Fabrice MAUCCI - Démocratie Ecologie Solidarités

Pour une gauche réformiste, rénovée et décomplexée. Pour débattre à toutes les échelles, d'Aix-les-Bains (Savoie) à la planète entière

06 juin 2007

Qu'il est souriant sur notre écran le copain de Copé

Dans la série "confusion des genres politico-médiatique", la France a fait un vrai et nauséabond saut qualitatif ces dernières semaines. Les meetings de Nicolas Sarkozy suivis avec les seules images de l'UMP blessaient déjà insidieusement notre démocratie, dont il est bon de rappeler qu'elle ne se construit pas seulement à partir du pluralisme électoral et du droit de vote. Madame Ockrent continuant ses émissions politiques et interrogeant avec arrogance François Bayrou, dont la stratégie est l'exact opposé de celle de son époux Bernard Kouchner, c'est encore plus "lourd".

Mais le pire, c'est l'intoxication quotidienne organisée par les "grands amis de la télé". Et dans ce registre, David Pujadas est en train de passer maître. Aux manettes du 20 heures de France 2 depuis 2001, il avait peu de temps après (dans une interview sur Canal + me semble-t-il)  juré ses grands dieux qu'il ne recevrait jamais dans son JT son copain d'études Jean-François Copé, et ce par une déontologie toute naturelle. Cette belle éthique s'était envolée dès la nomination de Copé comme porte-parole du gouvernement !

Ce soir, M. Pujadas commentait grand sourire aux lèvres le premier G8 de son président préféré, avec plus d'images du couple présidentiel que sur les sujets du sommet. Le passage hallucinant au cours duquel notre chef d'Etat faisait semblant de se présenter en serrant la main des journalistes hexagonaux et précisant ironiquement son nom par un "bonjour, Sarkozy", n'a bien évidemment pas mérité la seule analyse qu'il appelait, à savoir que ce monsieur est si content de son nouveau travail qu'il se comporte comme un guignol. Il y a quelques jours, lorsque François Fillon éructait de manière insultante sur la Gauche en plein meeting, il n'y avait pas eu plus de mots pour souligner une inutile et étonnante agressivité.

Pas étonnant dans ce contexte, que les heures supplémentaires défiscalisées du couple exécutif  aient fait l'objet ce soir d'un tout aussi sommaire traitement. Une précision sur leur mode de calcul, un bref rappel syndical que ce ne sont pas les salariés qui décideront d'en effectuer ou pas, une estimation du coût de la mesure non confrontée au discours sur la dépense publique et la dette... Mais strictement rien sur ce qui fait l'objet de multiples tribunes d'économistes dans la presse écrite, à savoir la possible illégalité du projet, son infaisabilité ou son inutilité par rapport aux besoins et contraintes concrètes des entreprises, les probables effets déclarations de fausses heures sup arrangeant employeurs et employés pour frauder la Sécu, la grève en cours de 90% des salariés de Kronenbourg à Obernai contre les heures supplémentaires telles qu'elles existent souvent c'est-à-dire forcées, et pour finir l'inefficacité attendue voire les conséquences négatives du dispositif sur l'emploi. Pour qui ne lit pas les journaux, l'intox est efficace. Pour qui les lit, ce JT est ahurissant ! Mais serait-ce tout?

Il se trouve que ce soir, j'ai regardé deux "vingt heures". Celui de TF1 en direct, celui de France 2 en différé. Et là, surprise. Deux sujets quasi-identiques sur le baccalauréat. Un sujet récurrent, un "marronnier" comme disent les gens de presse? Pas si évident. Sur les deux chaînes, l'info de ce soir était focalisée - incrustations à lappui - sur le fait que pour 620000 candidats, il fallait mobiliser 4300 centres scolaires ou administratifs et surtout 127000 enseignants, et que cela expliquait que les cours s'arrêtent un mois avant les vacances officielles pour "les élèves". Que cela soit surprenant uniquement pour les élèves de Seconde et de première année de BEP dont le lycée stoppe les cours alors qu'eux ne passent pas d'examen, n'a bien sûr pas été précisé. Par contre, quelle insistance sur les parents qui ne savent pas comment "surveiller" leurs ados et sur le programme qui n'est pas bouclé (ce programme dont on ne s'inquiète pas quand il s'enseigne dans des classes à 35...), avec en prime un petit coup de pub' aux cours privés à domicile qui peuvent occuper le mois de Juin ainsi perdu ! 

Décidément, la proximité (fond et traitement) des deux reportages au même moment est trop troublante pour qu'elle soit due au hasard des choix rédactionnels de TF1 et France 2. La seule explication est qu'il s'agit d'un sujet "téléguidé" par le pouvoir. Un message subliminal commandé dans l'unique but de démontrer l'ineptie de l'organisation du baccalauréat. On insiste sur le ratio candidats/examinateurs, on évite d'évoquer directement le coût car cela ferait pingre pour un symbole national, mais on ajoute une couche habile sur l'intérêt d'une poignée d'élèves laissés "sans travail et sans encadrement" comme si du fait du bac l'école manquait gravement à sa mission à leur égard.

Procès d'intention? Si l'an prochain la moitié des épreuves du bac passent au contrôle continu et que ça ne fait pas un pli dans l'opinion alors qu'il y a deux ans cette source d'inégalité révoltait des millions de gens, alors j'aurais vu juste dans le jeu de Pujadas, le trop voyant copain de Copé.

Fabrice MAUCCI, conseiller municipal DVG d'Aix-les-Bains

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