29 novembre 2006
Face aux préjugés, l'esquive
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Dominique DORD n’est pas un homme politique qui lutte contre les préjugés que les Français collectionnent. Et pour cause, il les a lui-même véhiculés. Il y a 8 ans, il contribuait à « normaliser » le Front National en ne dénonçant pas l’alliance de son ami Charles Million avec l’extrême-droite à la Région. Un an plus tard, c’était sa croisade anti-PACS. Depuis qu’il est maire, ce ne sont pas les efforts de pédagogie et les responsabilités assumées qui l’étouffent : que vienne du peuple une « petite brise discriminatoire », et Monsieur esquive.
En début de mandat, un ancien hôtel envisageait-il de se vendre à la SONACOTRA pour devenir un foyer de jeunes très encadré ? Face à la bronca des habitants du quartier, qui sans le dire voyaient déjà ces futurs voisins bruyants, voleurs, dangereux et trop basanés, Monsieur le Maire bloqua toute l’opération alors qu’il était inévitablement au courant du projet très en amont. Un pas en avant, deux pas en arrière pour ce « bon chrétien » qui comprend si bien la « peur de l’autre », bien que ce soit théoriquement contradictoire.
Il y a un mois, lors d’une réunion de quartier, des électeurs se sont montrés fort inquiets de la réalisation prochaine d’un lotissement de 35 maisons mitoyennes en locatif social. Qu’a fait Dominique DORD ? A-t-il expliqué qu’un peu de mixité sociale était indispensable, que ce quartier ne comptait pas encore de logements sociaux ? A-t-il ajouté que 2/3 des aixois répondent aux critères financiers du logement social, que « pauvre » ou « d’origine étrangère » ne veut pas dire « voyou » ou « asocial », et que moins on concentre les difficultés dans l’espace moins elles s’expriment au-dehors ? A-t-il assumé et rappelé la globalité de son projet de rénovation urbaine, puisque ces logements sont une petite contrepartie de la destruction prévue et souhaitable de 4 tours de Lafin ?
Non. Il a esquivé. Comme d’habitude, comme il l’a déjà fait face à des mécontentements plus justifiés sur les bords du lac, et avec les mêmes « techniques » : « nous avons encore très peu d’éléments sur ce dossier » a-t-il dit alors qu’il est à l’origine du projet, avant de préciser « on pourrait démarrer en 2007 mais ce sera probablement plus tard ». Histoire de repousser ce qu’il ne veut pas affronter alors que les décisions sont les siennes. Cette fois-ci, il a même caressé les préjugés dans le sens du poil, en ajoutant que l’affaire « serait également gérée par la Ville pour maîtriser les gens qui y seraient installés ». Pourquoi pas faire un casting auprès des habitants pour savoir qui ils acceptent comme voisins ! Mais c’est vrai, pour un maire qui fait si peu pour les plus modestes tant il ignore leurs conditions de vie et ferme les yeux sur les causes de leur pauvreté, à quoi bon prendre des risques sur un sujet qu’il n’a pas aux tripes, à seulement 6 mois des législatives ? En ces circonstances, le courage politique est assez rare...
Par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
25 novembre 2006
La tentation du centre (avril 1999)
Quand il y a quelques mois Oskar Lafontaine, alors ministre de l’économie et des finances et leader du SPD, a démissionné du gouvernement de son pays et quitté la tête de son parti, il ne s’agissait pas que d’une affaire interne à l’Allemagne. La gêne évidente des leaders de la Gauche européenne, tout à la fois obligés de saluer l’homme et son parcours, et de “ positiver ” sur l’avenir de la coalition au pouvoir en Allemagne, en a témoigné. La question qui dérangeait était en fait la plus simple : “ pourquoi ? ”
De nombreux observateurs de la vie politique continentale ont relevé que le chancelier Schröder et son ex-ministre ne partageaient pas exactement la même pensée, et que le “ nouveau centre ” incarné par le premier devait un jour ou l’autre, inévitablement, se heurter au “ vieux socialisme ” du second. En résumé – c’est en tout cas ce qu’on a retenu de la comparaison telle qu’elle a été présentée - l’Allemagne a choisi les modernes contre les anciens, l’avenir et non le passé.
Cette interprétation avait le mérite de rassurer des électeurs progressistes qui bien sûr n’avoueront regarder que devant eux, mais elle fait l’impasse sur la mutation politique de grande ampleur enclenchée par la “ Gauche de gouvernement ” en Europe depuis 1997.
Marquée par son absence ou ses échecs des années 80, celle-ci revendique aujourd’hui une meilleure compréhension des mécanismes économiques, ce qui la conduit entre autres à faire une croix sur un Etat-providence indéniablement “ trop lourd ” dans l’actuel contexte démographique et social. Tony Blair en Grande-Bretagne, Gerhard Schröder en Allemagne et de manière plus surprenante l’italien Massimo d’Alema, gouvernent ainsi “ au centre-gauche ” quand ce n’est pas clairement “ au centre ”. Ils ont également évacué de leur vocable les mots “ socialiste ” ou “ travailliste ”, pour vanter les mérites d’une “ social-démocratie ” linguistiquement et politiquement de moins en moins éloignée de la “ démocratie chrétienne ”, ou même pour prôner une “ troisième voie ” dont la référence serait… Bill Clinton !
L’équipe de Lionel Jospin semble a priori beaucoup moins affectée par ce que Lafontaine a pu appeler la “ dérive droitière ” de la Gauche européenne. Tant en matière de “ morale sociale ” (PACS, parité, présomption d’innocence, cumul des mandats) que de solidarité (relèvement des minimas, CMU) et d’emploi (emplois-jeunes, 35 heures), le cap est relativement bien gardé. Certes, la gauche plurielle privatise plus que Balladur et Juppé réunis, mais c’est “ pour la bonne cause ” du financement de réformes parfois audacieuses plus que pour abaisser l’impôt des ménages aisés.
Néanmoins, face à une demande croissante et pressante d’intervention publique dans les domaines de l’éducation, de la sécurité, de la santé, et confronté à l’épineux dossier des retraites, le gouvernement français trouve de bien curieuses réponses. Il s’interdit ici d’aller plus loin que des redéploiements de fonctionnaires, et s’apprêterait là à défaire une partie d’un mécanisme fondamental de solidarité nationale pour parer à sa prévisible explosion.
Point commun à ces deux attitudes ? Elles évitent de poser la question de la fiscalité, dont la remise à plat et l’élargissement sont pourtant les seuls moyens de couvrir ces besoins sans mettre en péril les équilibres budgétaires. Et renoncer à cela, c’est renoncer à davantage de redistribution, et par conséquent à la réduction des inégalités – actuelles ou à venir ! C’est-à-dire ce qui définit la Gauche, même modérée. Cette raison d’être serait-elle en France aussi mise de côté, remplacée comme ailleurs par un centrisme cherchant la “ bonne recette ” (le bon “ policy mix ” dit-on) entre un libéralisme reconnu incontournable et un “ filet protecteur social minimum ” ?
Le recul opéré sur la réforme pourtant urgentissime de la fiscalité locale sur les ménages, les tentatives de DSK d’abaisser l’imposition des actions de “ stock-options ”, auxquels se sont un moment ajoutés les bruits de possible baisse de l’impôt sur le revenu, feraient plus que le confirmer.
Cette évolution, ce “ recentrage ” sont-ils le fruit de la contrainte, le résultat d’une impuissance, ou relèvent-ils d’un changement d’objectif politique notamment du PS, de sa renonciation à la transformation sociale ?
La première hypothèse serait plausible, notam-ment en matière fiscale, dans la mesure où la plus grande volatilité des ressources rend vaine et risquée toute mesure importante limitée à un Etat. Les solutions efficaces se trouvant au minimum à l’échelle de l’Union européenne, la Gauche française attendrait en fait que l’échelon supérieur se saisisse de cette mission. Mais pourquoi alors n’y a-t-il longtemps eu de ce même PS que l’aile gauche quotidiennement dénigrée pour demander l’instauration d’une Taxe Tobin européenne sur la spéculation financière, pourtant indolore et prometteuse ?
C’est peut-être que le but a bel et bien changé, que la volonté de la majorité des socialistes n’est réellement plus la même. La participation de plus en plus lointaine de cette formation aux différentes formes du “ mouvement social ” n’en serait qu’un reflet supplémentaire. A moins que ce ne soit la perspective des présidentielles qui incite notre parti à rechercher un consensus parfois éloigné des convictions de l’électorat acquis.
Car disons-le clairement, les personnes qui ont choisi de ramener la Gauche au pouvoir dans différents pays d’Europe ne l’ont pas fait pour être gouvernés au centre. Ils l’ont fait en réaction au libéralisme effréné des années 85-95, au chômage et à la précarité qui font que pour eux avenir n’est plus automatiquement synonyme de progrès, pour que leur “ modèle social ” soit protégé ou fondu dans un modèle européen harmonisé par le haut, ce que traduit l’idée de critères sociaux de convergence ambitieux.
Si à l’inverse la “ social-démocratie ” européenne poursuivait tranquillement sa “ blairisation ”, elle se heurterait vite à deux dangers électoraux.
Tout d’abord celui d’un débordement sur sa gauche. Elle ne peut pas en effet gagner sur sa droite autant de voix qu’elle risque d’en perdre “ chez elle ”. Les classes moyennes tenantes du statu quo social et de simples adaptations à moyens constants ont déjà leur famille politique, la “ démocrate-chrétienne ”. En revanche, tous bords sociaux confondus, la translation de ses électeurs sur la gauche a déjà commencé, comme en témoignent la montée des Verts ou les succès d’Arlette Laguiller. A tel point qu’aux prochaines européennes moins d’1 voix de Gauche sur 2 se porterait sur la liste PS-MDC-PRG. Des scissions, une formation ou une coalition nouvelles, ou même un rapport de forces différent au sein des Gauches, ne sont donc pas impossibles à terme.
La seconde issue imaginable est autrement plus inquiétante, mais malheureusement bien illustrée par ce qui se passe en Autriche. A trop se détacher de leurs buts initiaux et de leurs alliés traditionnels, les sociaux-démocrates européens affaiblis peuvent être tentés de nouer des alliances avec la droite modérée, et de donner naissance à un très large centre. En cas d’échec de ce type d’attelage - qui par nature brouille le jeu politique et alimente la critique des partis traditionnels - l’alternance ne peut s’organiser qu’avec des blocs radicalisés ou extrêmes. L’inverse d’un miracle républicain.
Par conséquent, la tentation du centre ne mène nulle part. Au lieu de quitter lentement mais sûrement la Gauche, ce qu’il est désormais convenu d’appeler la Social-démocratie européen-ne doit au contraire la retrouver. Elle le peut encore, car ses électeurs, la quasi-totalité de ses militants et une majorité de ses cadres souhaitent toujours sincèrement “ changer la vie ”, notamment des plus modestes. On peut avoir compris le marché et ses réactions sans se mettre à l’adorer ou le choyer. On peut être à gauche, sincèrement à gauche, tout en restant réaliste et efficace. Mais pour cela il faut aussi du courage, de l’ambition, et une volonté commune à travers toute l’Europe.
Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal PS d’Aix-les-Bains
23 novembre 2006
Jurys citoyens ou simplement démocratie locale?
Ces derniers mois, Ségolène ROYAL a beaucoup fait parler autour de sa proposition de créer des jurys de citoyens tirés au sort pour contrôler l’action des élus. Cette pierre lancée dans le débat a au moins le mérite de rappeler que notre démocratie n’est pas toujours le gouvernement « par le peuple » qu’elle devrait être. Ainsi le Parlement européen est le seul du monde démocratique à ne pas avoir l’initiative des lois qu’il vote. 30% des citoyens ne sont pas représentés à l’Assemblée Nationale, laquelle attend toujours le mode de désignation des députés qui, tout en assurant des majorités grâce à une « prime à la coalition victorieuse », instaurerait une dose de proportionnelle. Les échelons de base de notre maillage administratif (commune, intercommunalité) ne sont pas épargnés, car « proximité » n’est pas toujours synonyme de transparence, de contre-pouvoirs, de contrôle, ni même d’écoute, de dialogue sincère ou de « prise citoyenne » sur les décisions. En politique, local peut vouloir dire aussi autoritarisme, censure, clientélisme, démagogie, double langage ou corruption. Pour améliorer notre démocratie locale, le citoyen est à mettre au cœur de la démarche : il doit être mieux informé, écouté, respecté, et il doit surtout pouvoir choisir.
Il est d’abord anormal que ni par affichage, ni sur le bulletin municipal ni sur le site web d’une ville on ne trouve pas tout ce qui permet de comprendre son fonctionnement et les décisions prises au nom de sa population. A Aix, il a fallu l’opiniâtreté de mon ami Christian SERRA pour qu’un embryon de cela franchisse le mur de l’internet local. Le simple citoyen n’y trouvera pas traces des débats qui ont précédé un vote, n’aura pas accès à un document budgétaire à la fois clair et suffisamment détaillé qui constituerait en soi un élément de contrôle, et devra faire des pieds et des mains pour avoir une copie numérique de l’ensemble du Plan Local d’Urbanisme. Et que dire des achats ou des marchés publics !
La citoyenneté c’est aussi une participation concrète aux affaires de la cité. On ne peut pas tout décider à 20000 (électeurs aixois) mais est-il acceptable qu’une grande orientation stratégique ne donne pas lieu dès le stade de la conception, à un dialogue avec tous ceux qui le souhaitent ? Est-il juste qu’à Aix, au bout du compte, l’avenir des thermes ne soit discuté dans aucune instance démocratique et que celui des bords du lac ne tienne qu’au choix de 29 élus majoritaires – dicté par l’autorité d’un seul ? Il est des sujets sur lesquels la « co-validation par l’usager », la saisine « populaire » du Conseil, la consultation par referendum ou la « votation » d’initiative citoyenne devraient être plus faciles, plus spontanées et plus fréquentes.
Reste que le meilleur instrument dans toute démocratie, car c’est le plus motivé, le plus affûté, c’est l’opposition. Il faudra sans doute l’aide de la loi pour qu’un jour, toutes les minorités politiques municipales puissent prendre part aux embauches publiques, aux attributions de logements, soient libres d’organiser à tout moment des réunions publiques dans les écoles, ou de faire toutes les investigations souhaitées dans l’administration locale. Il faudra préalablement leur donner une meilleure représentation, des moyens… et le soutien de beaucoup de citoyens.
Par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d’Aix-les-Bains
08 novembre 2006
Prévenir l'obésité : un "cas d'école"
L’opinion et les responsables politiques sont régulièrement alertés sur l’augmentation considérable, principalement chez les jeunes, des cas de surpoids et d’obésité. Les causes sont identifiées : le grignotage permanent, la surconsommation de sodas et de produits à la fois gras et sucrés, la rareté des légumes dans les repas, tout cela facilité et aggravé par un comportement « sédentaire » fait de télévision et de jeux vidéo. Nos modes de vie, le matraquage publicitaire en faveur de la « malbouffe » et l’absence de véritable éducation sur le sujet ont ici un impact considérable. Une fois encore, les familles modestes sont les plus touchées, car elles ont moins d’information sur les risques alimentaires, peu accès à une nourriture de qualité, et moins encore aux activités consommatrices d’énergie (travail, sport, culture). Les aptitudes physiques, et avouons-le la silhouette, étant par la suite un facteur d’exclusion notamment en matière d’emploi, s’ajoute au problème de santé une question sociale.
Le plus surprenant est que, sans le vouloir mais en se calquant sur une demande implicite des familles, les écoles ont relayé les mauvaises pratiques alimentaires. Ainsi à Aix-les-Bains la plupart des écoles maternelles organisent-elles quotidiennement des goûters en milieu de matinée, fournis par les familles dans un roulement « institutionnalisé ». Ils sont en général sucrés, qu’ils soient à base de fruits, de pain, de chocolat, de biscuits, ou de friandises comme ça a pu être le cas à l’approche de fêtes commerciales comme Halloween.
Au-delà de l’aspect financier que cela peut revêtir pour certains foyers, ou de l’absence de certitude sur la préparation et la conservation des goûters avant leur arrivée à l’école, de telles collations peuvent engendrer d’emblée un rapport biaisé à la nourriture. Outre l’habitude exagérée du sucré, elles peuvent instiller l’idée que le grignotage ou la multiplication des repas sont normaux, ou rendre les bambins réticents à avaler leur repas de midi bien plus équilibré. Placés vers 10h, ces en-cas ne compensent pas l’éventuelle absence de petit-déjeuner en famille dont souffrent certains enfants ; dans de tels cas, l’organisation d’un casse-croûte de substitution à 8h30 pile est possible (ce que fait une école déjà aixoise) et la Mairie distribue déjà en hiver des briquettes de lait aux écoliers.
M’appuyant sur un texte ministériel, j’ai adressé ces remarques à l’adjoint aux affaires scolaires. Je lui ai proposé de mener une action « mettant les enseignants, les parents et les enfants en condition d’accepter un changement de ce ces pratiques » pour lutter à notre échelle contre l’obésité. J’ai suggéré de commencer par une table ronde réunissant ces différents acteurs, des élus, des médecins nutritionnistes et des pédiatres, laquelle aurait pu être poursuivie par la diffusion d’une plaquette et l’organisation d’une exposition itinérante dans les écoles (voire dans chaque classe), les parents étant invités à l’observer aussi. Mais l’Inspecteur de l’Education Nationale ne l’a pas jugé utile et préfère que la demande vienne spontanément des familles. Autant dire qu’il a botté en touche. A quand une initiative municipale sur ce sujet ?
par Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal d'Aix-les-Bains
