31 janvier 2007
La voiture partagée : une idée à essayer vraiment
Il y a plus d’un an et demi, un Aixois en recherche d’emploi a décidé, tout en définissant sa reconversion professionnelle et en cherchant à créer son entreprise, de nous sensibiliser au principe de la « voiture partagée ». Son premier véhicule destiné à cet usage, une Peugeot 1007 jaune achetée avec ses indemnités, tous les Aixois l’ont déjà vu près de la gare ou du parc des Thermes.
L’autopartage est une piste innovante dans la recherche de modes de déplacements plus écologiques, moins coûteux et moins consommateurs d’espace que la voiture pour chacun. Elle ne se confond pas avec le covoiturage, qui consiste lui à mieux remplir les véhicules des particuliers. Ici, les véhicules appartiennent à une structure porteuse : un service public, une SARL, ou dans 8 cas sur 10 une association, une coopérative dont les usagers peuvent être « associés ». Les PME qui n’ont pas la pleine utilité d’une voiture de fonction ou qui hésitent à augmenter leur propre parc, les étudiants, les familles sans voiture, celles qui n’en ont pas besoin tous les jours ou souhaitent économiser l’achat d’un deuxième véhicule qui roulerait peu (< 10000 km/an), sont les premiers usagers potentiels de la voiture partagée.
Ils versent d’abord une caution non encaissée et un abonnement (15€/mois), celui-ci pouvant être réduit et fusionné avec un abonnement au train ou au bus, comme à Grenoble. Le véhicule, qui stationne en théorie près d’une borne et dont on connaît la disponibilité en temps réel, est ensuite réservé à tout moment y compris par internet, d’une heure à trois mois à l’avance. Son utilisation est facturée à l’heure (de 1,4 à 2,6 € selon le type de véhicule) ou à la journée (de 18 à 26€), énergie comprise, ce qui donne un coût kilométrique voisin de 0,25€/km sans souci d’entretien ni de stationnement hors période d’usage, quand la voiture individuelle n’épargne pas ces préoccupations et prend plus du double au portefeuille.
Complémentaire des transports collectifs, mieux adapté à l’urbanisation diffuse de nos périphéries urbaines, l’autopartage économise ou libère des surfaces de parking. En Suisse, les 56000 clients du réseau Mobility ont évité en 2005 l’émission de 11000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère grâce à cette utilisation plus rationnelle de la voiture (1 partagée en remplace 4) et au choix de véhicules peu gourmands, hybrides ou électriques.
Déjà présent dans 650 villes dans le monde dont une dizaine en France, et dans des agglomérations de taille moyenne en Suisse ou en Belgique, ce système peut parfaitement réussir dans notre bassin de vie. Pour cela, la collectivité doit être motrice. Les intercommunalités autour de Montmélian, Chambéry et Aix-les-Bains voire Annecy doivent travailler de concert, financer l’information et la promotion, acheter une partie du parc de véhicules (12 ou 15 suffiraient au départ), et mettre en relation tous les acteurs susceptibles de fluidifier la démarche (SNCF, réseaux de bus, loueurs). Le groupe Aix Avenir et la Gauche aixoise souhaitent au plus vite cet investissement à 1,5 € par habitant !
par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
27 janvier 2007
Le Kosovo ou l'impuissance du monde
La communauté internationale est-elle capable de mener un peuple, autrefois menacé par ses "tuteurs", défendue et depuis lors protégé par elle, vers une indépendance justifiée? J'ai bien peur que la réponse soit éternellement non, même quand l'essentiel du chemin a été parcouru.
Le cas du Kosovo est à cet égard édifiant. Huit ans après l'intervention de l'OTAN pour protéger sa population albanophone et musulmane de l'agression de l'armée serbe, et après autant d'années d'une gestion directe de son territoire par l'ONU, l'ex-province autonome de Serbie semble devoir flotter encore longtemps dans un nuage juridique. Alors que son "statut définitif" devait être fixé dans le courant de l'année 2006, le début de l'année suivante n'amène aucune certitude. La réunion tenue hier à Vienne pour éclaircir l'horizon allonge surtout la liste des obstacles et des faiblesses de la diplomatie mondiale actuelle.
Rien que sur la forme, cette rencontre est un symptome. Elle s'est d'abord tenue à huis clos. Je ne nie pas que les discussions entre Etats et organisations inter-gouvernementales nécessitent parfois ce genre de précautions, mais alors pourquoi annoncer la tenue de celles-ci aussi officiellement si rien ne doit en filtrer, y compris pour les personnes les plus concernées? Cela est d'autant plus surprenant que nous sommes à une semaine à peine de la présentation du plan pour l'avenir du Kosovo, et qu'on eut pu supposer qu'en huit ans, une diplomatie active et résolue aurait suffisamment avancé pour que les dernières minutes ne débattent plus que du détail, donc sans besoin d'être couvertes par un stratégique secret.
Ensuite, cette réunion a regroupé des acteurs dont la légitimité à s'occuper seuls du dossier est fort discutable. Certes, le rôle de "rapporteur" est tenu par un finlandais envoyé spécial de l'ONU au Kosovo, donc par la seule instance à la fois concrètement en charge du terrain et juridiquement superposable à la notion de communauté internationale. Mais ce n'est pas l'Assemblée Générale de l'ONU qui débat et décide, ni même son Conseil de Sécurité. Ce sont les diplomates d'un énième "groupe de contact" mettant en scène les Etats-Unis, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni, l'Italie et la Russie. Mis à part les USA, dont la volonté et l'intervention militaire furent décisives pour protéger les Kosovars en 1999, comment les autres pays justifient-ils leur poids dans le règlement du dossier? Sommes-nous devant un parterre de "nations sages", d'Etats simplement puissants et armés susceptibles de garantir "l'après", ou assistons-nous à une réminiscence du XIXème siècle - débordant sur 1919 - avec des acteurs dont le seul but est d'équilibrer leurs influences, leurs intérêts propres et leurs menaces sans tenir compte des réalités locales? Le blocage de la Russie, qui contre tous les autres défend les intérêts de la Serbie pour des raisons teintées de stratégie-puzzle, de proximité historique et de vanité ethnique, peut en tout cas le faire craindre. Par ailleurs, compte tenu de son absence dramatique de la région dans les années 1990, mais du fait aussi de son périmètre élargi contournant entièrement désormais cette même région, pourquoi l'Union Européenne n'est-elle pas présente en tant que telle à ces pourparlers?
Vient enfin le criticable but ultime de cette réunion, qui ne manque pas de piquant à l'aune des précédents historiques. Il s'agit de préparer un contenu de propositions qui sera simultanément présenté le 2 février à Pristina (capitale du Kosovo) et Belgrade (celle de la Serbie). Dans quel but : co-décider l'avenir du Kosovo? Est-ce normal de prendre comme interlocuteur, et sur un pied d'égalité avec le peuple victime, l'Etat qui au travers de ses structures s'est montré coupable de crime international en organisant - pour la troisième fois en moins de dix ans - l'épuration ethnique ? On devine évidemment ce que recherchent les acteurs "extérieurs" dans cette mise en forme : éviter en Serbie le sentiment d'un diktat à la Versailles qui nourrirait les haines, et cela même au moment ou les ultra-nationalistes viennent de remporter les élections. Mais faut-il pour autant brider la communauté internationale dans la recherche du statut du Kosovo et finalement tenir compte des réticences de l'extrême-droite serbe, celle-là même qui chassait de leurs terres les Kosovars il y a 8 ans?
Sur le fond, les mêmes anomalies, fruits des mêmes atermoiements, vont empêcher une solution stable et équitable d'émerger. L'indépendance pleine et entière du Kosovo ne sera pas prononcée, alors que c'est la volonté qu'ont exprimé à plusieurs reprises les Kosovars albanophones, qui représentent 90% de la population de la province. Une solution innovante mais pour tout dire absolument bâtarde et décevante pour toutes les parties, sera proposée : un Kosovo "non-étatique" aura la possibilité de demander un siège à l'ONU, et il disposera d'une très large souveraineté sauf qu'au sein même de son territoire une police qui ne sera pas la sienne mais celle des Serbes du Kosovo aura une autorité officielle pour protéger notamment cette minorité.
Ce renoncement et ce compromis boîteux révèlent surtout, au-delà des rapports de force que personne n'aura cherché à éteindre en leur opposant le droit international et celui des peuples à disposer d'eux-mêmes, la gêne durable dans laquelle se trouve le monde - et en particulier les acteurs européens - quand il s'agit de définir ce qu'est une nation. Et pourtant...
De ce territoire petit (mais pas plus que le Montenegro au Nord-Ouest ou guère plus que la Macédoine à l'Est), les "kosovars-albanais" représentent 95% des 2 millions d'habitants, soit une "proportion dans un total" comparables au cas de la Slovénie, indépendante en 1991 et membre de l'UE depuis 2004. Leur culture (langue, religion) tranche avec celle de la minorité serbe, et les évènements de la période 1989-1999 ont fait voler en éclat le "vouloir vivre ensemble". Est-ce être "nationaliste" au pire sens du terme - celui qui cache l'idée de supériorité sur les voisins et non celui de la libération d'un peuple dominé - que d'affirmer dans un tel contexte que l'indépendance de cet espace au profit de l'immense majorité serait normale? Ou cela ne correspond-t-il pas au contraire à des droits affirmés par Wilson dans ses 14 points, dans la Charte de l'ONU puis à Bandung en 1955? Evidemment, cette issue aurait sans doute pour conséquence, dans un telle tension inter-ethnique, le départ douloureux de ceux qui ne se reconnaîtraient pas dans l'identité de ce nouvel Etat. Ils n'ont en fait, pour la plupart, pas attendu et sont déjà partis vers la Serbie.
Mais voilà : les Serbes n'y étaient que 10% à la fin du siècle dernier (5% aujourd'hui) mais estiment que la région est le berceau historique de LEUR nation, et qu'elle abrite des monuments auxquels ils sont attachés. La Serbie a d'ailleurs rvisé sa Constitution en 2006 pour l'y écrire et ainsi affirmer le caractère inaliénable du Kosovo. Soit. Ce qui compte est le peuple qui vit sur cette terre ou celui qui y a vécu il y a 900 ans?... Si quelques portions de territoire de ce berceau sont ponctuellement peuplées de Serbes en majorité, pourquoi ne pas les détacher du Kosovo et les restituer à la Serbie sur la base des mêmes principes que ceux qui donneraient au Kosovo son indépendance? Ce serait un donnant-donnant réfléchi et loyal. Si la minorité serbe est présente de manière très discontinue et sans jamais atteindre 30 ou 40% de la population communale, pourquoi ne pas faire gérer par l'UNESCO et surveiller par des équipes onusiennes le patrimoine qui s'y trouve pour donner sur ce point une solide garantie aux Serbes? Le "berceau" d'une nation n'étant pas nécessairement - et pas ici - son socle territorial, l'argument ne pèse pas plus. Notre propre "France de 1500 ans" a elle-même connu un glissement, des expansions puis des contractions de territoire, au point d'ignorer aujourd'hui que son premier roi franc et chrétien Clovis, à son couronnement, commandait en fait l'équivalent de ... la Belgique actuelle.
Certains opposent à l'hypothèse d'un Etat-nation kosovar-albanais plusieurs autres arguments. Le premier consiste à comparer la démarche à une poursuite de l'épuration ethnique entreprise par les Serbes. J'y réponds ainsi : comment ne pas attribuer des territoires en fonction des présences respectives, puis opérer des transferts de populations, quand les revendications de part et d'autre sont nationales, antagonistes, et que les perspectives du vivre ensemble sont durablement étiolées? L'indépendance de l'Inde et du Pakistan s'est ainsi faite en 1947, et seule l'absence de préparation et de contrôle international fort explique qu'il y ait eu ici de nombreuses victimes dans les déplacements de population. Le redécoupage de l'Europe centrale en 1945 a, de la même manière, bousculé plus de 10 millions de personnes contraintes à la "migration d'identité", mais les frontières de l'époque n'ont pas depuis souffert de contestations majeures.
La seconde réserve à la perspective d'indépendance tient au fait que le Kosovo serait à la fois la tête de pont d'un islamisme radical et que son élévation au rang d'Etat pourrait être le prélude à l'établissement d'une "Grande Albanie". Si l'islamisme est fort au Kosovo, il est certain que lui donner des outils étatiques n'est pas le plus sage des projets. Mais sa force ne retomberait-elle pas grandement si le but étatique était atteint? A l'opposé, ne serait-il pas davantage enraciné si l'indépendance était retardée? Oublions-nous également que nous avons déjà trop attendu, laissant passer la chance Ibrahim Rugova, pacifiste et apprécié de son peuple qui l'avait pris pour président, décédé il y a un an? Quant à la Grande Albanie, quelle menace représente-t-elle si elle est ce que veulent les peuples concernés et si l'ONU l'accepte en échange d'un statu quo en Macédoine par exemple?
La troisième réticence au Kosovo indépendant est qu'une solution intermédiaire plus sereine existerait via le maintien dans la Serbie conjugué à l'adhésion de celle-ci dans l'Union Européenne. Devenue "communautaire", le Kosovo verrait son identité et les droits fondamentaux de ses habitants respectés, sans qu'il y ait eu à fâcher les Serbes. Certes, mais les Kosovars veulent-ils passer d'un fédéralisme à un autre même lorsque le second est promesse momentanée de subsides? Accepteront-ils d'être représentés au Conseil des Ministres européen par des gouvernants serbes? N'ont-ils pas besoin d'une "phase d'histoire nationale" afin de se construire pour mieux assumer ensuite un transfert de souveraineté à l'Europe? Enfin, l'inclusion dans l'UE a-t-elle empêché les nationalismes insatisfaits, légitimes (c'est-à-dire majoritaires) ou non, d'émerger dans les pays membres? La Corse, le Pays Basque, l'Ulster, la Belgique flamande et la "Padanie" dans d'autres registres, sont les exemples du contraire.
Reste en dernier lieu la probabilité d'un veto russe à toute évolution qui n'aurait pas l'aval de Belgrade, donc à l'indépendance du Kosovo. Et bien il faudra le contourner. Ce ne sera pas perçu comme une négation de l'ONU, mais au contraire comme la marque que le système du veto a vécu, qu'il faut désormais agir conformément à ce qu'une majorité de nations membres estime juste, et cela mettra un peu plus en lumière la nature du régime de Poutine par les causes qu'il soutient et celles auxquelles il s'oppose. L'ogre russe a ressorti les griffes avec les pressions sur l'énergie et la reprise d'un espionnage meurtier, il continue d'écraser la Tchétchénie au mépris de toute considération humaine, et bien qu'il commence à la payer d'un camouflet sur le plan international. Il a en réalité tellement besoin des autres pour son économie (et oui, les dépendances sont mutuelles !...) qu'il ne peut pas aller plus loin que ce qu'il a déjà fait.
Pour une fois, la communauté internationale doit sortir de la "diplomatie sans fin" et de l'indécision qui entretient conflits et extrémismes. Elle doit rompre avec les "mises sous cloche" de situations inextricables, du type de celles qu'ont créées les accords de Dayton (1995). Revenons il y a douze ans. Tout en donnant un corps étatique à la "région fédérale" de Bosnie-Herzégovine, ces accords chapeautés par les USA consacraient sa partition en une République bosno-serbe et une Fédération croato-musulmane, entérinant ainsi une incapacité à vivre ensemble qui s'est confirmée depuis. Ce non-choix permettait aux Occidentaux de refouler leur peur d'une "Grande Serbie" ou d'une "Grande Croatie" (!!), alors qu'une Serbie et une Croatie portées aux limites les plus larges qui puissent être reconnues par le reste du monde, auraient d'emblée calmé leurs autres velléités territoriales, plus contestables. Sans doute avait-on peur également de contraindres les parties, via un accord doublé d'un contrôle international serré et durable, à faire l'égalité entre leur majorité culturelle et ceux des leurs qui avaient embrassé la foi musulmane. A coup sûr était-il trop "délicat" de faire que Serbes et Croates s'échangent quelques dizaines de kilomètres carrés pour assurer à la première une façade adriatique qu'elle aurait dans le cas contraire pris comme motif de contestation ultérieure... Que d'occasions perdues par peur de fabriquer des nations viables !
Aujourd'hui, la communauté internationale peut lancer un signal aux puissances, petites ou grandes, telles la Serbie ou la Russie, qui n'ont pas fait leur deuil des pressions ou des pratiques impérialistes, en condamnant de fait ces gestes et en réaffirmant qu'il existe un droit international fait de valeurs universelles. Les Tibétains, les Kurdes, les Palestiniens, voire les Tchétchènes, n'en sortiront pas gagnants dans l'immédiat. Mais un mouvement serait lancé, contre "l'impuissance du monde".
Fabrice MAUCCI - Conseiller municipal d'Aix-les-Bains
25 janvier 2007
Ils sont si loin de tes valeurs, l'abbé !
Nicolas est un homme volontaire, mais sa volonté est au service de valeurs parmi les plus destructrices : le culte de l’individu, de l’argent, l’égoïsme de classe, une solidarité et des libertés minimales en partie transférées aux familles et aux « communautés culturelles », une régulation sociale figée sur le curseur de la force répressive... En fait, il travaille dans l’intérêt de quelques milliers d’individus très argentés, n’aspirant qu’à l’être davantage. Mais pour être président, il lui faut se travestir.
Il doit d’abord cacher l’inefficacité globale de la politique qu’il souhaite renforcer. La délinquance sur les personnes n’a jamais autant augmenté que depuis la disparition de la police de proximité et l’augmentation des incarcérations. Les migrants gagnant l’Angleterre sont aussi nombreux qu’avant la fermeture de Sangatte, mais désormais sans toit et errant dans Calais. La cure de libéralisme et les baisses d’impôt (dont 70% ont profité aux 10% de français les plus aisés) n’ont pas bougé d’une virgule le taux de chômage, malgré les radiations massives de l’ANPE et le papy-boom. Le pays compte 200000 allocataires RMI de plus qu’en 2002, et 12% de salariés en-dessous du SMIC.
Nicolas ment aussi, au moins par omission. Il rappellera comme son ami Jean-Louis qu’il n’y a jamais eu autant de logements neufs, et taira le fait que 80% de ceux-ci ne sont accessibles qu’aux 15% les plus riches. Il ne dira pas que son parti a voulu torpiller l’obligation de 20% de logements sociaux et qu’il a fallu un vieillard respecté pour l’en empêcher. Il éludera autant que possible les conséquences qu’aurait sur l’Etat, la protection sociale et sa toute fraîche ambition écologique, son projet de baisser encore les prélèvements d’un montant supérieur à l’impôt sur le revenu et l’ISF réunis. Enfin, puisqu’il approuve la mondialisation telle qu’elle est (« un stimulant ») et admet son cortège de délocalisations industrielles et fiscales, puisqu’il attend que nous soyons simplement « plus compétitifs » face à une main-d’oeuvre sous-payée, il se pincera en promettant une hausse conjointe de l’emploi et du pouvoir d’achat.
Il dresse enfin les Français les uns contre les autres tout en faisant croire à des convergences entre élite financière et classes moyennes voire modestes. Il est insupportable quand il glorifie « la France qui travaille » comme pour mieux stigmatiser l’autre, qui chômerait par choix. Quant à ses « heures supp’ sans cotisations ni impôts », elles sont un système gagnant-gagnant... sauf pour les milliers d’emplois qu’elles supprimeront si elles sont généralisées.
Son affection pour le peuple est sélective. Il feint d’en partager les goûts pour faire croire au partage des inquiétudes. Mais sa rupture, si elle a lieu, sera tout sauf tranquille. Il en faudra alors des Don Quichotte, des DAL, des porte-parole d’acier, des politiques courageux, pour succéder à celui qui réclamait avant tout « une société qui partage et rend digne ». Des volontés, chez les forts ou les chanceux, pour se tourner vers ceux que la vie a abîmés et les mettre au cœur de leur combat. Tu sais, l’Abbé, tu manques déjà.
Par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
16 janvier 2007
Ex-Ateliers Municipaux : un alibi court et tardif
Lorsqu’une municipalité cède ses propriétés foncières, elle a le choix entre deux soucis principaux : soit en tirer un bon prix pour ne pas léser les « citoyens-propriétaires » et réinvestir sans peine, soit trouver un compromis entre une vente à prix modique et la réalisation en échange d’un projet d’intérêt général. Dans le premier cas, rendre publique l’intention de céder son patrimoine est indispensable pour multiplier les offres et vendre au mieux.
Ces préoccupations, la minorité de Gauche que j’anime a regretté de nombreuses fois leur oubli, bien avant d’autres et avec de lourds arguments. Ainsi en est-il pour la cession de la partie Ouest des anciens Ateliers Municipaux. Fin 2003, ces 9422 m² ont été vendus sans « appel d’offres » à la société CAI pour 22 €/m². Les frais de viabilisation et de démolition préalables portaient en fait le coût de ces surfaces à 37 €/m² pour les acquéreurs, désireux d’y construire de l’habitat individuel jumelé. A nos yeux, l’ennui est qu’à cet endroit, une parcelle plate au calme, en retrait de l’avenue St-Simond et avec pour voisin le cimetière, ne pouvait valoir au minimum que les 130 €/m² observables partout dans l’agglomération à la même époque (plus de 200 actuellement).
Aujourd’hui, comme pour répondre aux critiques sur le prix de vente et le justifier, le Maire et le nouveau propriétaire annoncent que 12 des 27 logements construits seront « locatifs sociaux », ce que l’un et l’autre estimaient impossible et peu souhaitable il y a 3 ans. Dans une ville qui ne compte que 12% de « logements pour tous » – dont à peine 1% seulement des habitations construites depuis 2001 – et où 3000 demandes de ce type sont en attente, 12 appartements sociaux supplémentaires ne sont évidemment pas superflus. A ceci près que ces douze là viendraient juste en compensation des démolitions annoncées à Lafin, sans augmenter l’offre globale.
En admettant que le très faible prix du terrain soit désormais acceptable sur 45% de l’opération, les acquéreurs-promoteurs vendront pour le reste de leur programme des logements au prix du marché 2008 après avoir payé un terrain au quart du prix du marché 2003. Leur gain sera énorme, et la part de ce gain uniquement liée au prix de vente consenti par la collectivité peut être évaluée à 480000 €, sans même intégrer l’inflation foncière des dernières années.
480000 €, c’est justement le prix que la Ville a payé le nouveau centre technique destiné à remplacer ces ateliers mal vendus de l’avenue St-Simond. Au final, sur un dossier où on pouvait obtenir à la fois les logements et un bénéfice à réinvestir de 210000 €, on disposera des premiers mais la Ville fait une moins-value de 140000 €. Quelle rigoureuse gestion ! La légalité de tout cela n’est pas discutable puisque toutes les précautions valant preuves ont été prises : avis des domaines, expertise. La seule question qui demeure et qui compte, moralement, politiquement, est en réalité la suivante : en tant que citoyen, êtes-vous choqué ?
Par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
13 janvier 2007
Classes moyennes, levez-vous !
Polémique triangulaire : Hollande, Royal, Copé. Sur les impôts. Dans un pays très endetté et néanmoins confronté à de multiples défis dont l'Etat ne peut pas être absent, François Hollande a répété ces dernières semaines que la Gauche devrait revenir en cas de victoire sur toutes les baisses d'impôts aux plus favorisés, celles qui de 2001 (oui, oui) à 2007 ont profité aux hauts revenus sans améliorer ni les finances publiques ni la situation économique, mais qui ont bel et bien manqué aux missions de l'Etat. Sauf à être chantre de la pensée unique libérale, ce qui à Gauche veut dire être défaitiste plus que réaliste, on doit admettre qu'en s'exprimant ainsi, François Hollande a fait preuve d'honnêteté et de franchise. Fut-il maladroit en évoquant aussi précisément ce dossier en pleine campagne électorale, ou au contraire courageux? Il sera sans doute difficile d'estimer l'impact de sa position.
Mais la controverse devient croustillante quand on observe les uns et les autres réagir aux propos de F. Hollande sur la définition de ce qu'est une personne "favorisée", ce que d'autres appelleront "riche". Le n°1 désormais virtuel - car il n'est plus le "plus récemment légitimé par le suffrage interne" - du PS s'est osé à fixer le seuil de 4000 € nets mensuels pour un individu. En admettant que le sérieux de l'argument exigeait effectivement de donner un ordre de grandeur, l'a-t-il fixé trop bas?
Les bien-pensants du journal Le Monde ont estimé qu'à ce stade on était "cadre, plus supérieur qu'intermédiaire" mais qu'on n'était "pas pour autant riche". Mais ces hommes de presse nationale savent-ils qu'à 2500 € par mois un Français se situe déja parmi les 10% les mieux pourvus de ce pays? Savent-ils que dans un ménage comprenant une personne aux revenus supérieurs à 4000 € il y a souvent un autre adulte qui travaille et rapporte en général plus de 2000 €? Bien sûr, il y a beaucoup plus d'écarts entre le confort d'un milliardaire et "Monsieur ou Madame à 4000€" qu'entre ce dernier et le salaire médian de 1315€ mensuels. Les stades de "richesse" sont très variables et relatifs, et plus on monte en revenu plus on trouve qu'il en existe d'autres au-dessus de soi.
Le ministre du budget Jean-François Copé détient lui la palme de l'hypocrisie. Lui aussi estime qu'à 4000€ par mois on est dans la "classe moyenne", mais il s'est carrément égaré en affirmant que cette catégorie débutait à 1000€ de revenu mensuel... soit à peine au-dessus du SMIC. La classe moyenne est certes un OVNI sociologique, une dénomination derrière laquelle il est toujours le plus rassurant de se situer qu'on soit en fait en-dessous ou au-dessus, mais l'exagération vaut discrédit. Le même Copé a aussi décroché le pompon du mensonge en prétendant pour se justifier, qu'un professeur certifié gagnait 4100€ en fin de carrière alors que la réalité est à 2500 pour la plupart d'entre eux. A ce moment précis, il a joué les menteurs de haute volée.
Reste Ségolène Royal, qui pour lancer un autre message que son conjoint tout en laissant à leurs mots respectifs une "fenêtre de compatibilité", a parlé de maintien de la "fiscalité" et des "prélèvements" au lieu de distinguer dans la masse l'impôt sur le revenu dont son compagnon venait de souhaiter une hausse. Lequel des deux a-t-il commis une erreur politique? Hollande ou la candidate? En fait ni l'un ni l'autre. L'erreur est pour le PS, de ne pas avoir à trois mois du scrutin majeur un seul discours cohérent sur la question, ni l'audace d'un engagement bien expliqué. Le pire serait qu'entre les deux membres du couple politique, il y ait eu un partage des rôles calculé et une vraie-fausse discordance dans le but de tester l'opinion, ce qu'on ne peut pas ne pas envisager sauf à évoquer l'amateurisme ou prédire la crise conjugale.
Fabrice MAUCCI - Conseiller Municipal PS d'Aix-les-Bains
3,5 millions d'euros pour le Sarko-show : à vomir
Demain, c'est mon anniversaire. Oui, je sais, tout le monde s'en moque mais un blog a toujours cette dimension narcissique puisqu'on y donne son avis - qu'on croît important - à des gens qui en cherchent bien un mais qui n'ont pas explicitement demandé le vôtre. Je poursuis donc. Ce 14 janvier, je fête ma 33ème bougie, dont 12 d'engagement politique. A ce titre, je me donne le droit de pester contre l'évènement qui me gâchera cette soirée, à savoir le "sacre" - narcisse en perd ses repères - de Nicolas Sarkozy. "Sacre" oui, du moins en langage médiatique car il nous reste collectivement l'espoir que le 22 avril ou le 6 mai la "couronne" se pose sur une tête plus progressiste.
Ce qui me chagrine n'est pas tant son investiture par l'UMP, même si je constate qu'ici aussi, avoir endossé des postures calculées, dit tout et son contraire, voté "oui" en mai 2005, mis en scène sa vie privée et passé son temps à frimer comme un ado devant les objectifs, pèse au final plus que les résultats, les compétences et les explications démontrés face aux analystes et aux contradicteurs. Ce que je vomis littéralement - même si c'est avec l'argent des militants UMP qui lui sont acquis à une majorité stalinienne (!) - c'est la gabegie financière que sera ce congrès d'autosatisfaction télévisée : 3,5 millions d'euros.
Je pourrais dire "tiens, ça fait 35 maisons Borloo"... Vous me trouveriez démago mais je vous répondrai que l'homme de la "rupture tranquille" est au quotidien le chantre de la réduction des dépenses, de l'Etat maigre, des investissements "efficaces"... Comme j'admets qu'une campagne électorale puisse coûter très cher quand il s'agit de s'adresser, sur le fond, à 44 millions d'électeurs, je me raisonne un instant. Je me demande alors : à quoi ça sert un tel non-évènement? Et bien à rien. Strictement à rien. La foule en délire sera faite de militants UMP, donc ne représentera pas le degré de soutien populaire dont cet homme bénéficiera. Mais faire "énorme" attire des couvertures de magazines, c'est vrai, encore que Ségolène ait eu les siennes avec des moyens plus modestes... Non, en fait, la seule conséquence majeure d'un tel raout c'est de doper les dépenses de campagne inutiles de tous les candidats qui finiront un jour par se calquer sur de tels shows à l'américaine pour ne pas avoir l'air ringards. Parce qu'en fait il me vient un doute, là. Si c'est bien une dépense "de campagne" - et j'en ai bien peur - M. Sarkozy en sera remboursé par l'Etat dès lors qu'il franchira 5% des suffrages exprimés !
Déjà que je n'avais pas une très bonne image du culte de la personnalité, y venir en démocratie et sur des deniers publics... il me prendrait presque des envies de légiférer.
Qu'on en finisse avec les subventions aux entreprises
La montée extrême du chômage dans les années 1991-97, son retour à la hausse dans la période 2001-2005, l'inefficacité des politiques structurelles et le chantage-dumping exercé par les patrons ou leurs actionnaires dans le contexte de sous-emploi et de mondialisation, ont conduit l'Etat et les collectivités locales à subventionner massivement les entreprises. Pour "aider à la création d'emplois" parfois, plus souvent pour les maintenir seulement, et assez fréquemment aussi pour attirer une création ou orienter un déménagement déjà programmés au profit d'un territoire local... et au détriment d'un autre, en France, voire sur la même région.
Je me souviens notamment, entre 1995 et 2000, alors que ma ville d'Aix-les-Bains était endettée jusqu'au cou (plus de 1700€/hab.), des terrains industriels cédés au franc symbolique par le maire. Certaines entreprises s'y étaient installées en renonçant au dernier moment à une implantation déja annoncée à Ugine, à 80 km, dans une cité plus sinistrée, bien plus pauvre et enclavée. "Donner le terrain" alors qu'une société pouvait ensuite le valoriser à notre place - en vendant à un autre pourvoyeur d'emplois - m'avait paru tout aussi choquant, surtout que l'aménagement de la zone aixoise en question avait coûté "à la poche des contribuables" une quarantaine de millions de francs et que ces parcelles étaient à l'époque évaluées 100 F/m².
Depuis, de tels procédés ont été mis en lumière dans des cas comme HP en 2005-2006, et bien d'autres à travers l'hexagone. Dans Libération de ce 13 janvier, il est question d'une usine de quads, installée à la place des automobiles Matra à Romorantin dans le Loir-et-Cher en octobre 2005, qui après avoir touché 500000 euros d'aide et créé 56 emplois supprime déjà la moitié de son effectif. Meurt-elle, envisage-t-elle de courir après d'autres subventions en s'installant ailleurs, ou s'est-elle, en venant ici quelques mois, rempli les poches avant de délocaliser en Chine? Le maire de Romorantin penche pour la dernière option en ayant vu sur internet une production chinoise copie conforme du modèle fabriqué chez lui au ralenti...
Outre le fait que les collectivités n'ont ici (guère moins qu'ailleurs) pas mis en place (s'en donnent-elles les moyens humains) de cellule de suivi pour éviter le gaspillage ou le pillage des aides publiques, c'est l'ensemble du principe de subvention des entreprises qui est posé. Je ne parle pas des baisses de cotisations, qui sont un autre débat, mais des terrains quasi-gratuits, des exonérations de taxe professionnelle, des subventions en tant que telles. Quel est ce pays dans lequel on hurle à chaque emploi public nouveau, stable, répondant à un intérêt collectif large, et qui verse de lourdes aides sans contrôle et sans garantie de pérénnité à de "vraies" entreprises? Où est ici le souci de l'argent public que rappellent sans cesse les pourfendeurs du fonctionnariat et admirateurs de la seule initiative privée?
Je ne suggère pas là qu'il faille que la sphère publique se désintéresse ou se désengage de l'économie privée, bien au contraire. Mais soyons cohérents jusqu'au bout. Si ce que nous cherchons c'est de l'emploi en France les mesures à prendre ne sont pas de ce type ; elles sont structurelles : dispositifs européens anti-dumping, adéquation de la formation, mobilité des chômeurs, fiscalité et charges progressives à introduire pour aider les petites entreprises et non les énormes trusts, dégrèvements fiscaux et sociaux alignés (accordés ou annulés) "en temps réel" à la variation de l'effectif à temps plein... Si nous voulons orienter géographiquement ces emplois vers des régions peu dynamiques, c'est une question d'infrastructures, de péréquation inter-régionale et de solidarité nationale ; la décentralisation-compétition des territoires à coup d'aides ne fait que creuser les inégalités et aspirer la nation vers des métropoles engorgées, polluantes et polluées, urbanistiquement et socialement fracturées.
Restent des cas où évidemment, la collectivité peut ou doit agir. L'accessibilité et l'aménagement préalables des sites est bien sûr de son ressort, pour que ces derniers soient intégrés à une réflexion d'ensemble sur l'espace, et parce que les coûts engendrés correspondent à des besoins et des usages qui ne seront pas seulement ceux des entreprises locales ni même uniquement de celles d'aujourd'hui.
On peut envisager, en élargissant le principe en vigueur dans les pépinières d'entreprises, que des locaux commerciaux, des bâtiments, des véhicules ou du matériel - à condition qu'ils ne soient pas ultra-spécifiques, ce qui rend les choses plus réalisables pour des sociétés de services - soient acquis par la collectivité, qui les possède définitivement et peut en tant que propriétaire bailleur, revoir ses choix par la suite et éviter de perdre du patrimoine. C'est la location qui est symbolique, stable ou progressive dans le temps, et qui aide l'entreprise nouvelle à attendre ses premières recettes, ou celle qui s'est agrandie à garantir la réussite de l'opération en limitant la montée en puissance des frais tant que les nouveaux marchés n'ont pas été conquis.
Viennent enfin les cas où la collectivité au sens vaste à tout à gagner à aider l'entreprise même si à un moment donné c'est l'acteur privé qui sera propriétaire des lieux. Ce peut être la prise en charge publique d'une partie du surcoût que représenterait l'obligation de créer des stationnements souterrains ou des bâtiments sur plusieurs niveaux pour économiser l'espace urbain, ou de linstallation de systèmes de récupération des eaux de pluie et de production d'énergie renouvelable. Comme tous les territoires n'auront pas ces exigences et cette lucidité au même moment, les entreprises n'ont en effet, dans ce cas précis, pas à subir outre mesure la mise en oeuvre d'actions d'intérêt général.
F. MAUCCI
09 janvier 2007
Présidentielles : compléter et non détruire le système des parrainages d'élus
Comme en 2002, les préparatifs des élections présidentielles mettent sur le devant de la scène le système qui autorise les candidatures au 1er tour de ce scrutin, les fameuses "500 signatures". Comme chacun sait, il s'agit de 500 parrainages à récolter auprès d'élus nationaux, régionaux, départementaux, et plus encore auprès des maires et de quelques adjoints spéciaux d'anciennes communes désormais fusionnées à d'autres.
Ce filtre, initialement voulu pour éviter les candidatures farfelues, pose aujourd'hui question puisqu'en apparence au moins, il est susceptible d'empêcher la participation à l'élection suprême de personnalités ou de mouvements d'idées qui ont fait la preuve de leur représentativité populaire. Bien sûr, on peut aussi jouer du risque de ne pas rassembler suffisamment de parrainages pour focaliser l'attention sur soi, comme Jean-Marie Le Pen a su habilement le faire il y a 5 ans. Il n'empêche que cette barrière menace cette fois-ci un nombre élevé de candidats, parmi lesquels Olivier Besancenot, Nicolas Hulot (dans l'hypothèse où il souhaiterait y aller vraiment), Philippe de Villiers, Nicolas Dupont-Aignan ou encore Jean-Marie Le Pen, qui "valent" sur le papier au moins 3 ou 4% ou se réclament de courants sans doute massivement soutenus comme le Non au traité constitutionnel européen.
Il serait donc urgent d'y remédier. Sur le principe même, pour éviter un accroc majeur et supplémentaire de la démocratie. Sur la forme aussi, car la pression mise sur les maires à l'occasion de la présidentielle est trop lourde. Leur utilité subsiste : ils ont leur représentativité propre, et la confiance qui a été placée en eux reste garante d'un sens des responsabilités. Mais leur parrainage - rendu public depuis 2002 - aussi individuel soit-il, est vécu par eux comme un acte public les engageant à l'égard de leur équipe, de leur assemblée et de leurs administrés. Il leur est par exemple de plus en plus difficile de justifier, notamment à l'approche des municipales, un parrainage vite imaginé comme un soutien d'adhésion au candidat parrainé alors qu'il pouvait n'exprimer que la volonté de voir la démocratie respectée jusqu'au bout.
Pire. Les élus locaux "encartés" sont aujourd'hui surveillés de près par leur formation politique pour ne plus soutenir des candidatures extérieures et limiter la dispersion des voix lors du 1er tour de scrutin. Les élus "sans étiquette" craignent quant à eux qu'en cas de parrainage "exotique" ou "dissident" leur commune ne soit par la suite lésée en matière de subventions, versées elles par des départements ou des régions aux mains des grands partis.
Il faut donc faire évoluer le filtre. Celui-ci pourrait prendre différentes formes "au choix" selon les situations :
1°) pour les "grandes formations" : on pourrait autoriser sans préalable les candidatures émanant de personnes ou de formations politiques ayant déja rassemblé au moins 5% des inscrits à une des deux précédentes élections présidentielles ;
2°) pour les "formations moyennes" : le système de parrainage des élus actuels pourrait subsister, à ceci près que pourraient cohabiter 2 systèmes. Dans le premier, les 500 parrainages sous la forme en vigueur aujourd'hui resteraient suffisants. Le second répondrait au cas des formations pesant 5-10% de l'électorat de manière homogène sur le territoire et disposant d'élus locaux minoritaires ou de coalition sans pour autant avoir sous leur bannière suffisamment de maires ou de conseillers généraux. Un élargissement de la base des parrains potentiels à l'ensemble des élus locaux, c'est-à-dire à tous les conseillers municipaux, accompagné d'un relèvement du nombre de signatures exigibles à 3000 ou 4000, serait une garantie à mon sens équivalente à la précédente.
3°) pour les formations nouvelles, qui s'estiment représentatives mais font l'objet de réticences de la part des élus locaux, une ouverture ultime resterait possible : recueillir 200000 ou 300000 parrainages citoyens issus de toutes les régions de France, par des moyens sécurisés mais par internet si possible.
08 janvier 2007
Grand besoin d'une "respiration démocratique"
2007, année bonus… mais année utile ? En 6 ans, la majorité aura ouvert quelques bons chantiers, certains programmés sous l’équipe précédente – gare intermodale, rénovation des thermes Pellegrini et du Centre des Congrès – et d’autres issus des propositions de notre liste de Gauche : halle sportive intercommunale complétée, rénovation urbaine, délibérations municipales sur internet, aide à l’énergie solaire pour les particuliers, tarifs des crèches au quotient familial, coulée verte sur le boulevard de Lattre, achat et non location du centre technique municipal…
Plus souvent, la droite aura ignoré les vraies questions, les besoins et les défis économiques, sociaux, écologiques qu’inspirent les Aixois et leur territoire. Sur de nombreux dossiers elle sera passée en force sans dialogue préalable, aura préféré le vernis à la cohérence et à la réflexion, ou carrément fait le choix – faute de projet – de coller aux préjugés et aux intérêts privés. Au final, Aix accumule les réalisations imparfaites et les fautes stratégiques notoires, dont les défauts et le coût pèseront lourd. 15 ans après le béton Ferrari, les bords du lac risquent l’irrémédiable gâchis par un remplissage immobilier intégral alors qu’on manque ici d’équipements et d’espaces tournés vers le tourisme. La volonté dogmatique d’enterrer le thermalisme et de ne cibler qu’une clientèle huppée nous met déjà collectivement en échec. On achète, on vend, on répare des bâtiments sans vision d’ensemble des besoins municipaux et associatifs. Dernièrement, la réalisation d’un parking sur l’îlot Victoria a été annoncée sans débat alors qu’un projet urbain plus ambitieux pourrait y être imaginé. Que dire du grand monopoly dans lequel notre ville a perdu un précieux patrimoine !
Malgré le forcing médiatique destiné à travestir ce bilan médiocre, nous devons ouvrir les yeux et oser. Ni les sortants, ni les revenants, ni même les journalistes-justiciers autoproclamés n’ont d’outils pour un début de renaissance aixoise. Ce qui manque à cette ville, c’est la véritable alternance de valeurs et de projets, la respiration démocratique qu’elle n’a jamais eue. Donnons-là lui en 2008.
F. MAUCCI, C. OLLIVIER, H. BOILEAU, A. JACQUIER, D. DUMANDAG, C. SERRA
07 janvier 2007
Gâchis d'argent public?
Ayant reçu le courriel suivant, très représentatif des remarques ou interrogations des citoyens sur la fiscalité, je tente plus bas une réponse un tout petit peu étoffée d'exemples. Voici le message initial, posté par "Contribuable".
" Et si l'on pouvait empêcher les élus locaux d'écraser fiscalement les habitants en limitant l'augmentation des impôts locaux à celle des revenus ? Et pourquoi les élus ne devraient-ils pas être responsabilisés sur les dépenses non justifiées ? Il y a de réels besoins. Et que font nos élus de l’argent public ?"
Voici une ébauche de réponse.
D'abord, sans vouloir peiner cette personne ni d'autres lecteurs d'ailleurs, reconnaissons qu'en matière d'impôts une partie du problème réside aujourd'hui dans le fait qu'on oublie facilement les missions qu'ils financent, leur caractère essentiel et le fait que tout le monde en profite. A force d'oubli, ou par la conviction erronée qu'une minorité fainéante, privilégiée ou assistée vivrait aux crochets des autres, certains finissent par considérer que l'impôt est un vol et non plus la contribution à un effort collectif, puisque celui-ci n'est plus accepté ou assumé. C'est la place de l'Etat qui est en cause ici. Et le vocabulaire traduit cela.
Sommes-nous "écrasés" par les impôts? Hormis les gens qui ont vu se dégrader rapidement leur situation à cause du chômage, d'une rupture de couple ou d'un autre accident de la vie - et reconnaissons qu'ils peuvent être nombreux dans ce cas - les seules personnes qui me paraissent être injustement frappées par l'impôt sont d'une part les jeunes célibataires qui doivent cumuler le prélèvement avec leurs premières dépenses de logement et d'équipement, et d'autre part les propriétaires d'un logement ancien dans un lieu devenu paradis touristique, qui sont soumises à l'ISF alors qu'elles n'ont presque pas de revenus. Et encore le "bouclier fiscal" de la droite a-t-il cherché à remédier au problème de ces derniers... même si 60% de son revenu en impôt c'est encore énorme quand on vit avec 1500€, et même si à l'inverse ce plafond a surtout fait économiser des centaines de millions d'euros aux 900 familles les plus riches du pays !
Néanmoins, je ne nie pas - puisque je l'évoque sur ce blog en faisant des propositions de réformes - que la fiscalité locale est construite sur des bases désormais totalement obsolètes et injustes. Certes, rappelons que sous Jospin la Taxe d'Habitation et la Taxe Foncière ont été plafonnées pour les très bas revenus, même si j'aurais préféré le courage d'une remise à plat globale. Rappelons aussi que peu de maires utilisent les dégrèvements de 10 ou 15% qu'ils pourraient mettre en place pour les ménages modestes, ce qui en moyenne ne nécessiterait la hausse du taux général que d'1 ou 2 % pour conserver les mêmes recettes.
Pour ce qui est de limiter la hausse des impôts locaux à celle du revenu, et plus généralement à propos de la dépense publique, permettez-moi plusieurs remarques :
1°) je note que la droite utilise depuis peu cette proposition alors qu'elle ne pilote plus qu'une région métropolitaine sur 22, mais elle ne l'évoquait pas quand elle-même augmentait considérablement les impôts locaux entre 1998 et 2004 là où elle était aux commandes;
2°) Les collectivités locales assument aujourd'hui des missions indispensables pour le fonctionnement des territoires, la protection de l'environnement et la cohésion sociale, dont l'Etat s'est largement délesté depuis 2003 sans transmettre l'integralité des ressources correspondantes. Comment faire alors pour limiter la hausse de la fiscalité locale?
3°) Quel revenu prendrait-on comme référence pour y calquer l'évolution de l'impôt? La hausse du revenu moyen est-elle siginicative? Ne faudrait-il pas plutôt individualiser l'impôt local? C'est ce que je souhaite en faisant que les impôts locaux deviennent davantage fonction du revenu et plus progressifs. Le problème de leur lourdeur en serait sûrement fortement atténué.
4°) je mets en garde contre le discours démagogique sur ce point de certains édiles, en prenant l'exemple de ma ville d'Aix-les-Bains. Fiscalement chanceuse parce que deux casinos et la flambée de l'immobilier local lui apportent annuellement 5 millions d'euros de recettes sans effort des ménages ni des entreprises (soit plus que le produit de la Taxe d'Habitation - TH), cette ville est depuis 2001 dirigée par un maire qui dit "baisser les impôts". En fait il a baissé le taux de la TH chaque année depuis 2003 : de 14,05% à 13,97 puis 13,92 puis 13,87%. Le taux de TH a donc baissé chaque année de 0,05 à 0,08 point soit entre 0,3 et 0,55% de sa valeur. Mais dans le même temps, l'Assemblée Nationale revalorisait les bases de calcul de 1,5 à 1,8% contre 1,1% sous Jospin, à inflation égale. Pour les individus, 1,8% de hausse mécanique et 0,55% de baisse du taux cela fait encore 1,25% de hausse du montant à payer ! Certains me rétorqueront que la hausse mécanique votée par le Parlement est là juste pour compenser la hausse des prix, donc pour préserver le pouvoir d'achat de la collectivité, et par conséquent que la baisse du taux de TH reste un effort significatif pour la collectivité... Mais en fait pas tant que cela, car la ville étant "résidentiellement" attractive pour les hauts revenus pour des raisons paysagères et sociales, l'espace communal gonfle ses bases de TH par d'incessantes, nombreuses et très chères constructions. Les ressources "ville" continuent donc d'augmenter de 2,5 à 3% chaque année. La baisse du taux est donc un petit mirage et un gros outil de communication.
5°) La démocratie étant ce qu'elle est, chaque citoyen peut être élu et placé aux commandes d'une collectivité locale si la population le souhaite. Certes, à ce stade on est entouré d'équipes (maigres dans les communes de moins de 10000 habitants), mais on n'est ni infaillible ni forcément "aisé" dans sa situation personnelle. Et on assume une fonction qu'assez peu de monde - il suffit de voir les difficultés pour constituer des listes de candidats - souhaiterait remplir entièrement. C'est pour ces raisons que je trouve inadaptée la proposition de "responsabiliser les élus sur les dépenses". En revanche, si le fonctionnement des communes, des intercommunalités, des départements et des régions était plus transparent, si la loi rendait plus facile l'accès à certaines informations pour les citoyens et pour les groupes politiques minoritaires dans ces assemblées, la démocratie permettrait un contrôle bien meilleur des dépenses et pourrait stopper plus vite un exécutif qui dérape financièrement sans justification.
6°) D'ailleurs concernant les dépenses publiques dans leur globalité, même si je ne fais pas partie de ceux qui estiment que les effectifs de la fonction publique sont une graisse pléthorique, j'estime qu'en terme de coûts (donc d'impôts) ou d'efficacité de dépense publique (c'est-à-dire le nombre de missions qui peuvent être faites à dépenses constantes), la France gagnerait beaucoup à simplifier le maillage politico-administratif de son territoire. Des intercommunalités de bassin de vie (une ville ou deux et leurs environs ruraux) constitueraient la maille de base, avec une identité communale qui serait préservée à travers le mode de scrutin, nouveau et direct. Les régions constitueraient le seul échelon intermédiaire, mais avec une représentation obligatoire de leurs services aux habitants dans chaque intercommunalité. Les départements disparaîtraient en confiant leurs missions soit aux régions soit aux intercommunalités, selon leur nature et les fonctions déjà habituellement remplies par ces deux échelons : à titre d'exemple, les collèges seraient confiés aux régions puisqu'elles s'occupent déjà des lycées, le versement du RMI ou la protection de la jeunesse à l'échelon local puisque les centres d'action sociale s'y trouvent déjà la plupart du temps.
7°) La suppression des communes aurait pour avantage d'unifier le taux des impôts ménages sur un même bassin de vie. Aujourd'hui, compte tenu qu'elle n'assument financièrement aucun équipement culturel ou social et qu'elle ne sont contraintes à aucune solidarité fiscale, certaines banlieues chics font payer deux fois moins d'impôts à des cadres supérieurs ou à des chefs d'entreprises habitant un pavillon sur 3000m² de terrain que ce que supportent dans la ville-centre, des ménages d'ouvriers ou d'employés logés dans 80m² en quartier HLM.
8°) Enfin, pour revenir et terminer sur le souci de l'usage des deniers publics, je reprends un exemple personnel. A Aix-les-Bains où je suis élu minoritaire, les études, les marchés et les services "externalisés" se multiplient sans que le rapport coût/efficacité ne soit mesuré comme meilleur. Les dépenses très politiques de "cabinet du maire" ont été triplées en 4 ans. Et sur des transactions foncières très éloignées des prix du marché, effectuées sans relation avec l'intérêt communal (économique ou social), cette ville pourrait avoir "évaporé" l'équivalent de 6 ou 7 millions d'euros de son patrimoine depuis fin 2001... Bien sûr, dans l'immédiat, une vente à bas prix reste une vente, donc une rentrée d'argent frais. Les dégâts se verront plus tard. Que dire aussi de la multiplication des postes de "chargé de mission" ou d'encadrement qui soit ne se justifient pas soit, immédiatement après leur création, sont bizarrement peuplés de gens proches du parti, du bureau parlementaire ou des collectivités "amies" du Maire, et dont la performance professionnelle est aléatoire?...
Fabrice MAUCCI
