17 avril 2007
Voter ROYAL malgré tout ... pour bousculer ensuite
Déboussolés et prisonniers. Voilà la situation inextricable dans laquelle se trouvent, à quelques jours du premier tour des élections présidentielles, nombre de nos compatriotes qui ont le cœur à Gauche. Au sortir d’une campagne omniprésente mais superficielle et périphérique, les hésitations qu’ils pensaient ne plus avoir à affronter depuis 2002 ressurgissent. Face à Le Pen, puis face à un candidat majeur caricaturalement libéral, conservateur et autoritaire, qui banalise et partage des éléments de l’idéologie extrémiste du précédent, ces électeurs frustrés et hantés par le 21 avril auraient aimé ne pas s’interroger sur la manière d’agir.
Comme moi, ils attendaient que le Parti Socialiste tire les leçons de l’échec du candidat Jospin et du Non de Gauche au referendum de mai 2005, mais aussi celles des mobilisations de 2003 sur les retraites ou de 2006 sur le CPE. Après ces « mises en garde », ils espéraient que ce grand parti renouvelle ses propositions sur une ligne clairement à Gauche, innovante, à la fois crédible et décomplexée. Ils croyaient pouvoir compter en 2007 sur un PS mettant au cœur de son projet l’impératif écologique, l’emploi et le pouvoir d’achat, la solidarité, la relance des services publics et de l’ascenseur social, l’égalité sous toutes ses formes, une démocratie refondue, et qui prouve sa capacité à faire tout cela à travers un engagement fort à réguler le capitalisme libéral à toutes les échelles possibles.
Ces espoirs, insuffisamment traduits dans le projet du PS, ont été carrément malmenés par Ségolène Royal. Riche d’un énorme capital de sympathie à l’automne, elle a multiplié les postures de second tour, et son intelligente volonté de débattre de tout sans tabou a souvent accouché d’incertitudes sur ses positions ou de craintes d’un glissement vers la droite. Je ne lui reproche pas son indépendance d’esprit, non. Mais comme Lionel Jospin il y a 5 ans, elle a oublié de faire campagne « dans son camp » avant ce 1er tour, a dérouté sans convaincre ni rassurer, et s’est laissée enfermer dans les thèmes imposés par ses adversaires, donnant même à François Bayrou l’occasion de la déborder à Gauche sur quelques points.
Militant du PS pendant 11 ans, j’ai cru un instant que le réveil viendrait avant ce mois d’avril. Pour que la campagne s’anime à Gauche sans être exclusivement portée par des formations traditionnelles à l’attractivité limitée, j’ai même accordé fin janvier mon « parrainage citoyen » par internet à José Bové pour l’inciter à être candidat. Au-delà de nos différences, je lui suis en effet reconnaissant d’avoir porté à ce niveau de conscience les questions liées aux OGM et à la mondialisation. Sa candidature n’a pas eu l’effet escompté, et cet épisode m’a valu une ultime incompréhension avec le PS, que j’ai quitté le 19 février dernier.
Malgré ces déceptions, et après des tergiversations personnelles qui n’ont pris fin qu’il y a quelques jours, je voterai dimanche pour Ségolène Royal, et j’appelle tous ceux qui se retrouvent dans mon analyse à le faire aussi. En cela je n’appelle pas au vote « utile » mais à un vote « tactique ».
A celles et ceux qui croient que François Bayrou est plus « cohérent » et serait un meilleur « missile anti-Sarko » au second tour, je dis que les sondages ne doivent pas nous tromper deux fois. Je réponds aussi qu’un second tour Royal-Sarkozy sera l’occasion pour la candidate PS de s’adresser enfin à sa gauche et de mettre les électeurs centristes face à leurs responsabilités. Je rappelle également que les troupes UDF sont bien moins ouvertes à la Gauche que leur leader semble l’être, et que ce dernier ne récuse aucunement les aspects de notre système économique qui provoquent le plus de dégâts. Aux autres, dont je respecte infiniment – parce c’est la mienne – la volonté de placer le curseur politique plus à Gauche que la direction actuelle du PS, je dis que cette présidentielle telle qu’elle se présente n’est pas le moment du rapport de forces à Gauche. Elle est d’abord l’instant où nous devons éviter le pire pour nous donner l’occasion de construire, immédiatement après et donc utilement, ce rapport de forces. Il n’y a pas que dans la défaite qu’une recomposition du paysage politique est possible.
Les citoyens qui comme moi veulent une Gauche qui se modernise sans renoncer à transformer la société pour faire reculer les dangers, la misère et l’injustice, qui se reconnaissent dans l’aile gauche du PS, le PCF, les Verts, les altermondialistes, les républicains, ou qui pensent simplement que « les vies valent plus que les profits », peuvent choisir d’attendre la campagne législative et tenter de s’y fédérer, pour peser sur les équilibres internes à la Gauche sans crainte immodérée de faire gagner la Droite. En 1936, le gouvernement de Front Populaire est allé loin sous la pression immédiate du mouvement social. Et si en 2007 une victoire de Ségolène Royal était prolongée par une mobilisation citoyenne et politique, puissante et multiforme, pour marquer la volonté précise de ceux qui l’auront portée à l’Elysée, cela ne serait-il pas mieux que de voir Sarkozy détruire ou Bayrou faire perdre 5 ans ?
Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal divers Gauche d’Aix-les-Bains
Commentaires
oui il vaut mieux sego ... sarko ça fait peur :
http://www.laprovence.com/articles/2007/04/16/20070416-Region-en-direct-Des-militants-de-gauche-tenus-a-l-ecart
lisez ça !
Reprise
Bnjour,
J'ai repris votre article sur notre blog de Madrid
http://destin-et-turbulences.blogspot.com/2007/04/rflexions-pour-la-gauche-qui-pense.html
Merci,
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