autant augmenté que depuis la disparition de la police de proximité et l’augmentation des incarcérations. Les migrants gagnant l’Angleterre sont aussi nombreux qu’avant la fermeture de Sangatte, mais désormais sans toit et errant dans Calais. La cure de libéralisme et les baisses d’impôt (dont 70% ont profité aux 10% de français les plus aisés) n’ont pas bougé d’une virgule le taux de chômage, malgré les radiations massives de l’ANPE et le papy-boom. Le pays compte 200000 allocataires RMI de plus qu’en 2002, et 12% de salariés en-dessous du SMIC.

Nicolas ment aussi, au moins par omission. Il rappellera comme son ami Jean-Louis qu’il n’y a jamais eu autant de logements neufs, et taira le fait que 80% de ceux-ci ne sont accessibles qu’aux 15% les plus riches. Il ne dira pas que son parti a voulu torpiller l’obligation de 20% de logements sociaux et qu’il a fallu un vieillard respecté pour l’en empêcher. Il éludera autant que possible les conséquences qu’aurait sur l’Etat, la protection sociale et sa toute fraîche ambition écologique, son projet de baisser encore les prélèvements d’un montant supérieur à l’impôt sur le revenu et l’ISF réunis. Enfin, puisqu’il approuve la mondialisation telle qu’elle est (« un stimulant ») et admet son cortège de délocalisations industrielles et fiscales, puisqu’il attend que nous soyons simplement « plus compétitifs » face à une main-d’oeuvre sous-payée, il se pincera en promettant une hausse conjointe de l’emploi et du pouvoir d’achat.

Il dresse enfin les Français les uns contre les autres tout en faisant croire à des convergences entre élite financière et classes moyennes voire modestes. Il est insupportable quand il glorifie « la France qui travaille » comme pour mieux stigmatiser l’autre, qui chômerait par choix. Quant à ses « heures supp’ sans cotisations ni impôts », elles sont un système gagnant-gagnant... sauf pour les milliers d’emplois qu’elles supprimeront si elles sont généralisées.

Son affection pour le peuple est sélective. Il feint d’en partager les goûts pour faire croire au partage des inquiétudes. Mais sa rupture, si elle a lieu, sera tout sauf tranquille. Il en faudra alors des Don Quichotte, des DAL, des porte-parole d’acier, des politiques courageux, pour succéder à celui qui réclamait avant tout « une société qui partage et rend digne ». Des volontés, chez les forts ou les chanceux, pour se tourner vers ceux que la vie a abîmés et les mettre au cœur de leur combat. Tu sais, l’Abbé, tu manques déjà.  

Par Fabrice MAUCCI

Conseiller municipal d’Aix-les-Bains

Posté par fabricemaucci à 22:43 - Politique, avenir de la Gauche - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2   Page suivante »