03 janvier 2007
Réformer l'Ecole
Parce que l’éducation, l’enseignement et la formation professionnelle sont un socle de l’humain, « l’école » est au cœur des préoccupations et des enjeux politiques. Elle est aussi depuis plus de 20 ans le réceptacle involontaire de tensions sociales qui ont enflé avec le chômage de masse, la montée de la violence et les ségrégations urbaines. Accueillant « les enfants d’un système », elle doit gérer par ricochet tous les défauts de ce système alors que ce n’est pas sa mission, et en même temps faire réussir le plus grand nombre là où il y a 40 ans à peine elle se contentait encore de ne reproduire qu’une élite sociale.
C’est dans ce contexte que l’école tente de répondre aux attentes – légitimes mais plus fortes que jamais – des familles, des employeurs ou de la République : construire des comportements, des compétences et des savoirs de plus en plus vastes avec les outils les plus récents ; forger le sens des responsabilités, une conscience critique et citoyenne ; apporter l’envie et l’autonomie dans l’apprentissage ; s’ouvrir au « monde réel » économique, social, culturel pour multiplier les horizons des élèves ; mieux les orienter et mieux les préparer à l’exercice d’un ou plusieurs métiers.
Depuis 1980 environ et contrairement aux idées reçues, l’école s’est énormément bougée pour s’adapter aux mutations de la société. Pas toujours avec succès, car bousculée par d’incessants changements de cap ministériels et prise en tenaille entre les partisans éternels du « c’était mieux avant » et les béats du « on va forcément dans le bon sens ». Elle pourrait se rapprocher bientôt d’un juste équilibre entre les exigences de solidité des savoirs de base, l’ouverture scientifique et linguistique, la découverte professionnelle et l’utilisation de pédagogies modernes. Mais il peut manquer au final deux ingrédients absolument nécessaires : de la confiance et des moyens.
Les deux se confondent d’ailleurs. La confiance ne s’établira que si chacun à sa place admet qu’il n’a pas toute la vérité sur l’éducation. Professeurs, élèves ou étudiants, parents, patrons, voient tous une partie de la réalité et doivent désormais aborder les autres acteurs en admettant la justesse de leur regard. L’Etat doit cesser d’utiliser un langage en trompe-l’œil (dans lequel « autonomie des établissements » signifie « flicage des enseignants » et « possibilité d’embauche hors-statut et sans les qualifications requises ») et d’agiter, d’Allègre à Fillon et Robien, les préjugés dont l’école est victime quant à la quantité ou l’utilisation de ses moyens. Affirmons clairement : les budgets grimpent seulement pour financer les profs retraités ; les classes restent surchargées et sous-équipées ; les structures pour élèves décrocheurs, handicapés ou arrivant sur le territoire demeurent rarissimes ; notre université est la moins financée d’Europe ; les enseignants sont trop peu formés au cours de leur carrière, leur nombre n’est pas compressible puisqu’ils travaillent déjà 1600-1700 heures par an comme les autres, et le salaire des titulaires formés à BAC+5 aura du mal à plonger en-dessous des 120% du SMIC actuels… Là n’est pas tout le problème bien sûr, mais admettons cela et le mot « réforme » ne sera plus perçu comme une volonté de casser l’école.
Par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
