17 novembre 2007
La campagne municipale est lancée... le site web aussi !
Même s'il sera "rempli" progressivement, consultez vite le site web de notre campagne municipale sur Aix-les-Bains en vue des élections de mars 2008 :
26 septembre 2007
Bulletin municipal & "cabinet de campagne"
à l'attention de M. DORD, M. BERETTI, Mme BOISSON
Monsieur le Maire,
Madame, Monsieur,
je découvre sous pli le dernier bulletin municipal, avec un grand vide dans l'espace réservé à l'expression de l'opposition, avec l'indication "à ce jour la tribune de l'opposition ne nous est pas parvenue".
Permettez-moi - une fois de plus dirons certains, qui ne perçoivent pas les volontés et les gravités qui se cachent derrière cela - de m'indigner contre le procédé.
Depuis plusieurs années Mme BOISSON nous indiquait à l'avance la date de bouclage puis nous "relançait" lorsque la date approchait et que nous ne lui avions pas encore fourni notre texte. Cette fois-ci nous n'avons eu d'e-mail que le 20 juillet pour nous demander un contenu le 27 août, puis aucune relance à proximité de la date réelle de bouclage.
Je n'ose croire que l'approche d'élections justifie un changement de pratique.
Je n'ose croire que les congés d'un membre du cabinet puissent être un motif suffisant pour envoyer à l'impression un bulletin municipal sans notre tribune, sans même la moindre relance téléphonique...
Etait-il plus compliqué de nous appeler pour respecter l'esprit de la démocratie (quitte à ne nous laisser qu'une heure pour alimenter notre tribune) que de rédiger consciencieusement la phrase vous excusant de la demi-page blanche?
C'est là tout ce qui nous sépare : pour vous la démocratie est un accessoire, un outil dont on se sert pour accéder au pouvoir mais qu'on oublie entre temps, un élément de programme (que vous n'avez pas) et pas un principe qui nous transcende. Je note que confier la rédaction d'un tel bulletin au cabinet du maire est par essence révélateur de l'objectif qu'on lui assigne.
Fabrice MAUCCI
Conseiller Municipal Divers Gauche
Note supplémentaire hors-courrier : la tribune de l'opposition avait fait l'objet d'une réduction de surface et de caractères, devenus illisibles, dans le précédent bulletin municipal. La raison? Devait figurer sur la page un droit de réponse à une tribune plus ancienne de la majorité, et celle-ci ne voulant pas perdre son expression, avait unilatéralement et scandaleusement décidé de comprimer notre texte alors qu'en rien, ce droit de réponse ne nous concernait !
02 septembre 2007
PS, problèmes de fond, de pratiques et de personnes
Ces trois derniers mois, ma tâche politique fut essentiellement municipale et pointée vers le scrutin de mars 2008, si bien que j'ai peu écrit sur ce blog. Par ailleurs, la crise dans laquelle se trouve la Gauche en général et le PS en particulier me semblait suffisamment rebattue par les médias pour ne pas en rajouter, même à la minuscule échelle des 150 visiteurs hebdomadaires de ce support.
"Hors les murs" de ce grand parti depuis février, je reste néanmoins un spectateur attentif de ce qui s'y passe et chaque jour me donne a posteriori raison de l'avoir quitté. Non pas que je n'y aurais gardé aucune amitié ni aucune conjonction avec mes propres idées, loin de là. Mais depuis cet hiver, avant le 6 mai et plus encore après, le PS s'enfonce dans un trouble grandissant en mettant les deux pieds dans chaque piège nouveau qui se présente à lui. Sans vouloir en disserter, je dirais qu'il vit 3 catégories de problèmes qu'il sera très difficile de surmonter. Je les exprime en souhaitant qu'il soit compris (pour une fois) que je le fais dans un but positif et constructif.
1. L'obstacle le plus nuisible même s'il n'est pas le plus important en valeur absolue, c'est celui des personnes. Comme par miracle, les militants et les sympathisants disent aujourd'hui de la campagne et de l'orientation de Ségolène Royal ce que certains de leurs camarades - qu'ils traitaient alors de tous les noms - pensaient et affirmaient il y a un an. Impact superficiel mais pas de charisme, thèmes abandonnés ou peu maîtrisés, attitude égocentrique et solitaire, arguments mal ficelés...
Michel Rocard affirme que le PS, s'il connaît une crise de leadership, garde néanmoins la possibilité de se relancer sans l'avoir résolue dans l'immédiat. Il a à la fois raison et tort : raison car une équipe serrée et efficace peut défendre un projet renouvelé et mieux proposé sans qu'une tête n'émerge en particulier, tort tant il semble que l'énergie de certains éléphants reste plus que jamais tournée vers l'unique objectif d'être investi sans tenir compte des autres faiblesses du parti.
Que dire d'abord de François Hollande ! Responsable du parti depuis 10 ans, ce stratège du non-choix et de la synthèse boîteuse, dont la vie privée a pollué la dernière présidentielle et pollue encore, est par sa position un des principaux comptables des erreurs ou des défaites les plus lourdes (2002, 2005, 2007), bien plus que des victoires intermédiaires qui furent purement locales (2001) ou issues des déboires des adversaires (2004). Et bien la seule chose qui se dégage de La Rochelle c'est qu'il vise la plus haute marche : dramatique aveuglement.
Que dire ensuite, cette fois sans qu'il soit utile de les citer un à un, des anciens leaders qui parlent d'un navire qu'ils ne veulent pas même écouter ou diriger tant ils ont peur que la coque soit pourrie, et qui ne se sont pas encore rendus compte que valeur personnelle réelle ou pas, ils sont définitivement perçus comme trop anciens dans la fonction politique. Leur période est terminée, eux seuls l'ignorent. Mais cela est-il rassurant? Les plus jeunes sont-ils à la hauteur? Montebourg, potentiel orateur de grand talent et qui dispose d'une vision du monde globale et aiguisée, se départira-t-il des stratégies purement personnelles, de son parler ampoulé et d'un humour trop permanent pour faire sérieux? Je finis par mieux voir Valls ou Hamon dans l'habit. J'aimerais pouvoir citer des femmes aussi. Peut-être n'ai-je pas assez regardé, mais Najat Belkacem me paraît une possible très bonne porte-parole.
Il en est probablement plein qu'on connaît trop peu et qui mériteraient une "promotion". J'ai regretté son manque de proximité et d'anticipation dans le combat politique, mais le savoyard de 44 ans devenu sénateur spécialiste du logement, Thierry Repentin, est un exemple de l'avantage qu'il y a de maîtriser une thématique pour savoir convaincre ! En revanche, quand Cambadélis se fait chef de courant et verrait bien Moscovici candidat à l'investiture, je continue de ne pas sentir le premier et de trouver le second, bien que brillant, trop light et "made in pensée unique". Quand Dray l'opportuniste, grossièrement maladroit aussi bien dans le "rentre-dedans" que dans le soutien, continue de donner des leçons de cohésion, j'ai beaucoup de mal aussi...
S'il en est un qui a raison de se placer, c'est bien Delanoë. Il peut faire synthèse sur la forme et le fond, je crois. Il n'est pas la caricature "bobo-iste" qu'on en fait. Reste à lui fabriquer un programme et un argumentaire de choc sur les problèmes économiques et diplomatiques, lui qui jongle déjà efficacement avec les questions sociales, écologiques ou "sociétales", et qui est capable de démonstrations infaillibles et courtes telles qu'en exigent les médias. Quand je pense à ces qualités je vois aussi une autre personne, qui a eu raison de se mettre à l'écart depuis 2002 : c'est Martine Aubry. Lui manque sans doute une capacité à écouter davantage et un mea culpa sur la méthode des 35 heures qui se ferait sans jeter aux orties l'idée même mais bien au contraire en la justifiant, l'adaptant, l'assortissant et la finançant de nouvelle manière.
2. Le second problème est de fond. Ni dans une barre à gauche ni dans une barre à droite ne sont souhaitables, mais dans une nouvelle lecture du monde et des individus, de l'économie et de l'écologie, dans une nouvelle "cohérence" qui mêle ambition, réalisme et pédagogie politique. Il faut une "réinvention" de la Gauche. C'est le plus lourd défi, et il devra s'affranchir à mon avis des frontières partisanes actuelles. Par adhésions individuelles à un projet et à un vaste "parti progressiste" plutôt que par alliances-fusions de formations existentes.
3. Le troisième souci du PS telle qu'il est réside dans les pratiques politiques. Les écuries du sommet se traduisent en clans à l'échelle locale. Au lieu d'accepter la "stimulation par la différence", le débat en somme, le PS reproduit un moule majoritaire de plus en plus étroit et agrégateur des ambitions sans contenu, par exclusion larvée de tout ce qui s'avère original et qui remettrait en question. En un mot, ce parti est sclérosé. Il est mal relié à la société mais pire, il refuse d'utiliser toutes ses richesses humaines propres et ne sait pas en tirer le plus grand profit.
Bref, du pain sur la planche.
F. MAUCCI - Conseiller municipal Divers Gauche d'Aix-les-Bains (73)
09 juin 2007
Mondialisation gagnant-gagnant ??
Dans un article daté du 9 juin 2007, le journal Le Monde évoque les conséquences des quotas fixés pour limiter la croissance des exportations chinoises de textile vers l'UE, quotas établis dans la panique en juin 2005, cinq mois seulement après l'extinction des précédentes régulations. De manière assez logique pour des quotas ciblant un Etat d'origine (et non un critère social de portée plus générale), on apprend que le plafonnement a marché sur les exportations chinoises (+11% en 2006 contre +47% en 2005 avec moins d'une "demi-année" de libre-échange pur) mais que les donneurs d'ordre ont contourné l'obstacle en multipliant les implantations dans les autres pays asiatiques, Viêtnam en tête.
La suite est plus étonnante. Pour une raison qui n'est pas le moins du monde déflorée dans l'article, les quotas actuels s'éteindront à leur tour le 1er janvier 2008, comme une erreur que l'UE recommencerait. Mais ce mouvement de "stop and go" aura eu un effet, dont on peut se demander s'il n'a pas été cyniquement anticipé. En étendant ce "développement textile" aux Etats voisins de la Chine, les quotas - parce que nationaux et temporaires - auront créé entre les pays de la région une compétition, qui comme au sein de l'Europe du point de vue fiscal, engendre une forme de dumping. Mais elle est ici, tenez-vous bien, salariale. Ainsi l'Assemblée nationale du Cambodge a-t-elle amendé, vendredi 8 juin, sa législation du travail afin de réduire de 70 % la rémunération des ouvriers - actuellement, en moyenne, de 50 dollars par mois - de l'industrie du vêtement travaillant la nuit. Le ministre du travail cambodgien a affirmé que la mesure visait à améliorer "la compétitivité du Cambodge sur le marché international" et en arguant du fait qu'avec cette attractivité nouvelle l'effectif de ce secteur industrel pourrait passer de 330 000 à 530 000 emplois.
Outre que cela montre qu'en Asie comme chez nous l'emploi est le meilleur prétexte à la rigueur salariale, cet évènement devrait clouer le bec à ceux qui disent qu'au moins la mondialisation libérale - c'est-à-dire bâtie sur un libre-échange dérégulé - a le mérite d'accroître le niveau de vie dans les pays du Sud. Car si globalement ce n'est effectivement pas faux, on touche ici à un exemple qui s'il se généralisait, mettrait à mal cet atout présenté comme la justification suprême du système. Une mondialisation "polarisée", "relativement étroite", a ce petit mérite de développer des Etats sur des ruines industrielles, sociales et territoriales d'autres,mais une mondialisation élargie, complète (et l'Afrique est encore à 70% hors-jeu, pour peu de temps ?), c'est le dumping généralisé, y compris entre ceux qui pouvaient dans la première mouture tirer leurs marrons du feu.
06 juin 2007
Qu'il est souriant sur notre écran le copain de Copé
Dans la série "confusion des genres politico-médiatique", la France a fait un vrai et nauséabond saut qualitatif ces dernières semaines. Les meetings de Nicolas Sarkozy suivis avec les seules images de l'UMP blessaient déjà insidieusement notre démocratie, dont il est bon de rappeler qu'elle ne se construit pas seulement à partir du pluralisme électoral et du droit de vote. Madame Ockrent continuant ses émissions politiques et interrogeant avec arrogance François Bayrou, dont la stratégie est l'exact opposé de celle de son époux Bernard Kouchner, c'est encore plus "lourd".
Mais le pire, c'est l'intoxication quotidienne organisée par les "grands amis de la télé". Et dans ce registre, David Pujadas est en train de passer maître. Aux manettes du 20 heures de France 2 depuis 2001, il avait peu de temps après (dans une interview sur Canal + me semble-t-il) juré ses grands dieux qu'il ne recevrait jamais dans son JT son copain d'études Jean-François Copé, et ce par une déontologie toute naturelle. Cette belle éthique s'était envolée dès la nomination de Copé comme porte-parole du gouvernement !
Ce soir, M. Pujadas commentait grand sourire aux lèvres le premier G8 de son président préféré, avec plus d'images du couple présidentiel que sur les sujets du sommet. Le passage hallucinant au cours duquel notre chef d'Etat faisait semblant de se présenter en serrant la main des journalistes hexagonaux et précisant ironiquement son nom par un "bonjour, Sarkozy", n'a bien évidemment pas mérité la seule analyse qu'il appelait, à savoir que ce monsieur est si content de son nouveau travail qu'il se comporte comme un guignol. Il y a quelques jours, lorsque François Fillon éructait de manière insultante sur la Gauche en plein meeting, il n'y avait pas eu plus de mots pour souligner une inutile et étonnante agressivité.
Pas étonnant dans ce contexte, que les heures supplémentaires défiscalisées du couple exécutif aient fait l'objet ce soir d'un tout aussi sommaire traitement. Une précision sur leur mode de calcul, un bref rappel syndical que ce ne sont pas les salariés qui décideront d'en effectuer ou pas, une estimation du coût de la mesure non confrontée au discours sur la dépense publique et la dette... Mais strictement rien sur ce qui fait l'objet de multiples tribunes d'économistes dans la presse écrite, à savoir la possible illégalité du projet, son infaisabilité ou son inutilité par rapport aux besoins et contraintes concrètes des entreprises, les probables effets déclarations de fausses heures sup arrangeant employeurs et employés pour frauder la Sécu, la grève en cours de 90% des salariés de Kronenbourg à Obernai contre les heures supplémentaires telles qu'elles existent souvent c'est-à-dire forcées, et pour finir l'inefficacité attendue voire les conséquences négatives du dispositif sur l'emploi. Pour qui ne lit pas les journaux, l'intox est efficace. Pour qui les lit, ce JT est ahurissant ! Mais serait-ce tout?
Il se trouve que ce soir, j'ai regardé deux "vingt heures". Celui de TF1 en direct, celui de France 2 en différé. Et là, surprise. Deux sujets quasi-identiques sur le baccalauréat. Un sujet récurrent, un "marronnier" comme disent les gens de presse? Pas si évident. Sur les deux chaînes, l'info de ce soir était focalisée - incrustations à lappui - sur le fait que pour 620000 candidats, il fallait mobiliser 4300 centres scolaires ou administratifs et surtout 127000 enseignants, et que cela expliquait que les cours s'arrêtent un mois avant les vacances officielles pour "les élèves". Que cela soit surprenant uniquement pour les élèves de Seconde et de première année de BEP dont le lycée stoppe les cours alors qu'eux ne passent pas d'examen, n'a bien sûr pas été précisé. Par contre, quelle insistance sur les parents qui ne savent pas comment "surveiller" leurs ados et sur le programme qui n'est pas bouclé (ce programme dont on ne s'inquiète pas quand il s'enseigne dans des classes à 35...), avec en prime un petit coup de pub' aux cours privés à domicile qui peuvent occuper le mois de Juin ainsi perdu !
Décidément, la proximité (fond et traitement) des deux reportages au même moment est trop troublante pour qu'elle soit due au hasard des choix rédactionnels de TF1 et France 2. La seule explication est qu'il s'agit d'un sujet "téléguidé" par le pouvoir. Un message subliminal commandé dans l'unique but de démontrer l'ineptie de l'organisation du baccalauréat. On insiste sur le ratio candidats/examinateurs, on évite d'évoquer directement le coût car cela ferait pingre pour un symbole national, mais on ajoute une couche habile sur l'intérêt d'une poignée d'élèves laissés "sans travail et sans encadrement" comme si du fait du bac l'école manquait gravement à sa mission à leur égard.
Procès d'intention? Si l'an prochain la moitié des épreuves du bac passent au contrôle continu et que ça ne fait pas un pli dans l'opinion alors qu'il y a deux ans cette source d'inégalité révoltait des millions de gens, alors j'aurais vu juste dans le jeu de Pujadas, le trop voyant copain de Copé.
Fabrice MAUCCI, conseiller municipal DVG d'Aix-les-Bains
04 juin 2007
Très rase campagne
Avez-vous vu la campagne législative? Qui croirait que c'est en fait cette élection-là, et non la présidentielle, qui attribue le pouvoir en France?
Dans les médias nationaux, la sondagite aigüe a repris avec pour mission de produire une assemblée "Sarko-conforme" en dissuadant les "perdants du 6 mai" d'aller voter, prédictibles scores écrasants à l'appui. Cela fait aussi un mois que la politique a lourdement glissé sur son flanc "people", les journaux télé "joggant" avec le Président comme le dit si bien Daniel Schneidermann, et évitant de trop commenter les folies politiques des premiers jours comme la suppression annoncée de la carte scolaire. On fait semblant de se faire peur en évoquant les ministres tout frais et les éléphanteaux montants qui ne sont pas sûrs de leur avenir politique : imaginez une droite sans Copé et une Gauche sans Montebourg, il y a effectivement de quoi trouiller. Des émissions politiques pour parler du fond? Vous rigolez ou quoi? A quoi ça servirait puisqu'on a déjà voté en avril-mai? Mieux vaut asséner que la Gauche est abasourdie et repart à la bataille avec son "vieux logiciel" plutôt que de vérifier tout cela sur le terrain...
Sur le plan local l'effroi est encore plus grand.
Dans la presse régionale d'abord. De pleines pages pour les sortants UMP, trois paragraphes pour le PS et l'UDF, une ligne pour les autres. La démocratie selon Lagardère et Dassault, à la fois patrons de journaux et marchands de mort sur fonds publics. Des parlementaires estampillés majorité présidentielle sur lesquels plus rien de négatif ne paraît jusqu'au 17 juin compris. Compris, oui, on a très bien compris la manoeuvre, merci. Mieux encore, un grand papier de la PQR diffusé dans le Sud-Est de la France a même décidé de n'assister à aucun meeting : seules l'analyse au marc de café des chances des uns et des autres et les inaugurations de locaux de campagne ont droit à une publication, mais de grâce, n'abordons pas le fond ou la crédibilité des candidat(e)s ça pourrait vexer le patron (lequel au fait, l'élu de son coeur ou l'employeur?).
Sous les préaux d'écoles ce n'est guère mieux. Les députés-maires se rôdent pour 2008 en faisant campagne sur leur bilan municipal tout en prenant soin de ne surtout pas aborder les questions de politique nationale : celui de Gauche n'y croit plus, celui de Droite n'ose pas décliner les conséquences de ce qu'il va voter pendant 5 ans. Les challengers se font super-conseillers généraux pour montrer qu'ils connaissent chaque recoin de leur circonscription, sans aucunement se limiter aux dossiers qui relèvent de l'Etat. Les traditionalistes oublient les tracts détaillés, les sorties d'usine, les campus, les marchés et les montées d'escaliers mais ils font soigneusement le tour de chaque commune pour ne vexer aucun maire, comme s'ils étaient candidats à une sénatoriale. Viennent enfin les petits candidats, ou du moins ceux des petits partis, qui eux se déplacent pour vraiment parler du fond mais qui faute de moyens, de troupes et de presse, vont le faire en comités ultra-restreints de sympathisants déjà identifiés, venus soutenir moralement leur courageux porte-drapeau.
Un(e) de ces candidat(e)s a-t-il fait vivre le débat politique dans sa ville, son canton, son département durant les 5 années qui ont précédé? A-t-il ou a-t-elle animé la vie démocratique de sa circonscription avec des cafés citoyens, une association, des tribunes, des rencontres improvisées, des prises de position locales fortes? Les sortants ont-ils régulièrement visité leur territoire d'élection et rendu compte de tous leurs votes, ont-ils fait précéder ces derniers de vraies discussions avec les électeurs ou même leurs seuls partisans pour revérifier leur représentativité ? Rien n'est moins sûr.
Voilà de sacrés symptômes de notre démocratie malmenée...
Fabrice MAUCCI - Conseiller municipal Divers Gauche d'Aix-les-Bains
La droite est-elle renouvelable?
La Droite s'est-elle sincèrement convertie à l'écologie? "Oh oui" diront certains enthousiastes béats et les stratèges de cette famille politique. Regardez, le discours de Johannesburg sur "la maison qui brûle" c'est Chirac ! Le ministère du "développement durable" à la place de celui de l'environnement en 2002, c'est encore Chirac. Puis le grand n'importe quoi - ne le dites pas trop fort ce n'est pas dans le vent - sur les biocarburants et les pompes à l'E85, c'est Monsieur Breton ! Et puis enfin, notre nouveau président l'a signé, le pacte de Nicolas Hulot, et il a même commencé à l'appliquer puisque Juppé est devenu numéro 2 d'un super-ministère vert.
Ministère vert ou ministère amer? Le vert est-il mis aux ministères ou le ver est-il dans le ministère? La question se pose vraiment. On se souvient que les mêmes avaient sucré 40% des subventions de l'ADEME il y a une poignée d'années, privatisé des autoroutes dont le bénéfice devait aller au financement du ferroutage, puis organisé un faux débat sur des réacteurs EPR une fois prise la décision d'en construire un premier... On se rappelle aussi les hésitations du candidat présidentiel de l'UMP, bien fragile sur les thèmes environnementaux. Mais depuis un mois, cela a-t-il changé? Il y a d'abord ce "Grenelle de l'environnement" annoncé à grand bruit et qui n'abordera ni le nucléaire ni les OGM ni autres les sujets qui fâchent ; où quand le mouvement doit faire croire au changement... Puis vient la petite perle, discrète mais solide et révélatrice d'un état d'esprit qui n'a pas varié. Elle est arrivée le 8 mai 2007. Oui, oui, le 8 mai, deux jours à peine après l'élection de super-Sarko. Ancienne équipe ou nouvelle équipe à cette date? Peu importe, c'est le même camp.
Voici le sujet. Depuis plusieurs années, les particuliers sont incités à équiper leur maison de panneaux solaires photovoltaïques, grâce à un crédit d'impôt, des aides régionales voire locales, mais aussi la possibilité de vendre à un prix avantageux fixé pour 20 ans tout ou partie de leur production électrique à EDF. Précisions au passage que le stockage d'énergie étant complexe et coûteux, et un logement ne consommant pas toujours d'énergie au moment où le soleil tape, l'intérêt de tels systèmes est presque plus grand avec une revente complète de l'énergie produite, ce qui revient en fait à la distribuer à vos voisins les plus proches.
En 2006, première menace sur le système. Bercy suspend un temps le crédit d'impôt (de 50% du coût du matériel tout de même, ce qui grimpe à 8400 € pour une famille de 4 personnes et 20 m² d'installation) pour ceux qui revendent tout à EDF, sans aucun motif avancé. En avril 2007 le dispositif est rétabli à condition que la production installée ne dépasse pas 3 kWc et la moitié de la consommation électrique du ménage. Sachant que 90% des projets de particuliers sont bien en-dessous de cette puissance (car 20 m² installés pour 2 kWc c'est déjà 20000€ TTC dont 10000€ de sa poche) et qu'une installation plus puissante n'augmente pas la somme subventionnable, cette disposition est d'une idiotie effarante : l'Etat dit en somme "à 2 kWc je t'en subventionne 1, à 3 kWc je t'en subventionne toujours 1 puisque c'est au-dessus du plafond du crédit d'impôt, et à 3,5 kWc je te subventionne zéro".
Mais le pompon date de ce fameux 8 mai 2007. Une telle installation, si elle intervient plus de deux ans après la réception du logement, bénéficiait jusqu'alors, comme tous les travaux d'équipement et de rénovation, d'une TVA réduite à 5,5%. Depuis le 8 mai, celle-ci est remontée à 19,6% si l'objectif est la revente totale de la production à EDF. Résultat? Pour un projet individuel standard (les fameux 20 m²), le coût restant à la charge du particulier augmente de près de 30%, passant d'environ 10000 à 13000€. Voilà une mesure incitative qui en prend pour son grade.
Quand l'arbitrage se fait de cette manière entre urgence écologique d'une part, et financement de promesses fiscales démentielles et démagogiques d'autre part, on voit clairement et concrètement que la Droite se moque toujours complètement du sujet.
Fabrice MAUCCI - Conseiller municipal Divers Gauche d'Aix-les-Bains
26 mai 2007
Et le pari de la transparence?
Un ouvrage à la gloire du maire d’Aix-les-Bains est paru mi-Mai sous le titre « Le pari courageux de Dominique DORD ». Ce livre, imprimé dans la Loire (chacun appréciera l’appel à l’économie locale), est écrit par un homme qui il y a quelques mois encore échangeait de dures critiques sur la majorité municipale. Il contient tant de guillemets incluant la parole directe du personnage principal et tant de photos privées qu’on pourrait croire l’ouvrage fait sur commande. A aucun moment cet exercice ne s’apparente à une analyse neutre et distanciée. Il est bien davantage un « entretien » révérencieux à vocation défensive et justificatrice, qui par sa nature et sa date de publication mériterait de figurer aux comptes de campagne législatif et municipal du candidat Dord.
Passés les chapitres « émotion », « people » avec l’album de famille, et la litanie des ministres dont notre édile se dit proche, ces 192 pages cherchent à apporter des preuves de la qualité de son action ou de la fausseté des critiques, notamment sur les opérations foncières ou les finances locales. Mais la démonstration est courte, tronquée, et la ficelle bien grosse.
Comme d’habitude, on assimile au bilan municipal des actions privées sans rapport avec lui. On monte en épingle des rénovations d’écoles alors que c'est tout simplement une mission obligatoire de la commune, en passant sous silence leur retard persistant en équipement informatique. Misère et mal-logement sont éludés avec des phrases à l’emporte-pièce du type « à Aix personne ne vit sous les ponts ». La confusion est aussi volontairement entretenue quand on indique « 150 opérations avec l’OPAC, Sollar, Semcarra et Sonacotra » alors que moins de 20 logements locatifs sociaux au sens exact ont été permis depuis 2001. Idem avec les emplois nouveaux qu’on confond avec les embauches et auxquels on ne retranche pas les emplois perdus, à la Mairie, aux Thermes, à l’Hôpital, dans l’hôtellerie et le commerce notamment. On ne sait s’il faut rire quand M. Dord lance qu’il faut « donner plus à ceux qui ont moins » ou pleurer lorsque surgit son autosatisfaction en matière d’accueil des personnes âgées, bien mal venue quand tant de familles souffrent du manque de places et de l’imprévision de la collectivité.
En revanche, au-delà de cette hagiographie, notre Maire refuse toujours de rentrer publiquement dans le détail des sujets qui fâchent et de diffuser les pièces demandées par la minorité. A notre lettre ouverte du 27 avril – à peine évoquée dans la presse locale mais disponible sur http://fabricemaucci.canalblog.com - le Maire a d’abord réagi en proposant un tête-à-tête en catimini, puis esquivé en considérant que lui demander de rendre des comptes c’est le calomnier. Pour finir, il a reporté le Conseil Municipal et la parution du bulletin municipal après les Législatives. « Pari courageux » ?
Fabrice MAUCCI
Conseiller Municipal « divers Gauche »
15 mai 2007
Inventer le Parti du Progrès : 3 textes empruntés...
Ayant peu de temps pour travailler à d'autres articles, je me permets de reproduire ci-dessous les 3 articles parus ce jour dans la rubrique "Rebonds" de Libération. Puisse le premier, de Jacques Généreux, être suivi d'effet. J'y contribuerai le temps venu.
Vers une nouvelle gauche? Le débat dans «Libération»
Les enseignements d'une déroute
L'avenir du PS n'est pas dans une alliance entre le centre et une social-démocratie amputée de son aile gauche.
Par Jacques GENEREUX
QUOTIDIEN : lundi 14 mai 2007
Jacques Généreux professeur à Sciences-Po, membre du conseil national du PS. Dernier ouvrage paru : Pourquoi la droite est dangereuse, Seuil, 2007.
La défaite des socialistes à l'élection présidentielle est certes moins humiliante que ne le fut celle du 21 avril 2002 ; elle est néanmoins plus sévère et plus troublante. Comme en 2002, la gauche est battue dès le premier tour et plus sévèrement, puisque, toutes tendances confondues, elle recule de 7 points. Cette déroute est aussi plus troublante, car la présidentielle semblait pour la gauche plus gagnable qu'en 2002.
L'orientation néolibérale de la droite française a été lourdement sanctionnée aux élections intermédiaires de 2004, et, dans une certaine mesure, aussi par le non au référendum de mai 2005. La droite devait assumer un bilan assez affligeant sur tous les terrains. La candidate socialiste avait donc l'avantage du challenger qui peut incarner le changement et le rejet d'une politique de casse sociale vivement contestée par les mouvements sociaux. L'électorat de gauche, traumatisé par le choc du 21 avril, était mobilisé et prêt au vote utile socialiste. La jeunesse des banlieues s'inscrivait massivement sur les listes électorales pour contrer le ministre de l'Intérieur, qui l'avait insultée. Ce contexte semblait encore à l'automne stimuler une demande politique qui inclinait à gauche. Et, du côté de l'offre politique, tout se présentait au mieux. Au lieu de concurrencer la candidate socialiste, Christine Taubira et Jean-Pierre Chevènement faisaient cette fois campagne pour elle. Même la gauche extrême était désormais disposée au report des voix sans condition pour faire barrage à Sarkozy.
Comment se peut-il alors qu'une candidate donnée comme une possible et logique gagnante à l'automne se retrouve en mai à la tête de la plus grave défaite de la gauche depuis quarante ans ? Deux diagnostics s'opposent et commandent deux visions d'avenir pour la gauche. Pour les uns, le curseur de l'opinion française a viré à droite. Pour les autres, c'est la candidate socialiste qui a viré à droite, ou nulle part, et privé ainsi la gauche d'une représentation politique.
Pour les premiers, donc, Nicolas Sarkozy a remporté une victoire idéologique, face à une gauche qui n'a pas saisi à temps la «droitisation» des Français et n'a pas opéré la nécessaire «modernisation» de son discours. L'avenir de la gauche n'est donc plus à gauche ! Il ne servirait à rien au PS de s'allier encore à des satellites en voie de disparition ; son avenir est au centre, dans l'alliance entre un parti social-démocrate et un parti démocrate-chrétien. Dans sa version brute, ce diagnostic est trop grossier. Comment une «droitisation» de l'électorat se serait-elle opérée en quelques mois ?
Certes, la victoire de Sarkozy est celle d'un discours idéologique qui a revendiqué les valeurs d'une droite néolibérale et néoconservatrice (travail, famille, patrie, responsabilité individuelle, effort, mérite, etc.). Dans la Dissociété (1), j'ai montré comment une culture de l'individu guerrier, responsable et méritant, tend à s'imposer en Occident, et comment la droite néolibérale sait l'installer en stimulant notre penchant narcissique au détriment de notre aspiration au lien social. Nicolas Sarkozy a su manipuler le sentiment de dignité que confère aux sans-grade le sentiment d'être plus méritants que les assistés. Mais sa grande force a été de marier son idéologie avec un discours répondant exactement aux attentes de travailleurs exaspérés par les excès et les insuffisances du capitalisme libéral : il s'est montré comme le défenseur du pouvoir d'achat, comme le seul leader osant parler à nouveau de protectionnisme et comme le promoteur d'un Etat efficace au service du public ; il a su incarner le retour du politique face à des forces occultes et sans mandat démocratique qui semblent désormais commander nos destins ; il a réussi le tour de force d'incarner la «rupture» avec le gouvernement sortant, alors qu'il en fut l'un des principaux acteurs.
C'est donc aussi une demande de régulation politique du monde et de l'économie, aspiration de gauche s'il en est, qui s'est trouvée validée par les électeurs. Dès lors, la défaite de la gauche tient probablement plus au fait que cette aspiration ne s'est pas trouvée incarnée par la candidate socialiste, et à ce qu'aucune idéologie n'est venue invalider celle de l'individu méritant. Ségolène Royal ne s'est jamais posée comme la chef de file d'une gauche combattant une droite néolibérale. Loin de revendiquer une idéologie de gauche aussi consistante que l'était celle de Nicolas Sarkozy, elle a semblé à la remorque de son rival en ne parlant que d'ordre, de valeur travail et de refus de l'assistanat. L'impressionnisme, l'incohérence et l'instabilité de son discours économique et social ont fait le reste, face aux propositions extrêmement simples et jamais sérieusement contestées de son rival.
L'élection était donc peut-être gagnable par un candidat... de gauche, tout simplement ! Un candidat s'appuyant sur son camp au lieu de s'en démarquer, articulant avec force et cohérence une conception alternative de la société et du progrès, démontrant l'incompatibilité entre le vernis social de Nicolas Sarkozy et sa volonté indestructible de rendre aux riches l'argent public et à chacun la «liberté» de renoncer à ses droits sociaux. La gauche a donc sans doute moins besoin d'une ample refondation idéologique que de retrouver sa profonde consistance idéologique. Il ne lui manquerait alors que deux choses pour remettre en chantier la société solidaire du progrès et combattre la «dissociété» des individus. Primo, des militants et des cadres socialistes qui renoncent enfin à reconduire les dirigeants, la stratégie centriste et l'inconsistance idéologique qui les conduisent à la défaite. Secundo, construire à gauche un grand parti qui réunisse les divers courants partageant l'aspiration au progrès continu d'une société de solidarité, où l'intérêt général prime sur les profits privés, dans le cadre d'une économie de marché fortement régulée par le politique. C'est là une perspective qui peut rassembler les progressistes, du centre gauche aux communistes, et jusqu'aux «antilibéraux» qui préfèrent oeuvrer à des progrès biens réels qu'exploiter indéfiniment le seul marché de la protestation.
Mais construire ce qui paraît si souhaitable restera longtemps hors de portée si trop de dirigeants du PS persistent à penser l'avenir dans une alliance entre les centristes et un parti social-démocrate débarrassé de son aile gauche. Cette vision inspirée d'une histoire ancienne et étrangère n'ouvre d'autre perspective que l'explosion du PS en deux forces concurrentes. La fraction socialiste authentique capterait alors l'essentiel de l'électorat ancré à gauche, et le parti social-démocrate ne tarderait pas à être absorbé par le parti centriste. Faudra-t-il alors, pour revoir un jour un gouvernement de gauche, attendre que passe la génération centriste, le temps que la génération des jeunes militants qui a fait retirer le CPE remplace celle des ministres socialistes qui ont dit oui à la constitutionnalisation du néolibéralisme en Europe ? Une fois encore, ce sont les militants socialistes qui tiennent l'histoire entre leurs mains.
(1) Seuil, 2006.
http://www.liberation.fr/rebonds/253529.FR.php
Vers une nouvelle gauche ? le débat dans «libération»
L'heure du rassemblement
Face à la mondialisation et à la nouvelle droite de Nicolas Sarkozy, l'union est la seule solution.
Par Sami NAIR
QUOTIDIEN : mardi 15 mai 2007
par Sami Naïr secrétaire national du MRC, ancien député européen.
Il faut oser le dire franchement, l'état de la gauche est aujourd'hui déplorable. Le cycle inauguré, il y a trente-six ans, par la fondation du Parti socialiste à Epinay, s'est clos. La bipolarité du monde a disparu. Après la fin de l'URSS, l'influence du Parti communiste est devenue marginale. Le Parti socialiste est paralysé par des conflits internes qui traduisent, en réalité, de graves divergences d'orientation entre les principaux courants ; on aurait pu penser que la succession des défaites qu'il a subie, de 1993 jusqu'à l'échec du référendum sur le traité constitutionnel, allait entraîner une remise à plat du logiciel stratégique du parti. Il n'en a rien été. Le tournant de 1983 n'a été ni critiqué, ni remis en cause, ni pris en charge. La candidature de Ségolène Royal n'a d'ailleurs été si massivement approuvée par les militants que parce qu'elle est apparue comme une solution à côté, pour ne pas dire en dehors, des courants : et c'est pourquoi beaucoup y ont vu, à juste titre, un début de rénovation du Parti socialiste.
En 1981, la gauche est arrivée au pouvoir. Elle a prétendu mettre en place une stratégie de changement réformiste et démocratique. Pourtant, force est de constater qu'elle s'est inclinée devant le conformisme libéral et qu'elle a été rejetée après chaque expérience de gouvernement. Depuis lors, elle ne peut plus prétendre au monopole du soutien majoritaire des couches populaires. Et même les couches moyennes traditionnellement acquises au PS semblent désormais douter de sa capacité à améliorer leur situation. La gauche est divisée, éparpillée, structurellement affaiblie, alors que les défis sont plus importants que jamais, et qu'ils ne sauraient être «résolus avec les recettes des années 70, 80 ou même 90 du siècle dernier.
Et cela d'autant plus que l'ensemble du champ politique donne l'impression de subir des modifications tectoniques. D'une part, avec l'arrivée de la génération représentée par Sarkozy, la droite subit une évolution importante. En gros, on peut dire que le vieux gaullisme, depuis longtemps humilié par l'opportunisme de la droite, ne sert même plus de justificatif politique. Sarkozy a opéré une vraie mutation : il a transformé son parti en nouveau parti conservateur, à l'image du néoconservatisme américain, tant du point de vue de la forme publicitaire de l'action politique que sur le fond, en dévoyant des valeurs républicaines traditionnelles le travail, le mérite, la responsabilité, le besoin de sécurité, l'attachement à l'identité nationale et que la gauche n'aurait pas dû abandonner. C'est bien sûr ce qui explique l'adhésion à son programme de l'électorat d'extrême droite. L'UMP incarne aujourd'hui un parti de droite conservateur à côté d'un Front national affaibli. Face à cette évolution, le score engrangé par François Bayrou représente, par-delà l'appoint de la gauche sociale libérale, une autre voie : celle d'une droite néolibérale qui refuse d'être broyée par la machine néoconservatrice. Il n'est pas sûr, cependant, que cet électorat «centriste» incarne réellement une alternative à la droite sarkozyste. La volonté affirmée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy de constituer un gouvernement d'ouverture ne doit pas faire illusion : reste le programme du candidat, qu'il faudra bien appliquer s'il veut tenir ses promesses. Que les candidats dits de «gauche» au ralliement ne l'oublient pas...
A gauche, l'on peut se poser la question : cette élection présidentielle sera-t-elle le détonateur d'un changement en profondeur ? La participation politique massive de nos concitoyens semble l'indiquer. Chacun sent bien qu'une profonde recomposition politique est en cours, qui concerne autant notre pays que sa place dans la globalisation actuelle. Celle-ci ne sera pas maîtrisée par des mesures cosmétiques. Naturellement multipolaire, le monde va mal parce qu'une puissance impériale veut en faire son espace de domination unilatérale. La catastrophe qui sévit aujourd'hui en Irak montre dramatiquement jusqu'où peuvent aller les méfaits de cette conception des relations internationales. Comment créer un contrepoids positif à la puissance américaine, et cela d'autant plus que la victoire de Sarkozy est partout déjà perçue comme celle de l'ami de Bush ?
La construction d'une Europe indépendante, dans ce contexte, constitue un défi incontournable. Nous devons donc discuter du projet «Europe», ne pas nous laisser impressionner par ceux qui, sur ce plan, n'ont en fait rien d'autre à proposer qu'un succédané du traité rejeté. Il nous faut en réalité construire l'Europe indépendante comme perspective historique et comme projet social : une Europe compétitive, mais aussi et surtout de la croissance, de la politique industrielle, de la recherche, de l'innovation, de l'harmonisation des normes sociales et fiscales, de l'environnement, du social. Une Europe qui prend appui sur un véritable gouvernement économique de la zone euro et qui réforme les statuts de la Banque centrale en y intégrant l'objectif de l'emploi. Une Europe réaliste qui séduit par la preuve de ses actions. Sarkozy s'est prononcé pour une préférence communautaire et contre la politique de l'euro fort. Il faudra le juger sur pièces.
De même, nous ne pouvons accepter que la compétition commerciale internationale se perpétue sans règles, car nous en connaissons les conséquences dans nos pays : destruction d'emplois, baisse du niveau de vie, éradication des conquêtes sociales acquises si durement durant tout le XXe siècle par les luttes populaires. Si les pays émergents ont tout à fait le droit de chercher à se développer et nous devons les y aider il n'est pas supportable que cela se fasse au détriment des normes environnementales et sociales les plus élémentaires. C'est aussi pourquoi nous devons plaider inlassablement, dans les enceintes internationales, pour une concurrence juste et loyale, concomitamment à l'aide au développement.
En France, les défis sont majeurs, un grand parti de gauche doit les affronter. Encore faut-il nous mettre d'accord autant sur l'objectif que sur les modalités à plus long terme de la refondation de la gauche. Nous avons besoin d'un grand rassemblement des gauches, un rassemblement qui crée le moyen d'avancer ensemble, de lutter ensemble, de gagner ensemble. Un rassemblement qui devra réunir les sensibilités socialiste, républicaine, social-démocrate, radicale, environnementale et de tradition communiste. Nous avons besoin de ce rassemblement pour créer les conditions sociologiques et culturelles d'une hégémonie durable de la gauche dans les années qui viennent.
A l'instar de leurs homologues américaines, les élites françaises ont réussi à imposer leur pensée aux électeurs. La droite a gagné la bataille idéologique Par Susan GEORGE QUOTIDIEN : mardi 15 mai 2007 Par Susan George membre du conseil scientifique d'Attac Ainsi, en France, en l'an 2007, l'on peut faire voter les gens contre leurs intérêts. Cela fait de longues années que ça marche comme un charme aux Etats-Unis, mais je croyais les Français plus aptes à la résistance. Inspirée par le non à la constitution en mai 2005, j'avais écrit (dans Nous peuples d'Europe ) combien je me sentais fière d'appartenir à un peuple aussi intelligent. Je ne regrette toujours pas ma citoyenneté française au moins les gens ici votent, et même massivement, alors que la moitié des Américains, croyant sans doute ne rien pouvoir changer, restent chez eux. Mais tout de même, quel changement en deux ans ! Est élu et bien élu quelqu'un qui a dit ce qu'il fera et qui fera en effet ce qu'il a dit. Il fera de beaux cadeaux aux entreprises transnationales du CAC 40, aux grandes fortunes, et, dans une moindre mesure, aux classes moyennes supérieures. Tant pis pour les autres. Selon notre nouveau président, l'économie française se serait enlisée, il lui faudrait devenir plus «compétitive» ; elle doit ressembler davantage à l'économie américaine, la plus néolibérale du monde. Au nom de la «compétitivité», les citoyens français doivent renoncer aux 35 heures, aux allocations et protections de tout ordre, au «Welfare State» ; bref, à tous les acquis depuis les années 1930. Et ils l'ont cru ! L'économiste américain Mark Weisbrot explique qu'il n'y a aucune raison pour que les habitants d'un pays quelconque, s'il est développé et jouit d'une productivité élevée, réduisent leur niveau de vie ; il montre que le taux du chômage des jeunes est à peu près le même aux USA et en France, que les Américains ne sont nullement «plus riches» que les Français. Bien sûr, les élites utilisent l'argument de la concurrence internationale pour obliger les gens à accepter des sacrifices, mais cela signifie uniquement qu'on les laisse faire et non pas qu'il y aurait nécessité économique. C'est pour elles la méthode la plus efficace pour canaliser les richesses vers le haut de la pyramide sociale c'est-à-dire vers elles-mêmes et ça marche à tous les coups. Chez nous aussi, hélas. La mondialisation néolibérale, c'est en dernière analyse la victoire de l'idéologie de ceux que j'appelle les «gramsciens de droite» parce qu'ils ont compris le concept «d'hégémonie culturelle» forgé par le penseur marxiste Antonio Gramsci, mort dans une prison fasciste italienne en 1937. La classe dominante triomphe lorsqu'elle est arrivée à faire penser les gens comme ils «doivent» penser. Si l'on arrive à occuper la tête du peuple, nul besoin de coercition : les coeurs, les mains et les votes suivront. En Amérique, de grandes fondations privées dépensent depuis des décennies des sommes astronomiques bien plus du milliard de dollars pour que la pensée de cette droite se répande, s'insinue dans toutes les institutions, devienne le «sens commun». Pour légitimer ses idées, elles financent les intellectuels, les centres de recherche, les publications, les colloques, les bourses... Autrement dit, elles paient l'eau dans laquelle nagent les poissons et les poissons n'en savent rien. De ce fait, vingt-cinq années après l'intronisation de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, les Français, a priori si intelligents, tombent dans le même panneau. Si les élections législatives nous assènent un autre coup semblable, l'élite internationale pavoisera encore plus qu'aujourd'hui ; l'élite française aura tout son temps et un boulevard devant elle. Qu'une seule voix de gauche ait pu encourager, par souci de pureté, de revanche, que sais-je encore, par l'abstention ou par le vote blanc-nul, ce résultat me dépasse et me navre. Il n'y a pas de combat désormais plus urgent que celui de la connaissance, si ce n'est celui de l'unité. Dans cette bataille, Attac, dont j'ai été pendant six ans vice-présidente et dont la devise est «association d'éducation populaire tournée vers l'action» a toute sa place. Aujourd'hui, cette association s'est dotée d'un conseil d'administration renouvelé et énergique et repart du bon pied après une crise dont les auteurs portent, à mon sens, une responsabilité historique. Cette crise, dont le point d'orgue fut la fraude aux élections internes de juin 2006, nous a paralysés pendant de longs mois. Heureusement, depuis janvier, nous reprenons le flambeau et l'offensive. Nous allons combattre sur le front à la fois de la connaissance et de l'action. La connaissance n'est pas un luxe ni le fait d'une quelconque minorité. Elle est un droit pour tous, et un instrument indispensable de lutte et de libération. Plus on la partage, plus elle est féconde, plus elle augmente. Elle est le carburant du mouvement altermondialiste. Pour changer le cours des choses, il faut comprendre, s'armer de faits, d'arguments, d'analyses et être capable de démonter ceux d'en face. C'est ce que le peuple français a saisi en mai 2005 lors de l'immense débat national sur la constitution européenne. C'est cet élan qu'il faut retrouver immédiatement en vue des élections législatives ; c'est ce travail patient qu'il faudra consentir pendant tout le règne du roi du mensonge. A chacun d'y contribuer à sa manière.
07 mai 2007
Après la défaite, quelle Gauche rénovée ?
Nicolas Sarkozy, élu ce soir président de la République avec pour lui plus de 53% d’un corps électoral extraordinairement mobilisé, a remporté ce soir une victoire large, nette, sans discussion. Compte tenu des idées que celui-ci a développées pendant sa campagne (qui naviguent entre ultralibéralisme, atlantisme, racisme et conservatisme), des propos souvent caricaturaux, rétrogrades et fracturants dont il a abusé pour les imposer, ou encore des peurs qu’il nous est permis d’avoir sur sa pratique du pouvoir, un tel succès a de quoi faire froid dans le dos. [Pour tout dire, à 1h du matin le soir de son élection, j’ai encore un mal fou à croire que ce monsieur et cette fonction ne font qu’un, ou plutôt que le premier puisse endosser la seconde.]
Dans un tel contexte, je ne sais pas comment il faut « recevoir » la réaction de Ségolène Royal sur les écrans et celle d’un grand nombre d’autres responsables du Parti Socialiste. Sourires aux lèvres, ils nous annoncent que le score en voix est historique, que la candidate a en quelque sorte « pris date », et qu’elle est la mieux placée pour poursuivre la modernisation, la rénovation de la Gauche qu’elle a d’ailleurs entamée. Cela suscite deux questions : quel est le sens de la rénovation que tous appellent de leurs vœux ? et Madame Royal a-t-elle fait les preuves de ses capacités à représenter et défendre au plus haut niveau les valeurs de la Gauche ?
Pour convaincre les Français, il fallait d’abord des axes forts, des propositions concrètes et argumentées, une cohérence visible. Mais il fallait tout autant une capacité à les imposer dans le débat, à les crédibiliser et les défendre ensuite, ainsi qu’une aptitude à souligner les mensonges, les détours démagogiques, les contradictions et les fragilités de l’analyse de l’adversaire. Selon moi il nous a manqué l’un et l’autre. La campagne avait dévoilé une candidate changeant de position trop souvent. Le débat télévisé d’entre-deux-tours du 2 mai a montré une candidate socialiste imprécise, incapable de rebondir sur les incohérences et les erreurs de son rival, et souvent dans l’impossibilité de dire « où » elle allait et plus encore « comment » elle comptait nous y emmener. Etait-elle ce soir-là prisonnière de vieux dogmes mal dépoussiérés, ou bien tenue en joue par les éléphants du parti ? Non.
Alors quand Julien Dray affirme ce soir à la télévision, comme pour mieux l’asséner, qu’elle a résolu le problème de leadership au sein du PS, faisant au passage plus qu’égratigner un François Hollande mis à l’écart des stratégies de campagne, je reconnais là l’activisme du petit caporal qui veut rester du bon côté de l’appareil voire y gravir une marche, et j’observe qu’on cherche avec la répétition des mots à donner un contour à ce qui pourtant n’existe pas dans les faits.
Sur le fond, Ségolène Royal a donné sa vision de l’avenir de la Gauche, en disant vouloir construire « de nouvelles convergences, y compris en-dehors des frontières traditionnelles de la Gauche ». L’ouverture ou la translation vers le centre sont ici palpables, comme elles le sont chez DSK ou Bernard Kouchner ou chez Jean-Marie Colombani, patron du journal Le Monde, qui pense plus clairement encore que l'échec est une question d'alliances erronées. Est-ce là que la Gauche trouvera son électorat, sa cohérence, son identité et sa crédibilité face à la Droite ? J’ai tendance à penser que ce n’est pas exactement comme cela que la Gauche peut vaincre ; et si je perçois bien l’intérêt d’aller convaincre jusqu'aux électeurs centristes, je vois nettement moins bien l’utilité qu’aurait demain une Gauche carrément déportée au Centre.
Nicolas Sarkozy nous a d’une certaine manière donné des pistes pour nous relever. Si, si, et avant même la destruction sociale qu’il va nous infliger. Sur la forme, il a un talent d’orateur dont il nous faut « multiplier les équivalents ». Nul besoin d’en reprendre les excès, les brutalités et les hypocrisies de contenu pour retenir que son parler rythmé, déterminé, a fait mouche, grâce à des mots clairs, accessibles et des discours qui déroulent des démonstrations ou des « empilements » convaincants. Il a su utiliser plusieurs niveaux de langue, s’adapter à son public. Cela était évidemment partiellement « construit », souvent « un brin démago », mais quelle corde à son arc pour s’adresser à tous les Français ! Sur le fond, il a certes tenté de brouiller son image pour élargir en citant Jaurès et Blum, la « générosité », la « fraternité », en critiquant les parachutes dorés, en promettant des « protections » attendues par les Français les plus fragiles face à la mondialisation, mais il l’a fait sans se renier. Il a collé à ses convictions et comme il l’avait annoncé en 2004, il a « décomplexé » son camp en le faisant aller très loin sur toutes ses thématiques, sans pour autant chercher d’alliances formelles avec les partis du centre et d’extrême-droite. Il a arrondi certains angles, forcé certains traits, mais n’a fait aucune concession sur son socle, son « centre de gravité idéologique ». Et si c’était là une partie non négligeable de la solution à Gauche ?
Bien sûr, la clarification et la cohérence idéologiques étaient plus faciles à droite : aller dans le sens des puissances économiques prédatrices et caresser les pires préjugés dans le sens du poil n’est pas le chantier politique le plus difficile. A Gauche, les obstacles à surmonter sont plus grands, ne serait-ce que parce que la réalité nous déplaît en même temps qu’elle s’impose, sur le moment, à nous et s'oppose à nos idéaux. Mais le potentiel est si large... Ségolène Royal a effectué un travail de réappropriation de certaines valeurs et abordé des thèmes sur lesquels la Gauche ne se prononçait pas assez, mais elle l’a fait maladroitement, sans montrer en quoi l’approche de la Gauche était originale, plus sensée et plus crédible que celle de la Droite. Elle a endossé, et porté à l’échelon national une nouvelle manière de faire de la politique, déjà en vigueur dans les municipalités et régions de Gauche depuis 6 à 10 ans, basée sur la participation de nos concitoyens « en amont » de la campagne ou des décisions. Mais s’en est-elle servie pour renforcer son projet et épaissir son discours sur le Logement, l’Ecologie, la Fiscalité sur les plus modestes, la lutte contre les discriminations, l’Europe ? Ce fut trop peu audible.
Désormais la Gauche va s'interroger plus en profondeur sur le sens de sa défaite, et le PS en particulier va se trouver écartelé entre ceux qui l'ont trouvé trop à Gauche ou pas assez, trop accompagnateur du libéralisme ou au contraire pas assez pragmatique, normalement humaniste ou déséspérément angélique. La réponse se situe peut-être du côté des sympathisants traditionnellement situés à l'aile gauche du PS et qui au premier tour avaient hésité entre Bové, Buffet, Besancenot et Bayrou. Les multiples directions de leurs atermoiements ont prouvé que ce que le "peuple de Gauche" attendait n'était pas un "allègement de programme" ni l'abandon d'une partie de ses valeurs, mais qu'on pouvait "moderniser" sans renoncer à changer la vie. Sarkozy ne s’est-il pas lui-même imposé en parlant de « rupture » ?
Pour rallier après-demain une majorité de Français, cette équation est la seule à jouer, et elle n'est pas impossible à résoudre. Il faut à la Gauche se construire une "nouvelle synthèse" qui ne sera pas un déplacement de curseur vers le centre ; c’est quand cette synthèse sera attractive qu’elle déplacera les cloisons électorales, pas l’inverse. Pour cela, la Gauche doit redonner des perspectives, dessiner le "rêve réaliste" d'un nouveau modèle de société qui corrige l'actuel partout où il s'égare en inventant de nouvelles stratégies. Les changements à projeter doivent rester aussi nets que les injustices et les dangers sont grands, mais la manière de les appliquer doit aussi être et paraître la plus efficace et la plus durable possible. Cette synthèse doit être plus ambitieuse que le PS actuel sur les plans économique et social, écologique, culturel, démocratique et diplomatique, oserai-je même plus « radicale » quand la situation l’exige, et en même temps « mieux réformiste » dans la méthode, en interpellant toutes les échelles où le politique peut agir et infléchir (européennes et mondiales notamment), en ne renonçant à aucun levier, en se montrant plus concrète et crédible grâce à des mesures innovantes, cohérentes entre elles et plus en phase avec les réalités quotidiennes.
Je vais prendre volontairement deux exemples qui hérissent chacun une partie de la Gauche pour illustrer ce propos. Oui, aussi européens que nous soyons, il fallait rejeter le TCE en 2005 car il nous ôtait des moyens d'action et figeait une démocratie au rabais sur le continent. Que Sarkozy ait critiqué - sincèrement ou non n'est même plus le problème - une UE "cheval de Troie de la mondialisation" prouve que lui avait compris cette récrimination dont l'origine était plutôt du côté du "Non de Gauche". Sur ce point le PS n'a pas souffert de ses dissidents du 29 mai, mais bel et bien de sa position initiale. A l'autre bout de la "transversale de Gauche" que j'appelle de mes voeux, prenons la suggestion de François Bayrou de permettre deux emplois nouveaux sans charge dans chaque entreprise. Libérale dites-vous? Imaginons une TPE de 3 personnes qui ne comptent pas leurs heures mais n'ont pas de marges suffisantes pour embaucher. Si elle recrute une personne de plus, elle augmente son effectif de 33% et fait en quelque sorte trois fois l'effort qu'on attendait d'elle face à un chômage de 10%. Elle remet dans l'emploi, n'enrichit certes pas la protection sociale mais diminue ses dépenses. La Gauche aurait gagné à proposer cela, éventuellement en le couplant à la Réduction du Temps de Travail car si cette idée-ci a mauvaise presse aux yeux des petits patrons, c'est avant tout parce qu'ils sont loin de pouvoir en profiter aujourd'hui. En 1997-1998, nous avons donné des cadeaux sans contrepartie d'emploi aux grosses sociétés, et appeuré des petites structures avec la RTT car les aides annoncées était structurellement insuffisantes par rapport à leur taille. Là nous avions la possibilité de redonner de l'intelligence, de l'adaptation à cet outil.
Une "potion" et un espace politiques existent donc pour une Gauche rénovée qui reste la Gauche, et la première peut unir certains électeurs de Laguiller et Besancenot à ceux de Bayrou, du moment qu’on l'entame avec des objectifs de Gauche, qu'on fait la preuve qu'on y tient, qu'on s'y tient et qu'on explique le chemin pour y arriver surtout lorsqu'il est hétérodoxe.
Les appareils politiques actuels peuvent-ils parvenir à cette synthèse ? Par leur fonctionnement, leur culture propre, je n’y crois pas. Le mouvement initié par José Bové, en-dehors de ces cadres là, est lui trop étroit dans le champ politique. Il faudra un jour prendre la responsabilité de rassembler au-dessus des partis, des individus adhérant à une ligne, des objectifs et une stratégie partagés, dépassant ces clivages et les rivalités internes à la Gauche. A bientôt DONC !
Fabrice MAUCCI
27 avril 2007
Questions diverses (2) : lettre ouverte à Dominique DORD
AIx-les-Bains, le 27 avril 2007
Fabrice MAUCCI à Dominique DORD
Monsieur le Maire,
de nouvelles interrogations, que pour certaines je partage désormais avec de nombreux Aixois, me poussent à vous demander de vrais éclaircissements sur plusieurs sujets. Je me permets de les énumérer ci-après :
* 1. Depuis quelques années de nouveaux opérateurs immobiliers investissent (sur) Aix-les-Bains, en particulier de grands groupes nationaux attachés à de vastes structures financières ayant leur siège à Paris. Les groupes Hestya, Nexcity sont ainsi très présents, et je note que c'est une filiale de BNP Paribas qui s'est portée acquéreur de l'hôtel des Iles britanniques et le revend aujourd'hui en appartements. J'observe aussi que le groupe ICADE, d'habitude concentré sur une vingtaine de grandes agglomérations en France, et déjà présent dans les opérations résidentielles des Bords du Lac et dans celle de l'Hôtel International, est aussi à travers sa filiale Eurogem le délégataire de l'Aquarium, alors que cette société nous avait été présentée il y a 3 ans sous ce dernier nom seulement. Je souhaiterais avoir votre opinion sur cette tendance lourde, savoir si à un moment où à un autre vous avez eu des contacts préalables à la venue sur notre ville de ces investisseurs, et si oui leur teneur.
* 2. Pouvez-vous m'informer de l'évolution de notre dossier de candidature au label "Ville d'Art et d'Histoire" et des contraintes éventuelles que celui-ci occasionnerait en matière de renouvellement urbain?
* 3. Comment la formation des personnels municipaux et l'information des acteurs économiques de la Ville d'Aix tient-elle compte des préconisations de notre "Agenda 21"?
* 4. Quelle réponse concrète comptez-vous faire à M. SACAU sur son projet d'autopartage, lui qui a entamé il y a 5 jours une grève de la faim en partie à cause de l'absence de choix collectif clair à ce sujet?
* 5. Pouvez-vous chiffrer et détailler l'ensemble des dépenses annuelles (sur 2006 par exemple) de communication non-touristique de notre collectivité, en incluant le coût des bulletins municipaux, de leur portage, le coût des documents reprographiés et des imprimés liés aux services rendus à la population, l'emploi de la personne affectée au kiosque des projets communaux et en partie au moins ceux de votre cabinet?
* 6. Pourriez-vous également détailler les 264763€ de dépenses de cabinet du maire prévus au BP 2007?
* 7. J'ai eu connaissance de l'avis défavorable de la commission de sécurité concernant deux locaux municipaux, le centre de loisirs des bords du lac et le bâtiment abritant les associations humanitaires 32, rue des Prés Riants. Comment est-il possible que leur exploitation et l'accueil de public y soit toujours en cours malgré cet avis et l'absence de travaux? Comptez-vous faire plus que l'engagement oral à "assumer vos responsabilités" en cas de problème, ce qui en matière de précaution revient à ne rien faire en connaissance de cause?
Les questions qui suivent se basent en partie sur le contenu de la revue Aixaspérant, notamment sur son dernier numéro. Après quatre années de publications de ce type, j'estime en effet tout à fait anormal que notre ville continue d'être le théâtre de débats sulfureux et inquiétants, qui ne trouvent jamais d'issue et de ce fait pourrissent le travail démocratique. Il ne vous est plus possible d'invoquer le ton polémique de ces écrits et l'éxagération de certains de ses articles pour esquiver les clarifications qui s'imposent. Celles-ci ne peuvent pas non plus attendre la parution d'un "livre-vérité" ni le scrutin municipal de 2008, ou pire, se résumer au résultat de ce dernier.
Je pense que par vos tergiversations, nous en sommes arrivés à un tel trouble dans l'opinion aixoise que vous devez réagir dans les plus brefs délais.
Soit les faits rapportés par Aixaspérant sont faux, donc diffamatoires et calomnieux envers vous, et après n'avoir pas hésité à traîner en justice l'élu minoritaire que je suis pour bien moins, il est de votre devoir moral de faire de même à l'égard des rédacteurs de ces pamphlets. J'ajoute qu'une telle action devrait, à mon sens, être accompagnée d'une longue conférence de presse publique donnant matière à prouver votre bonne foi.
Soit vous en restez à l'inaction, et de cette manière vous prendriez définitivement la responsabilité de faire croire à chaque Aixois que les faits relatés sont exacts, ce qui ne me parait souhaitable ni pour notre ville ni pour l'image de la politique.
Par les questions suivantes, qui n'accusent pas mais cherchent à démêler le faux du vrai, je ne cherche évidemment pas à me mettre à la traîne de ragots infamants. Je fais pleinement, avec les informations qui me parviennent, mon devoir de conseiller municipal responsable vis à vis des affaires publiques que vous "pilotez". Par les réponses que vous pourriez leur apporter et si elles sont convaincantes, vous ferez je l'espère un premier pas vers plus de transparence. Voici mes interrogations :
* 8. Estimez-vous qu'au droit du Rowing club et de la plage municipale la Ville respecte la Loi Littoral? Quels sont les articles de loi et les règlements locaux qui ont régi la construction des cabanons commerciaux du Sud de l'esplanade du lac, et quelles ont été / sont les modalités de leur financement ainsi que les rapports financiers entre la Ville et les exploitants?
* 9. En sus du prix de vente du terrain des Terrasses Verlaine (600000€), de quel montant est la participation - prévue par le Plan d'Aménagement d'Ensemble du secteur - acquittée par le promoteur-acquéreur au titre du financement des espaces publics voisins? Quels avantages, remises, compensations ou contreparties la ville a-t-elle octroyé à cet opérateur immobilier?
* 10. Quel était, au moment de la vente de notre colonie de St-Palais-sur-mer, le classement des tènements concernés au P.O.S. de cette commune, et quelles possibilités supplémentaires de construire permettait-il? A votre connaissance, quelles réalisations y ont-elles été faites depuis?
* 11. Confirmez-vous que le destinataire de la vente de la Cité de l'entreprise ait, quelques mois après son acquisition auprès de la Ville, revendu plus cher des surfaces qui étaient les nôtres auparavant? Comment réagissez-vous à cette information?
* 12. Quelles servitudes nouvelles la Ville a-t-elle incluses dans le cadre de la vente du parc de la Crémaillère? Certaines ne posent-elles pas problème aux propriétaires de la Villa Astay voisine, et n'a-t-on tardé à les leur révéler? Puis-je être destinataire d'une copie de l'acte de vente du parc et des documents d'urbanisme susceptibles d'avoir été modifiés au sujet de cette parcelle entre 2001 et 2007? Par ailleurs, comment expliquez-vous la différence de valeur entre ce terrain d'une part, et d'autre part la parcelle plus petite mais identiquement classée au PLU et tout aussi pentue située près des thermes Chevalley (15 € pour l'une, 60 pour l'autre)?
* 13. Etes-vous en mesure de produire le registre des délibérations du Conseil Municipal? Pourquoi n'est-il pas régulièrement porté à notre signature? Pourquoi les citoyens, et pas seulement ceux qui vous sont connus pour leur critique régulière, ont-ils plus de difficultés à Aix qu'ailleurs, à obtenir auprès de nos services des documents budgétaires ou dressant l'état de notre patrimoine, et pourquoi est-il nécessaire qu'on exige un accord du Maire pour cela?
* 14. Pouvez-vous me communiquer la liste complète des cabinets d'avocats ayant travaillé pour la Ville depuis 2001, ainsi que les missions correspondantes et le montant des sommes dépensées pour chacune?
* 15. Est-il vrai que vous ayez été convoqué par le Conseil Constitutionnel au sujet de votre participation à une association baptisée Réseau Idéal, prestataire de conseils aux collectivités, d'une manière incompatible avec votre mandat de député?
* 16. Est-il vrai que vous ayez unilatéralement et de manière anticipée mis fin au contrat Publi Essor, et si oui pour quelle raison? Est-il vrai que la Ville devra prochainement s'acquitter d'une somme de près de 400000€ pour n'avoir pas respecté les termes de ce contrat? Pourquoi ne nous en avez-vous pas donné une explication complète lorsqu'au dernier conseil, vous nous avez présenté une mesure budgétaire visant à augmenter nos provisions pour frais de justice?
* 17. Contrairement à ce qu'affirme Aixaspérant, confirmez-vous que les statuts de l'EPIC Office de Tourisme suffisent, par leur rédaction même, à confier en toute légalité à cet établissement la gestion du camping et du centre des Congrès sans qu'il n'y ait besoin d'une convention? Confirmez-vous également que selon les années, ce camping aujourd'hui disloqué dégageait un excédent de 150000 à 230000 euros?
Monsieur le Maire, tous les citoyens devraient avoir accès aux réponses à de telles questions et aux documents qui les étayent. Tout sincère démocrate le sait. Aujourd'hui c'est un élu municipal qui vous demande ces éléments, et vous avez là encore vocation à les transmettre. Si tel n'était pas le cas, je vous demanderais aussitôt de mettre l'ensemble de ces points en "questions diverses préalables" à l'ordre du jour de la prochaine séance plénière du Conseil Municipal.
En l'absence de réponse précise ou de réponse tout court à beaucoup de mes courriels précédents (sur le logement social, le bilan social du personnel etc.), j'ai pris la décision de rendre celui-ci public. C'est donc une lettre ouverte que je vous adresse, encore une fois sans esprit d'accusation mais avec la volonté évidente de vous forcer à faire la clarté sur ces dossiers. Chacun pourra en apprécier le ton et le contenu. J'ose croire que cette demande officielle d'informations sera l'occasion d'un vrai débat et non d'une procédure judiciaire à mon encontre, qui paraîtrait alors encore une fois curieusement ciblée. Rien ne vous empêche par contre, avec précision et volonté d'apaiser plutôt que de polémiquer, de faire une réponse claire, nette et précise qui soit elle aussi publique et mette un terme aux supputations actuelles.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Maire, l'expression de mes respectueuses salutations.
Fabrice MAUCCI
Conseiller municipal
20 avril 2007
Sondages sur le 1er tour : qui aura eu raison ?
Les instituts spécialisés ont rendu leurs dernières enquêtes. Parallèlement, depuis quatre mois, le vote en ligne sur le site votez2007.com, effectué sur 30000 personnes chaque semaine, qui avait anticipé toutes les tendances qui se sont par la suite affirmées au travers des sondages officiels, s'en est différencié ces dernières semaines. F. BAYROU y figure au second tour et l'emporte sur N. SARKOZY depuis deux mois, éliminant une S. ROYAL en-dessous de 20% et un LE PEN proche de son score de 2002. Certes, le candidat centriste "dérape" un peu au premier tour sur cette élection virtuelle, de deux points exactement et seulement cette semaine.
Quoi qu'il en soit après-demain, la comparaison entre les résultats réels de ce 22 avril, les sondages publics et les votes web sera intéressante, autant pour repérer la fiabilité de l'outil internet que pour distinguer quel électorat ne passe pas par le web ou quel institut n'a pas su trouver le bon "redressement" ou le bon échantillon.
VOTE2007.COM : 1. Bayrou 22,83% - 2. Sarkozy 22,80% - 3. Royal 19,78% - 4. Le Pen 16,24% - 5. Besancenot 4,99% - 6. Bové 3,84% - 7. Villiers 3,51% - 8. Buffet 1,81% - 9. Voynet 1,79% - 10. Nihous 0,97% - 11. Schivardi 0,92% - 12. Laguiller 0,52%
AUTRES SONDEURS "officiels" : 1. Sarkozy 27 à 30% - 2. Royal 22,5 à 26% puis... Bayrou 15 à 19,5% - Le Pen 12,5 à 16,5% - Besancenot 4 à 5% - Buffet 1,5 à 3% - Bové 1,5 à 3% - Villiers 1 à 3% - Laguiller 1 à 2,5% -Voynet 1 à 2% - Nihous 1 à 2% - Schivardi 0 à 1%
Notons que BVA est l'institut qui met Bayrou le plus bas et montre le plus grand écart avec Royal. IFOP et CSA montrent un seul point d'écart entre Royal et Sarkozy, laissant supposer que la candidate socialiste peut même arriver devant. Et CSA toujours, est celui qui n' cessé de placer Le Pen très haut, le faisant passer devant Bayrou aujourd'hui-même (vendredi).
17 avril 2007
Voter ROYAL malgré tout ... pour bousculer ensuite
Déboussolés et prisonniers. Voilà la situation inextricable dans laquelle se trouvent, à quelques jours du premier tour des élections présidentielles, nombre de nos compatriotes qui ont le cœur à Gauche. Au sortir d’une campagne omniprésente mais superficielle et périphérique, les hésitations qu’ils pensaient ne plus avoir à affronter depuis 2002 ressurgissent. Face à Le Pen, puis face à un candidat majeur caricaturalement libéral, conservateur et autoritaire, qui banalise et partage des éléments de l’idéologie extrémiste du précédent, ces électeurs frustrés et hantés par le 21 avril auraient aimé ne pas s’interroger sur la manière d’agir.
Comme moi, ils attendaient que le Parti Socialiste tire les leçons de l’échec du candidat Jospin et du Non de Gauche au referendum de mai 2005, mais aussi celles des mobilisations de 2003 sur les retraites ou de 2006 sur le CPE. Après ces « mises en garde », ils espéraient que ce grand parti renouvelle ses propositions sur une ligne clairement à Gauche, innovante, à la fois crédible et décomplexée. Ils croyaient pouvoir compter en 2007 sur un PS mettant au cœur de son projet l’impératif écologique, l’emploi et le pouvoir d’achat, la solidarité, la relance des services publics et de l’ascenseur social, l’égalité sous toutes ses formes, une démocratie refondue, et qui prouve sa capacité à faire tout cela à travers un engagement fort à réguler le capitalisme libéral à toutes les échelles possibles.
Ces espoirs, insuffisamment traduits dans le projet du PS, ont été carrément malmenés par Ségolène Royal. Riche d’un énorme capital de sympathie à l’automne, elle a multiplié les postures de second tour, et son intelligente volonté de débattre de tout sans tabou a souvent accouché d’incertitudes sur ses positions ou de craintes d’un glissement vers la droite. Je ne lui reproche pas son indépendance d’esprit, non. Mais comme Lionel Jospin il y a 5 ans, elle a oublié de faire campagne « dans son camp » avant ce 1er tour, a dérouté sans convaincre ni rassurer, et s’est laissée enfermer dans les thèmes imposés par ses adversaires, donnant même à François Bayrou l’occasion de la déborder à Gauche sur quelques points.
Militant du PS pendant 11 ans, j’ai cru un instant que le réveil viendrait avant ce mois d’avril. Pour que la campagne s’anime à Gauche sans être exclusivement portée par des formations traditionnelles à l’attractivité limitée, j’ai même accordé fin janvier mon « parrainage citoyen » par internet à José Bové pour l’inciter à être candidat. Au-delà de nos différences, je lui suis en effet reconnaissant d’avoir porté à ce niveau de conscience les questions liées aux OGM et à la mondialisation. Sa candidature n’a pas eu l’effet escompté, et cet épisode m’a valu une ultime incompréhension avec le PS, que j’ai quitté le 19 février dernier.
Malgré ces déceptions, et après des tergiver
